Monthly Archives: mars 2013

Trailers : Moi, moche et méchant 2 et Turbo

Un peu de douceur dans un monde de brutes. Ce n’est pas un mais deux films d’animations qui se dévoilent sur la Toile cette semaine.

On commence avec Moi, Moche et Méchant 2. Après avoir été l’un des plus grands vilains de la planète, Gru profite désormais d’une paisible vie de père de famille. Pourtant son passé va le rattraper. Le papa gâteau va être recruté par une agence internationale, qui a besoin de ses services pour capturer un nouveau méchant particulièrement retors. Rassurez-vous, les Minions et ses trois adorables fillettes feront partie de l’expédition.

Ce deuxième trailer, un peu plus conséquent que le premier, annonce une suite riche en rebondissements. Toujours aussi enlevé et drôle, le film est à nouveau signé par le studio français McGuff (récemment racheté par Universal). Le casting vocal est également de retour (Steve Carell dans le rôle de Gru en VO et Gad Elmaleh en VF). Vous pourrez le découvrir dans les salles à partir de 26 juin prochain.

Ensuite, après les très réussis Dragons et Les 5 Légendes, Dreamworks reviendra le 16 octobre 2013 avec Turbo. Sur le papier cette histoire d’escargot qui se retrouve soudain investi d’un super-pouvoir le rendant ultra-rapide semblait assez infantile. Mais au vu des premières images, drôles et à l’univers graphique maîtrisé, le film pourrait se révéler également touchant. Et la relation que le gastéropode entretient avec un jeune homme féru de courses d’escargots pourrait s’apparenter à celle qui unit Rémy et Linguini dans Ratatouille.

Dreamworks croit déjà beaucoup dans ce projet puisque d’ici la fin de l’année, une série dérivée du film devrait être diffusée aux Etats-Unis sur Netflix.

Marianne

Critique : The Place Beyond the Pines, de Derek Cianfrance

Après le mélancolique mais néanmoins sublime Blue Valentine, Derek Cianfrance revient avec un long métrage qui laisse des traces. Dès les premières images, le spectateur est plongé dans l’ambiance irréelle des petites villes de banlieue américaine. Un motard (Ryan Gosling, toujours aussi à l’aise dans le rôle de l’anti-héros moderne) ouvre la bal dans un plan séquence qui le conduit dans une arène cylindrique. Une fois l’agitation redescendue, le film peut vraiment commencer. Ce vagabond à moto, sans but, va découvrir qu’il a un fils. En quelques secondes son destin, et celui de l’ensemble des autres personnages, va basculer.

Le reste du casting est au diapason, sans fausse note. Après Happiness TherapyBradley Cooper continue de prendre des risques avec un rôle puissant mais difficile. Dane DeHann (Chronicle, Des Hommes sans loi, bientôt dans Kill Your Darlings) confirme lui son statut de jeune premier tourmenté. Enfin Eva Mendes, méconnaissable, relève le défi du drame avec grâce.

Derek Cianfrance aime le mélange des genres et les narrations élaborées. Après avoir joué avec les courbes du temps dans Blue Valentine,  il nous propose cette fois plusieurs films en un seul. Dans The Place Behind the Pines, le drame social côtoie le polar contemporain et la chronique adolescente. Bien qu’un peu surpris au départ, le spectateur se laisse doucement convaincre par ces changements de rythme. A l’aide d’une lumière « rétro »,  délavée, le cinéaste insuffle aussi une dose de mystère. Par moments, les fameux pins du titre semblent investis d’une force presque surnaturelle.

Peu à peu, le fil conducteur qu’il met en place nous apparaît clairement : la transmission et ses conséquences intergénérationnelles. Dans cette histoire, la figure paternelle est au centre de toutes choses.  Les femmes, réduites aux rôles de simples spectatrices, assistent impuissantes au cours des évènements. Bref, The Place behind the Pines s’inscrit dans la grande lignée de ces longs métrages américains, symbole d’une époque qui nous échappe déjà.

Marianne

Note d’intention psychanalytique à usage des cinéphiles

« Les pères ont mangé des raisins verts et les fils en ont eu les dents agacées. » Jacques Lacan aimait citer cette parabole pour illustrer la transmission d’inconscient à inconscient. Ce qui s’est noué pour les pères dans le passé rattrapera inéluctablement leurs enfants dans le présent. Le film en est la parfaite illustration et si le sujet n’est pas nouveau, il est ici revu à l’aveuglante lumière de la comète Luke Glanton (Ryan Gosling, Only God Forgives, Gangster Squad) qui transperce le film.

Sans doute ce héros minable de l’Amérique déshéritée aime-t-il les feux du spectacle, mais on ne saura quasi rien de lui si ce n’est qu’il est foudroyé lorsqu’il découvre qu’il est père. Et tout se jouera quand il fera promettre à la mère : «  Ne lui parle pas de moi ». Elle tiendra promesse mais tout secret digne de ce nom persiste à resurgir et les traces d’une comète ne sont pas de ces vestiges qui restent enfouis. Pourtant le spectateur ne découvrira presque rien des liens de Luke à son père. En revanche, le peu qu’il parvient à transmettre à son fils Jason (Dane Dehane) sera déterminant.

Car le destin de Jason sera, au final, plus assumé sinon plus libre que celui d’A. J. (Emory Cohen), ce fils que son père, guidé par la Loi et les remords, n’ose plus regarder dans les yeux… sauf des années plus tard et seulement pour lui donner des ordres. A. J. restera dans l’ombre de son père (Bradley Cooper) comme celui-ci s’était déjà plié aux désirs de son propre père, quand Jason partira sur la moto de Luke avec la route sans fin en héritage.

Laurence

Critique : A la Merveille, de Terrence Malick

Difficile de résumer tout ce qui vous traverse l’esprit lorsqu’on visionne un film de Terrence Malick. Le cinéaste pose, depuis ses débuts, un regard particulier sur la terre et les êtres qui l’habitent. A une époque où tout va vite, prendre le temps d’observer les choses est un privilège rare.  Mais soyez prévenu, avec  A la Merveille (référence au nom de l’abbaye du Mont Saint-Michel), Terrence Malick pousse le processus de contemplation à son extrême.

De cette histoire d’amour entêtante, nous n’aurons que des impressions, des images quasiment subliminales. Les dialogues disparaissent au profit d’une voix off philosophique et obsédante. A l’écran, on assiste à une multitude de moments suspendus mêlant l’allégresse aux angoisses de l’existence. Sauf que chez Terrence Malick, chaque cheveu qui s’envole, chaque rayon de lumière qui traverse un volet, chaque épi de blé qui se ploie prend une dimension particulière.

Ben Affleck a du mal à exister dans cet exercice délicat. Son personnage, filmé souvent hors cadre et dont on n’entend pratiquement jamais les pensées, restera un mystère insaisissable. Sans doute Malick veut-il nous mettre dans la même situation que Marina (Olga Kurylenko, sensible) face à celui dont elle tente, en vain, de se faire aimer. Mais au final, il apparaît comme une figure désincarnée, semblant errer sans fin dans un univers qui le dépasse.

Face à ce mouvement incessant de sentiments et de personnages, on a parfois plus l’impression d’assister à un ballet qu’à un film. Mais pour peu que l’on soit prêt à se laisser emporter par ce lyrisme des images, le voyage, bien que chaotique, ne laisse pas indifférent.

Marianne

Trailer : The Bling Ring, de Sofia Coppola

Sofia Coppola est dans la place ! Le retour de la fille prodigue qui filme l’ennui comme personne s’annonce prometteur. The Bling Ring s’inspire d’un fait réel qui avait défrayé la chronique à Hollywood. En 2008, une bande d’adolescents ont décidé de tromper leur ennui en dévalisant les villas luxueuses des stars. Parmi les victimes du gang appelé « The Bling Ring », on trouve notamment Paris Hilton, Megan Fox, Orlando Bloom ou encore Lindsay Lohan.

Pour interpréter ces rebelles désoeuvrés, Sofia Coppola a misé sur de jeunes minois peu connus des spectateurs. Hormis la lumineuse Emma Watson qui n’en finit plus de tourner la page Harry Potter, on retrouvera Taissa Farmiga (plus connue pour son rôle de Violet dans la saison 1 de American Horror Story) ou encore Israel Broussard et Claire Pfister.

Ces premières images, rythmées, nous plongent dans une ambiance rock’n roll et glamour. Peu de dialogues à se mettre sous la dent, seulement un montage bruyant qui laisse planer sur le film un certain mystère mâtiné de soufre.

La date de sortie est prévue pour le mois de juin.

Marianne

Critique : Au bout du conte, d’Agnès Jaoui

Ce qui intéresse le plus la réalisatrice Agnès Jaoui ? Sans aucun doute, les gens. Ou plus exactement, leurs petits travers et autres arrangements avec la réalité. Dans Au bout du conte, elle s’interroge sur la croyance, sous toutes ses formes. Croire en Dieu. Croire en l’amour. Croire en soi. Croire en demain. Et même ne croire en rien !

Pour illustrer cette thématique, Agnès Jaoui utilise l’imaginaire du conte de fées. Les transitions entre chaque scène, travaillées comme des tableaux impressionnistes, plantent le décor.  Dans le cadre, elle glisse quelques objets hétéroclites liés à cet univers  : l’horloge du lapin d’Alice au Pays des Merveilles, un poisson ballon qui ressemble étrangement à Némo, une chaussure oubliée sur un escalier… Certains de ses personnages incarnent aussi les grandes figures archétypales du genre (le grand méchant loup, la méchante reine, le petit chaperon rouge…).

Evidemment, la cinéaste s’amuse à prendre le contre-pied de ces fables, pour mieux souligner les maux du XXIe siècle. Au-delà de ces moqueries féeriques, Agnès Jaoui réussit une fois de plus ses dialogues. Drôles, crédibles et touchants, elle fait mouche dans chaque scène.

Au final, l’ensemble de ces petites saynètes composent un long métrage sympathique. Même si l’on aurait aimé qu’il ait un peu plus d’ambition que celle de nous faire rire.

Marianne

The Hour, une série anglaise délicieuse

Arte continue de faire les beaux jours de la télévision. Après Borgen et en attendant Top of the Lake de Jane Campion, découvrez The Hour. La première saison de cette série britannique débute jeudi 7 mars 2013 sur la chaîne franco-allemande.

Critique : Die Hard 5, de John Moore

Fallait-il donner une pénultième suite aux aventures de John McClane ? Non, définitivement pas ! Entre un Bruce Willis qui grimace, un scénario qui tient en dix lignes et des explosions toutes les deux minutes… il n’y a pas grand-chose à sauver de ce naufrage.

Pourtant je suis une grande fan de la trilogie originale, je n’ai rien contre les  films d’action efficaces et malins. Mais John Moore n’est pas John McTiernan, le sens du cadre et du suspense doivent lui être totalement inconnus. Au passage, le flic increvable a également perdu son humour ravageur. Les quelques dialogues cocasses entre le père et le fils ne suffisent pas à inverser cette tendance.

Certes les amateurs de cascades, carambolages, courses poursuites et autres fusillades en prendront plein les yeux… La scène finale, ultra-spectaculaire, nous réserve même un plan de chute assez graphique. Filmés au ralenti, les deux héros traversent vitrages et cloisons. Tout à coup, le spectateur se retrouve plongé dans l’univers d’un jeu vidéo plein écran… sauf que quand on ne tient pas la manette, la sensation est beaucoup moins amusante.

Seule petite consolation, le film met le pied à l’étrier à Jai Courtney. Déjà repéré dans le très inégal Jack Reacher, il dégage, malgré la pauvreté du rôle, un charisme brut. Exploité à sa juste mesure, il pourrait faire des étincelles dans les années à venir.

Marianne

Le créateur des Walking Dead travaille sur deux projets de série

Il n’y pas que des zombies dans la vie de Robert Kirkman. Le créateur des Walking Dead s’apprête à varier les plaisirs en travaillant sur deux nouveaux projets de série. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, tous les deux seront des adaptations de comics de l’auteur.

Avec Thief of thieves (Le Maître voleur, sorti chez Delcourt en janvier), Kirkman s’éloigne du monde fantastique puisque la BD suit les aventures d’un voleur de talent jonglant avec une double identité, qui décide un jour de ne dérober que des objets déjà volés une première fois. Développé pour AMC, qui rêve d’un nouveau succès à la Walking Dead, ce show a pour ambition de révolutionner les histoires de cambriolage. Il devrait s’intéresser tout particulièrement à la psychologie des personnages.

Le second script, développé cette fois pour la FOX, sera une adaptation d’une BD encore inédite de Kirkman. Elle racontera la destin d’un homme possédé par le démon depuis son enfance qui, à l’âge adulte, entame un voyage spirituel pour trouver des réponses. Le problème c’est que ce qu’il va découvrir pourra bien mettre un terme au monde tel que nous le connaissons… Un pitch intrigant qu’il nous tarde donc de découvrir. Surtout que le problème de la possession à la mode au cinéma n’a fait que rarement l’objet d’un traitement en série.

On croise les doigts pour que ces deux projets voient le jour le plus rapidement possible. L’aura dont bénéficie Robert Kirkman en ce moment devrait être un atout précieux pour les décideurs des networks.

Marianne

Critique : Hansel et Gretel : Witch Hunters, de Tommy Wirkola

L’affiche promet « 100 % » de gun. Promesse tenue. Et  « sang pour sang » de fun. Et là, la promesse n’est que partiellement tenue même si Gretel (Gemma Aterton, Tamara Drew, Prince of Persia) et Hansel (Jeremy Renner, Démineurs, Mission impossible) sont sexy, toniques et parfois émouvants. Les sorcières sont redoutables, leur univers un chouïa élaboré, leurs espèces variées. Les décors, costumes, arbalètes et autres flingues offrent un design soigné. Edward le troll triste est une excellente trouvaille.

Le générique, qui utilise un théâtre de papier 3D pour raconter la vie des deux enfants entre le moment où ils tuent la sorcière dans la maison de sucreries et leur nouvelle carrière de chasseurs de sorcières, est remarquable. Les anachronismes inattendus (le tourne-disque, le kit de réanimation…) sont bien vus.

Un scénario (beaucoup) plus ambitieux n’aurait certainement pas nui à l’histoire. Même pour un petit film de série B et vu les moyens dont il disposait, Tommy Wirkola aurait pu développer le potentiel du conte au lieu simplement de l’effleurer. Terry Gilliam avait prouvé avec ses magiques Frères Grimm qu’une relecture plus originale est possible. Et puisque Tommy Wirkola a choisi l’option « délire », il aurait bien été inspiré de revoir Planète Terreur et Machette dans lesquels Robert Rodriguez démontrait que le fun déjanté n’empêche pas le second degré de grande qualité.

Au total le film se tient, même si les dialogues ne sont pas aussi drôles qu’on l’aurait souhaité. Dommage, d’autant qu’à la toute fin, Hansel et Gretel trouve un rythme qui donne envie de tracer la route avec les witch hunters. Cela dit, si l’on n’a pas de folles espérances, on passe plutôt un bon moment et l’on retiendra la morale du conte (Hé ! On ne sait jamais, ça peut toujours servir…) : « Don’t eat the fucking candies ».

Laurence

Critique : les Misérables, de Tom Hooper

On adorera (comme beaucoup de spectateurs) ou on détestera (comme presque toute la critique française) sans demi-mesure. Car ces Misérables à l’américaine sont pleins de parti-pris auxquels le public devra adhérer s’il veut apprécier pleinement le spectacle.

Choisir d’adapter une comédie musicale à succès était déjà osé, mais le pari se double d’un pathos hugolien délibérément mis en avant et du choix de décors grandiloquents à la limite du pompier. Puisque les acteurs endossent leurs partitions avec brio, que le sentimentalisme émeut, que les grandes envolées lyriques enthousiasment parfois et que les rues de Paris assument leur côté kitsch, le film peut se regarder avec bonheur.

S’il était besoin d’une seule bonne raison d’aller voir le film, ce serait toutes les scènes où apparaissent  les Thénardiers, interprétés par Helena Bonham-Carter et Sacha Baron Cohen. De la pure méchanceté bouffonne, cruelle et avide, mise en scène avec brio et un gros grain de folie.

A cela s’ajoute l’interprétation d’Anne Hathaway en Fantine dans la formidable scène où elle en vient à se sacrifier pour Cosette.

Si Tom Hooper avait fait preuve d’autant d’inspiration sur toute la durée du film qui s’essouffle en deuxième partie malgré l’excellent Eddie Reydmane, on aurait peut-être tenu une grande adaptation du chef-d’oeuvre de Victor Hugo.

Laurence

Quoi ! Les Américains adaptent (une fois de plus) un chef-d’œuvre de la littérature française. Et ils osent en faire une comédie musicale… Paris résonne encore des cris d’effroi des bien-pensants qui se posent en défenseurs du patrimoine hexagonal. Mais en réalité, ils connaissent bien mal l’histoire.

Faire des Misérables une comédie musicale est une idée 100 % française. Ecrite en 1980 par Alain Boublil et le compositeur Claude-Michel Schönberg, elle fut mise en scène par Robert Hossein lui-même. Mais le public parisien ne lui accorda qu’un succès mitigé. La comédie musicale eut alors une seconde vie, une fois traduite en anglais. Elle fit les beaux jours de la scène londonienne avant de s’attaquer à Broadway. Pour les Anglo-saxons, le spectacle est une véritable institution.

Une fois cette vérité rétablie, une question se pose : comment réussir à transposer cette comédie musicale de la scène au grand écran sans la dénaturer ?  Pour commencer, il faut sélectionner un réalisateur anglais oscarisé. Derrière la caméra, on retrouve Tom Hooper qui a reçu cinq statuettes pour le pétillant Discours d’un roi. Cet amoureux des trames classiques réussit avec Les Misérables à faire monter petit à petit l’émotion, sans que le spectateur ne s’en rende compte. Par petites doses, le film accumule les moments de grâce. Anne Hathaway (Fantine) sublime le désespoir. Samantha Banks (Eponine) est lumineuse de tristesse sous la pluie.

La musique amplifie, elle, le lyrisme de l’œuvre de Victor Hugo. Les scènes de foule en haut des barricades paraissent encore plus intenses et dramatiques. Et les impitoyables Thénardiers nous entraînent, eux, allégrement dans la Commedia dell’ arte. Le tout dans un décor parisien ouvertement théâtral, qui pourra faire sourire certains.

Dans cette partition presque parfaite, je ne déplore qu’une petite fausse note. Le choix d’avoir complètement supprimé les scènes parlées. Elles auraient, à mon sens, mieux structuré ce récit très long et complexe.

Marianne