Monthly Archives: avril 2013

Heroes pourrait renaître de ses cendres

Save the Cheerleader, save the world ! En 2006, la série Heroes lancé par Tim Kring sur NBC créait un véritable buzz. Redéfinissant le modèle du super-héroes, le show s’appuyait sur une narration complexe et des personnages solides et attachants. Si la première saison était grandiose, par la suite les auteurs se sont un peu perdus dans un fil d’intrigues alambiquées dénaturant la série et désarçonnant de nombreux spectateurs. Elle s’achevait au bout de quatre saisons en 2010.

Selon TV-Line, le groupe MSN envisagerait d’exploiter l’univers de Heroes en lançant une nouveau show sur sa plate-forme de streaming XBox. On ne dispose que de peu d’informations concernant cette nouvelle mouture de Heroes. Il s’agirait plus d’un show spin off que d’une suite proprement dites. Les personnages principaux de la série mère pourraient évidemment faire des apparitions.

Le succès de Netflix, qui a lancé avec brio des séries originales (House of Cards de David Fincher ou plus récemment Helmock Grove produit par Eli Roth) commence à faire des envieux. Ce nouveau système de diffusion pourrait bien révolutionner notre manière de consommer des séries dans  les années à venir. Le réseau payant vous propose de visionner la série dans son intégralité  et quand vous le souhaitez. Si seulement les opérateurs français pouvaient à leur tour s’inspirer de ce nouveau modèle…

Marianne

Cannes 2013 : Ce que l’on sait déjà

Le 18 avril, toute la planète cinéma aura les yeux rivés sur l’incontournable conférence de presse donnée par Thierry Frémaux. Il y révélera la liste tant attendue des films retenus pour la grande messe annuelle. Avant de découvrir le nom des heureux élus, Lost in Universes vous propose un dossier complet sur toutes les informations que l’on a déjà sur cette édition 2013.

A tout seigneur, tout honneur

On commence par le président du jury qui s’appelle cette année Steven Spielberg. Convoité depuis des années par Gilles Jacob, le réalisateur de Lincoln a enfin réussi cette année à se dégager de ses obligations. Ironiquement, c’est la crise financière qui permet à Steven Spielberg de remplir ses fonctions présidentielles en 2013. Le projet d’adaptation du bouquin de  science-fiction Robocalypse  sur lequel il travaillait a été retardé pour cause de budget trop élevé…Voir le maître de la Pop Culture qui passe depuis les années 70 du Pop-corn Movie au film à thème à la tête du plus grand festival du monde ne peut que nous réjouir.

Et les apôtres ?

Concernant les autres membres du jury, on a peu d’indices pour l’instant, même s’il y a quelques jours une rumeur circulait sur l’éventuelle venue de Nicole Kidman. Aucune certitude sur la présence de l’actrice australienne dans le jury, mais elle devrait être sur la croisette pour la présentation des premières images du nouveau film d’Olivier Dahan (La Môme), Grace of Monaco, dans lequel elle joue le rôle titre. Du côté des autres sélections, on sait déjà que la talentueuse Jane Campion (seule femme à avoir remporté la Palme pour La Leçon de piano) présidera le jury des courts-métrages et de la Cinéfondation. Une autre réalisatrice, française cette fois, fera partie du jury de la semaine de la Critique : Mia Hansen-Løve (Tout est pardonné). Cette sélection parallèle sera présidée par le cinéaste portugais Miguel Gomes.

Une belle vitrine

Pour cette édition 2013, la réalisation de l’affiche officielle a été confiée à l’Agence Bronx. Elle a retravaillé une photo de Paul Newman et Johanne Woodward (son épouse) prise sur le tournage de A New Kind of Love de Melville Shavelson. Le résultat, magnifique, présente le couple échangeant un baiser dans une position sphérique. Il se dégage de cette image une certaine nostalgie mais aussi de l’espoir. Elle exprime le mouvement, l’éternel retour et la fidélité.

Une ouverture baroque

Si l’on ignore encore la liste des films concourant pour la fameuse Palme d’or, le film qui aura la lourde tâche d’ouvrir la compétition est connu depuis plusieurs semaines. Il s’agit de Gasby le Magnifique de Baz Luhrmann. Le réalisateur australien s’était déjà prêté à l’exercice puisque son opéra baroque Moulin rouge avait ouvert le Festival en 2001. Leonardo Dicaprio, Tobey Maguire et Carrey Muligan devraient être présents pour monter les marches assurant au festival son quota de glamour hollywoodien. Au vu de la bande-annonce, il semble évident que le cinéaste a conservé son faible pour les ambiances extravagantes. Même si le roman de Fidgerald a déjà été adapté plusieurs fois, je pense que ça sera la première fois que les fêtes somptueuses organisées par Gasby prendront une tournure aussi opératique. Avant de découvrir ce film, les festivaliers assisteront à la traditionnelle cérémonie d’ouverture qui sera présentée par Audrey Tautou. La jeune femme, dont la carrière s’était faite plus discrète ces dernières années, s’apprête à faire son grand retour sur le devant de la scène avec L’Ecume des jours  de Michel Gondry. Cette adaptation de l’œuvre surréaliste de Boris Vian sortira sur les écrans français le 24 avril.

Une conclusion épique

Et pour finir la manifestation en beauté, le comité de sélection a choisi Zulu de Jérôme Salles (Largo Winch). Un polar intense se déroulant dans une Afrique du Sud encore hantée par les traumatismes de l’Apartheid. Orlando Bloom et Forrest Whitaker y incarnent deux flics à la recherche du meurtrier d’une jeune adolescente. La sortie en salles est programmée pour le 6 novembre prochain.

Un petit pronostic ?

Pour terminer, laissons-nous tenter nous aussi par le jeu des pronostics. De l’avis de tous  Only God Forgive de Nicolas Winding Refn, qui avait enchanté la Croisette il y a deux ans avec Drive, semble bien placé pour figurer sur la prestigieuse liste. L’adaptation de la BD de science-fiction, le Transperceneige de Bong Joon-Ho (The Host), ferait aussi parti des favoris. Il se murmure que la surdouée Sofia Coppola pourrait avoir ses chances avec The Bling Ring. On lui souhaite un meilleur accueil que celui reçu en 2005 par son Marie-Antoinette. Du côté français, Le Bleu est une couleur chaude d’Abdellatif Kechiche apparaît comme un sérieux candidat. Cette adaptation de la BD du même nom suit une jeune-fille (Léa Seydoux) qui découvre son homosexualité. Il pourrait affronter Jimmy Picard d’Arnaud Desplechin ou encore Jacky au royaume des filles de Riad Sattouf. Dans le premier, Mathieu Amalric et Benicio Del Toro se donnent la réplique dans un drame autour de la psychanalyse d’un indien au lendemain de la seconde guerre mondiale. Le second nous transportera dans un monde parallèle dans lequel les femmes sont le sexe fort. A titre personnel, on aimerai bien que Guillaume Canet y présente son Blood Ties, un polar co-signé avec James Gray.

Rendez-vous demain pour le verdict final.

Marianne

 

Talent à suivre : Emeline Castaneda (Vidéo)

Lost in universes aime les créatifs possédant un monde bien à eux. Le destin a mis sur notre route Emeline Castaneda, jeune réalisatrice de talent qui essaie de se faire une place sur la planète cinéma. Pas facile quand on est une fille et qu’on a des idées qui sortent des sentiers « autorisants »  plébiscités par le tout puissant CNC.

Mais il en faut plus pour décourager la demoiselle. Art appliqués, design, mode, infographie, production, réalisation de costumes et de décors… notre jeune réalisatrice est une véritable artiste stakhanoviste. Après quelques hésitations, elle décide que son truc à elle, c’est la création d’univers. La réalisation est justement le moyen inespéré pour rassembler toutes ses compétences.

Emeline Castaneda signe d’abord un premier court-métrage intitulé Kaddish ! (prière des morts juive). Véritable film de genre, ce court, écrit dans le cadre d’un concours de scénarios, étonne autant par sa maîtrise formelle que par son twist final qui voit des zombies danser.

Le film n’est pour l’instant pas visible sur Internet, mais voici quelques photos qui posent l’esthétique de son image.

 

Après ce premier essai réussi (le film a notamment été sélectionné dans un Festival du Québec), la jeune femme se lance dans une nouvelle aventure, celle du clip non officiel. L’idée est d’illustrer la chanson d’un groupe pas encore très connu et d’y imprimer son style. Cette pratique devenue courante sur la Toile a permis à certains de se faire connaitre. Emeline Castaneda jette son dévolu sur la très chouette chanson des Concrete Knives, Brand New Start.  Pour information, ces derniers ont appréciés le résultat que vous pourrez découvrir juste en dessous.

Emeline Castaneda revendique totalement cette vision décalée du monde. Elle est à la recherche de l’élément visuel qui fera la différence, elle aime le comique de situation. « En fait, je n’aime pas un genre plus qu’un autre. Ce qui compte c’est le second degré et l’humour », confirme-t-elle avec un grand sourire.  Quand on voit le clip, on pense à Michel Gondry.

Au jeu des références, elle préfère Wes Anderson. Dans tous les cas, dans un paysage cinématographique français un peu sage, cet imaginaire solaire ne peut être que pleinement apprécié.

Emeline Castaneda travaille actuellement sur deux projets de long-métrages. A suivre….

Marianne

Critique : Oblivion, de Joseph Kosinski

Oubliez toutes vos certitudes. A l’image de ses personnages, Oblivion n’est pas, tout à fait, ce qu’il semble être en apparence :  un film de science-fiction comme les autres.  Certes son point de départ, une planète dévastée par une guerre nucléaire contre des aliens invisibles, nous conduit sur la piste archi-connue de l’univers post-apocalyptique. Bienvenue dans le quotidien banal d’un certain Jack Harper (Tom Cruise, inspiré) et de son équipière Vika (Andrea Risborough, aussi fragile qu’inquiétante). Tous les deux ont été laissés sur Terre pour récupérer les dernières ressources avant de rejoindre Titan, nouvel eldorado des humains survivants.

Entre deux réparations de drones, Jack rêve d’une belle inconnue…

Qu’est- ce qui fait de nous des êtres humains ? Sans trop en dévoiler c’est certainement une des questions essentielles de ce long métrage élégant et racé.

Aride. Froid. Clinique. Epuré. Technologique. Le monde futuriste imaginé par Joseph Kosinski est volontairement sobre et anti-spectaculaire. Bien loin des excès chromatiques et tape-à-l’œil des derniers blockbusters hollywoodiens, l’ancien clippeur lorgne sur les ambiances désincarnées des années 70. Andreï Tarkovski et Stanley Kubrick  en tête. Il y a du 2001, l’Odysée de l’espace dans cet Oblivion. Mais pas que. Matrix des Wachowski ou encore Moon de Duncan Jones ne sont jamais loin non plus.

Si ce patchwork référentiel semble pleinement intégré (certains clins d’œil sont clairement volontaires), le réalisateur, lui-même auteur du scénario, peine à dépasser ces modèles. Une fois de plus, l’univers tient la route mais la narration se fait plus hasardeuse. L’effet de surprise est relatif. Les personnages secondaires manquent de profondeur. Excellente dans A La Merveille ou dans la série Magic City, Olga Kurylenko semble ici  quasi absente. Elle incarne pourtant un élément clef de l’histoire…

Et au final, les questions soulevées par le film restent au stade du prosaïsme. Dommage car il se dégage d’Oblivion une vraie étrangeté qui vaut le coup d’œil.

Marianne

Critique : L’Ecume des jours, de Michel Gondry

Quand on y pense, cela sonne comme une évidence. L’univers de Michel Gondry et celui de Boris Vian étaient faits pour se rencontrer. Plus solaire et optimiste que l’écrivain chanteur, Michel Gondry partage avec lui une vision unique du monde qui nous entoure. Et il était le seul réalisateur français (à part peut-être Jean-Pierre Jeunet ? ) à pouvoir donner vie aux inventions surréalistes de l’Ecume des Jours.

Du Piano’cktail au nuage suspendu en passant par la limousine transparente, l’arrache-cœur ou la fameuse danse du Biglemoi, tous les fantasmes de l’écrivain virtuose sont reconstitués à l’écran. Magie de l’animation ou talent d’accessoiristes imaginatifs, tout sonne juste. Décalé et charmant, Michel Gondry parvient à ne jamais  tomber dans un mauvais kitch ou un futurisme de pacotille qui aurait dénaturé l’œuvre de Vian. Il réussit la parfaite synthèse entre la vision d’après-guerre de l’auteur et notre monde contemporain.

Au-delà de cette création artistique fabuleuse (il y a quasiment une idée dans chaque plan),  Gondry nous emporte dans un tourbillon onirique. Reprenant certaines citations et jeux de mots du texte original, le cinéaste en restitue la poésie. Par contre, en choisissant de donner plus de consistance à Colin (Romain Duris) et un peu moins à Chick (Gad Elmaleh), la dimension politique du roman se perd un peu. Toute la critique du pouvoir de l’agent, de l’aliénation du travail ou même des terribles conséquences de l’addiction ne sont que survolés.

L’émotion est palpable mais elle s’égare dans l’euphorie visuelle du cinéaste. Inventeur de génie, Gondry est clairement moins à l’aise dans la dernière partie sombre et cruelle que dans le feu d’artifice du début. Il n’est reste pas moins que l’Ecume des jours est l’OFNI (Objet filmique non identifié) de l’année et qu’il faut courir en salles pour faire partie du voyage.

Marianne

Dès que Michel Gondry a lu l’Ecume des jours dans son adolescence, il a eu l’idée du passage progressif des couleurs éclatantes du début, lorsque tous les espoirs sont en germination, jusqu’au noir et blanc de la fin amère qui se noie dans le désespoir. Subtilement, le ton de l’univers poétique du film est donné.

Pour l’adaptation strictement parlant, Michel Gondry a choisi de se recentrer sur le couple de Colin et Chloé, en mettant plus de côté Chick, même si ce dernier reste très présent, colonisé un peu plus chaque jour par son délire « Jean-Sol Partrien ». Du coup, Michel Gondry a donné à Colin plus de personnalité qu’il n’en avait dans le roman. Certains éléments comme les fusils que Boris Vian avait créés sans les exploiter véritablement apparaissent à plusieurs reprises dans d’autres scènes.

Devant les membres du Club 300 d’Allô Ciné, après la projection du film, Michel Gondry a affirmé qu’il voulait rendre hommage aux travailleurs, et le travail est parfaitement rendu dans toute son aliénation, son absurdité et parfois sa dangerosité. Par exemple avec la cruelle culture des fusils dans les serres. Cette critique culmine lorsque Colin est obligé de travailler sur la chaîne des machines à écrire sa propre histoire, mis ainsi dans l’impossibilité d’échapper à sa destinée. Le réalisateur tenait à ce que Colin soit soutenu par ses collègues lorsqu’il échoue à suivre un rythme délirant et est licencié. A apprécier également une critique acerbe de l’Eglise qui ne vendra qu’un enterrement sordide à Chloé et n’offrira aucun réconfort à Colin.

Une fin magnifique, plus sobre, digne de la tradition gothique anglaise, achève cette belle adaptation, Ovni d’inventivité dans l’ennuyeuse production française (hormis, effectivement, l’univers de Jean-Pierre Jeunet).

Seules légères critiques : d’une part, on ne comprend pas toujours les mots. Il faut avoir le livre en tête pour les savourer. Une astuce visuelle pour les néophytes aurait été bienvenue.

D’autre part, les moindres détails sont extrêmement travaillés. Presque trop. Les amateurs fous du monde de Vian ne partageront sans doute pas cet avis mais Michel  Gondry est un peu dans la surenchère de créativité. L’univers est saturé. Même s’il est toutefois souvent drôle comme tout ce qui concerne les repas : les plats vivants, le cuisinier délirant (Alain Chabat), la capture de l’anguille, les « petits fours ». Ils serviront de contraste à la fin de l’histoire avec les affreuses sardines passées à l’acide en guise de dernier triste repas. Quant à l’intérieur du torse de Chloé, réalisé en tissu animé, il a toute la beauté des oeuvres de la plasticienne Annette Messager. La sonnette, elle, est agaçante juste ce qu’il faut.

Et la fameuse souris ? On veut juste l’adopter illico presto…

Laurence

Enfin un trailer pour Elysium

Neill Blomkamp est un cachotier. Alors qu’à Hollywood, la tendance est de dévoiler sur la Toile le plus tôt possible du matériel de promotion pour les grands films de studio, son Elysium tardait à montrer le bout de son nez. Depuis quelques mois, les amateurs de science-fiction devaient se contenter d’une photo de Matt Damon le crâne rasé avec une arme futuriste dans les mains.

Mais alors que la date de sortie se rapproche (le 14 août), Neill Blomkamp a dû céder à la pression du marketing imposé par Sony. De nouvelles images et un poster assez intriguant sont désormais visibles. Aujourd’hui, c’est une première bande-annonce qui fait enfin surface.

On y découvre une Jodie Foster bien coiffée en Présidente d’un monde parfait, vivant dans l’espace (Elysium). Pendant ce temps, sur terre, les pauvres survivent sur une planète ravagée par la guerre, la pollution et les maladies. Matt Damon, ouvrier résigné, se retrouve soudainement dans une situation de mort certaine. Il va accepter une mission : se rendre sur Elysium. Un voyage qui pourrait lui sauver la vie mais aussi mettre fin à ce monde dystopique.

Le contraste entre les deux univers est parfaitement retranscrit dans la bande annonce. Le suspense, le spectaculaire et l’action semblent aussi être de la partie. Concernant le scénario, on n’en saura pas plus. Et c’est tant mieux. Après le remarqué District 9, on espère que le cinéaste sud-africain prolongera sa réflexion politique dans ce récit de science-fiction américain.

Marianne

Critique : Dead Man Down, de Niels Arden Oplev

Envie d’un polar à l’ancienne ? Avec femme fatale à sauver, bad boy à aimer et malfrat à liquider ? Dead Man Down est le film qu’il vous faut. Cette histoire de vengeance située dans la pègre new-yorkaise emprunte néanmoins des thématiques contemporaines. Les criminels font main basse sur des biens immobiliers, les immigrés meurent dans l’indifférence et les conducteurs alcoolisés  provoquent de graves accidents… Dans ce monde chaotique, Béatrice et Victor vont se rencontrer.

Ces deux-êtres à la dérive, rongés par leurs propres démons, incarnent l’âme de ce long métrage. Piégés dans leur soif respective de vengeance, ils semblent avoir oublié tout sens de la réalité. Les scènes entre les deux personnages résonnent comme des moments suspendus où les regards en disent plus que de longs discours. Noomie Rapace, sensible, (Passion) et Colin Farrell, intense, (7 Psychopathes) composent ce couple bancal avec finesse.

En dehors de cette parenthèse enchantée, le monde extérieur n’est que ténèbres ou presque. Niels Arden Oplev filme un New York volontairement sombre, comme si la lumière n’avait plus droit de cité. Sur la trilogie Millenium, le cinéaste était apparu comme scolaire et un peu trop discipliné. Avec Dead Man Down, il n’hésite pas à sortir du cadre protocolaire. Les scènes d’action flirtent par moments avec du Hitchcock ou de de Palma. Jeu de miroirs, regards croisés, personnages épiés, il place les apparences au centre de son récit et de sa mise en scène.

Un puzzle cinématographique que les plus cyniques d’entre vous auront peut-être du mal à trouver crédible. Mais si comme moi, vous croyez dans le pouvoir de la rédemption, ce film de genre sans prétention réussit l’exploit de vous entraîner dans son sillage, avec un certain talent.

Marianne

Décidément, Colin Farrell n’est jamais aussi bon que dans des « petits » rôles. Après un décevant Total Recall, il retrouve toute la mesure de son talent dans 7 Psychopathes et dans ce Dead Man Down. Si l’on y regarde de près, ce polar est surtout et d’abord une histoire d’amour et de rédemption, interprétations dans lesquels l’Irlandais excelle. Il suffit de se souvenir d’Ondine ou de London Boulevard. Noomi Rapace se révèle une partenaire à la hauteur de sa fragilité vengeresse. Même Isabelle Huppert trouve sa juste place dans cet immeuble glaçant.

Le récit de ces vies explosées par l’égoïsme et la violence est servi par un scénario qui ne tombe jamais dans le sordide ou le larmoyant. Une photographie souvent en clair-obscur accompagne et souligne leurs visages et leurs corps abîmés par la douleur de la perte.

Seul vrai reproche : un certain manque de suspens, même si l’on ne voit pas bien comment les deux amoureux pourraient ne pas être broyés par une adversité trop forte ou comment l’histoire pourrait finir heureusement. L’intrigue est trop prévisible, la tension s’en ressent, et le spectateur ne tremble pas vraiment. Un certain cynisme humoristique bienvenu parvient la plupart du temps à faire oublier ce défaut.

Laurence

Critique : Les Amants passagers, de Pedro Almodovar

Bonne nouvelle, Pedro Almodovar revient à la comédie. Colorés, décalés et ultra-sexués, ces Amants passagers s’inscrivent dans la  grande tradition de la movida, que le réalisateur a incarné au début des années 80.  Il y a donc un soupçon de Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier et une pincée de Attache-moi dans ce nouveau long métrage.

Pourtant en Espagne, la période d’euphorie qui a suivi la fin du Franquisme est bel et bien finie. La crise financière a sévi. Mais Almodovar aime toujours être là où on ne l’attend pas. Après le thriller ultra-esthétique La Piel que habito  et le drame passionnel Etreintes brisées, il renoue avec un genre qu’il avait (volontairement ?) délaissé.

Ce long métrage se vit donc comme une bulle de fantaisie. On suit les mésaventures d’un groupe de passagers et des membres d’équipage d’un avion en détresse. Alcool, drogues, mensonges, amours contrariées, orgasmes et chorégraphie forment le cocktail gagnant de cette comédie loufoque. Drôle, assurément. Ultra-gay, évidemment. Réjouissant, immédiatement. Pour le côté surprenant, par contre, on repassera. Ce subtil mélange de naïveté et de surréalisme est déjà connu, mais au final on s’en fiche un peu. Attachez tranquillement vos ceintures et laissez-vous guider.

Marianne

Critique : Perfect Mothers, d’Anne Fontaine

Il y aurait une façon extrêmement simple de faire la critique de ce Perfect Mothers (Two Mothers) d’Anne Fontaine : accumuler les superlatifs. Admirable, sublime, parfait, exceptionnel…

Mais aucun de ces mots ne rendrait véritablement justice à ce film. Bien sûr, la photographie est admirable. La lumière, la mer, les visages, les corps sont sublimés et comme sculpturaux. Le scénario est impeccable, et le spectateur tremble sans cesse car comment cette parfaite histoire de transgression pourrait-elle finir heureusement ? Ces amours exceptionnelles que rien n’interdit véritablement sont si pleines de stupeur et de risque que seuls la mort et la médiocrité pourraient les anéantir. Pourtant,  le talent d’Anne Fontaine fait qu’elles ne risquent à aucun moment de sombrer dans la vulgarité, la perversité ou même la banalité de la vie ordinaire.

Aucune convention sociale ne convient à ces demi-dieux, égarés sur terre comme par erreur, et celle qui tente de les ramener aux clichés trop ordinaires pour eux est la seule pécheresse. Car ces quatre-là sont tombés de l’Olympe, égoïstes, cruels, innocents, incandescents, so terribly beautiful… L’histoire se déroule en Australie mais il y a quelque chose d’incroyablement grec dans ce quatuor. L’amour vrai autant que l’amitié sans concession les plongent dans un pur océan de désir sensuel et de tentation violente. Robin Wright (les Vies privées de Pipa Lee, Millenium) forme un couple incroyable avec Xavier Samuel (Twilight 3 : Hesitation ; Anonymous), affolant de vérité et de pureté tandis que Naomie Watts (Fair Games, Dream House) joue les innocentes en compagnie de James Frechville (Animal Kingdom).

Lorsque l’on sort de la séance, on tente désespérément de garder en soi les images de cet incroyable univers, de peur que cette indicible beauté ne se dissipe. On cherche en vain les qualificatifs qui conviendraient à ce film hors normes. Jusqu’à ce que l’on se souvienne de ce mot qui résume la beauté, l’étonnement et presque l’effroi. Sublime.

Laurence

Critique : Les Croods, de Chris Sanders et Kirk DeMicco

Bienvenue chez les hommes préhistoriques. La famille Croods, dernière représentante de son espèce, tente de survivre dans le monde hostile qui l’entoure. Vivant la majeure partie du temps enfermée dans une sombre caverne, la petite famille ne sort que pour se nourrir. Face à ce quotidien morose,  Eep  ( Emma Stone), la fille aînée s’ennuie ferme. Elle rêve de grands espaces, de soleil, d’aventures et même de danger ! L’arrivée de la fin du monde et d’un certain Guy vont changer la donne.

Famille je vous hais/Famille je vous aime. La chanson est connue. Créer une nouvelle mélodie est donc un art délicat. Heureusement, les magiciens du pays de l’animation de chez Dreamworks possède plus d’une note dans leur partition.

Après la relation mère-fille explorée par Pixar dans Rebelle, c’est ici la relation père-fille qui sert de colonne vertébrale à cette histoire. Et il y a définitivement un soupçon de Mérida chez Eep. Sauf que si elle décide de désobéir à l’autorité paternelle, ce n’est pas que pour s’affirmer. Les beaux yeux du nomade et futé Guy (Ryan Reynolds) y sont aussi pour quelque-chose. Le père (Nicolas Cage), figure tutélaire et protrectice se retrouve défié par un jeune loup qui mise plus sur l’intelligence que sur les muscles. De cette classique confrontation entre deux mâles alphas, naîtra fatalement un nouvel équilibre. Mais rassurez-vous émotions, rires et même quelques surprises sont au rendez-vous.

Pour donner vie à cet univers préhistorique parallèle, les créatifs s’en sont donné à coeur joie. On retrouve pêle-mêle un bestiaire chamarré surréaliste, une végétation luxuriante librement inspirée du Douanier Rousseau et des scènes d’actions spectaculaires dignes des meilleures montagnes russes.

Ces séquences un peu répétitives dans la première partie du film lui impulse un vrai rythme mais empêchent, à mon sens, de rentrer totalement dans l’histoire.  On regrettera aussi que les autres membres de la famille (à part Eep et son père) ne soient pas plus développés, servant uniquement de « running gag » (La grand-mère qui refuse de mourir, le fils peureux, le bébé chien fou et la mère un peu inexistante…). Des petits détails qui auraient permis de faire de ce Croods, un film un peu plus mâture. Ne boudez pas votre plaisir pour autant.

Marianne