Monthly Archives: mai 2013

Men_Male_Celebrity_Viggo_Mortensen_on_a_summer_verandah_021270_

Viggo Mortensen sera-t-il bientôt réalisateur ?

Plutôt discret ces derniers temps, Viggo Mortensen refait parler de lui. Alors que le mensuel So Film vient de lui consacrer un long article dans son dernier numéro, on apprend aujourd’hui que l’acteur engagé désirerait passer derrière la caméra.

334961

Critique : Epic : la Bataille du royaume secret, de Chris Wedge

Dans la famille de l’animation, je demande le studio Blue Sky. Les créateurs de la quadrilogie préhistorique L’Age de Glace délaissent  un peu leur mascotte Scrat pour s’attaquer à un tout nouvel univers, celui de la  forêt et de ses petits habitants. N’espérez pas y rencontrer des fées et des lutins mais des hommes feuilles, sortes de mousquetaires version miniature chargés de protéger le cycle de renouvellement de la nature. Mary Kate, jeune adolescente en deuil, va se retrouver malgré elle au cœur de cette bataille mythique entre le bien et le mal.

onlygodforgive

Critique : Only God Forgives, de Nicolas Winding Refn

Malgré son pitch mystérieux (une histoire de vengeance dans le milieu des combats de boxe en Thaïlande), Only God Forgives était attendu avec fébrilité par la planète cinéma. Il faut dire que Drive, le précèdent film de Nicolas Winding Refn, avait attiré la lumière sur son auteur et imposé Ryan Gosling comme une figure iconique du 7e art. D’ailleurs pour composer ce nouveau voyage onirique, le cinéaste danois a repris plusieurs des ingrédients de son opus à succès : Ryan Gosling en tête d’affiche, une musique électronique envoûtante et des plans d’une beauté plastique à couper le souffle.

Avec Only God Forgives, Winding Refn va encore plus loin dans son exploration visuelle. Comme à son habitude, il filme une histoire contemporaine en reprenant les codes du western. Mais pas seulement. Jeux de regards, travelling lent dans des couloirs, cadre de porte servant de perspective pour plusieurs plans, lumières fluorescentes… le cinéaste crée un univers étrange, à la frontière entre le rêve et la réalité.

Le quasi-mutisme des personnages renforce le sentiment de mysticisme qui se dégage de cet univers filmique. Les quelques dialogues qui subsistent ont presque tous une fonction métaphorique. Les personnages incarnent plus des symboles que de vrais êtres humains. Ryan Gosling (le fils aîné résigné) se fait gentiment voler la vedette par le flic/justicier au sabre, version asiatique calme du fameux driver. Kristin Scott Thomas campe la mère vénéneuse, à l’origine de tous les péchés, avec une élégance rare.

Mais ce que le cinéaste maîtrise le mieux, c’est sans aucun doute les scènes de torture. Pas dans leur exécution sanguinaire (difficile à regarder par moments), mais dans la manière dont les autres personnages (les innocents) y sont exposés.Yeux fermés ou exorbités, elles mettent les spectateurs en phase avec leur propre morale. Sublime.

Le film fascine autant qu’il étonne. Pourtant la narration souffre d’un manque de lisibilité. Pendant les vingt premières minutes, le spectateur est même laissé seul face à lui-même, en roue libre, en se demandant où cette histoire pourra bien le mener. Une fois les enjeux exposés, l’enchaînement des événements devient plus cohérent, mais la force du propos apparaît comme beaucoup moins percutante que dans Drive ou dans Bronson. Si le souvenir de ces images charismatiques hantera longtemps notre imaginaire, les thématiques principales d’Only God Forgives tomberont plus facilement dans l’oubli. Vous voilà prévenu.

Marianne

nolan

Interstellar : le prochain film de Christopher Nolan prend forme

Christopher Nolan ne chôme pas. A peine libéré de ses obligations liées à la trilogie Batman, le cinéaste britannique planche déjà activement sur son prochain long métrage. L’objet de son affection se nomme Interstellar, un film de science-fiction particulièrement ambitieux. Ce projet écrit par son frère Jonathan Nolan (déjà aux scénarios de Memento et de The Dark Knight) devait au départ être dirigé par Steven Spielberg en personne. Le premier traitement a été réalisé par le physicien Kip S. Thorne et la productrice Lynda Obst (Contact). A l’époque, le pitch se concentrait sur « des explorateurs humains traversant un trou de ver et voyageant dans une autre dimension ».

Evidemment, Christopher Nolan ne pouvant se contenter de la seule mise en scène, il a décidé, en partenariat avec son frère, de réécrire le script afin d’y ajouter une idée plus ancienne qu’il avait développée pour un autre projet. Un nouveau pitch, encore plus mystérieux et laconique, a donc vu le jour. Interstellar évoquera « un voyage interstellaire héroïque aux confins de notre compréhension scientifique ».

Le casting compte déjà deux habitués de l’univers de Christopher Nolan puisque Anne Hathaway (Les Misérables) et Michael Caine (la trilogie Batman) font partie de la distribution. De nouveaux venus ont été également recrutés comme Matthew McConaughey (Mud), Channing Tatum (Effets secondaires) et Jessica Chastain (Zero Dark Thirty, Mama). On ne sait pas grand-chose sur la teneur de leurs rôles si ce n’est que McConaughey incarnera le Docteur Cooper, professeur en astrophysique et que Channing Tatum sera un de ses élèves.

Tourné en partie en Antarctique, Interstellar sera sur les écrans français à partir du 5 novembre 2014.

Marianne

the-great-gatsby01

Critique : Gatsby le magnifique, de Baz Luhrmann. Pour ou contre ?

Avant de voir un film, fatalement, on l’imagine par avance au travers de ce que l’on connaît déjà de l’histoire et de ce que le matériel publicitaire en dévoile. Avec The Great Gatsby, tiré du roman célébrissime de Francis Scott Fiitzgerald, un rêve de film élégant, romantique, raffiné et cruel s’est imposé que ne démentait en rien la superbe affiche que tous les murs de Paris arborent. Un Leonardo DiCaprio chic au possible, quasi mythique, en Jay Gatsby, une Carey Mulligan sublime et fragile en Daisy Buchanan vêtue des robes de Miuccia Prada… Hélas, c’était seulement un rêve.

Il est impossible de qualifier cette adaptation de navet puisque s’il est une seule chose réussie, c’est le casting. Leonardo DiCaprio (Django Unchained, J. Edgar) tire sans peine son épingle du jeu, Carey Mulligan (Drive, Never let Me Go) parvient à émouvoir, Tobey Maguire (Brothers) également. Jason Clarke (Des Hommes sans loi, Zero Dark Thirty) confirme son talent à l’instar de Joel Edgerton ( le Roi Arthur, Animal Kingdom, Warriors) enfin en tête d’affiche d’une super-production. Seules leurs prestations empêchent de quitter la salle pour échapper à ce déferlement de poncifs criards. Car Baz Luhrmann a choisi un parti-pris outré auquel certains adhéreront peut-être : mise en scène quasi théâtrale, sur-jouée, décors clinquants, costumes faussement chics. Parti-pris qui pourrait se défendre puisque Jay ne propose à Daisy qu’une vie en forme d’illusion mensongère. La fin du film, forcée à la sobriété par l’extinction des feux de la fête, est légèrement mieux, mais légèrement seulement ce qui donne à penser que cet échec tient à un manque général de vision du metteur en scène, et non simplement à son manque de goût.

S’il ne parvient pas à entrer dans cet univers de carton-pâte pailleté jusqu’à l’écoeurement, en dépit du remarquable jeu des acteurs qui, répétons-le, sauve le film, le spectateur ressortira de la séance floué avec un unique qualificatif en tête : vulgaire. Daisy Buchanan déteste l’univers que Gatsby lui propose. Elle fait preuve de discernement.

Laurence

Quoi de plus flamboyant pour ouvrir le Festival de Cannes qu’un film de Baz Luhrmann ? Avec seulement cinq long métrages au compteur, le réalisateur australien a déjà eu cet honneur à deux reprises. Preuve évidente que son cinéma possède une dimension glamour, faite de strass, de costumes haute couture et d’une grandiloquence théâtrale. Soit trois caractéristiques essentielles à la réussite de cette manifestation mythique.

Après son incursion (à moité ratée) dans l’épopée fleuve (Australia), le cinéaste revient au style visuel initié avec sa trilogie du rideau rouge (Balroom Dancing, Roméo + Juliette et Moulin Rouge). Il n’est d’ailleurs pas très difficile de comprendre ce qui lui a plu dans le roman de Francis Scott Fitzgerald : les fêtes outrancières et spectaculaires organisées par Jay Gatsby.

Dans ses scènes d’une maîtrise formelle ébouriffante, Lurhmann renoue avec l’art baroque influencé par Louis XIV en son temps. Scintillantes, extravagantes, décalées et transfigurées par une bande originale volontairement anachronique, elles constituent le coeur superficiel de ce long métrage. Un parti-pris qui peut paraître iconoclaste et qui agacera les fervents admirateurs du formalisme classique des précédentes adaptations.

Pourtant cette extravagance graphique, tape-à-l’oeil et d’apparence vide de sens symbolise justement toute la vacuité de ces gens riches qui se fichent de tout à part d’eux-mêmes. Ce décalage, par moments grossier et pathétique, illustre parfaitement l’état d’esprit dans lequel se trouve Gatsby (Leonardo DiCaprio, habité). Aveuglé par son amour inconditionnel, il se comporte comme un nouveau riche convaincu que c’est en dépensant son argent en grande pompe qu’il s’achètera son billet d’entrée dans ce monde. Une démarche qui le conduira à sa propre déchéance…

D’autre part, en faisant abstraction de ce cadre tapageur, la version de Gatsby le magnifique offerte par Baz Luhrmann est loin d’être vaine. Comme dans Roméo + Juliette, le réalisateur s’impose un respect scrupuleux du texte, que l’on retrouve dans les dialogues et la voix off. Mais aussi dans une sorte de poésie visuelle (les rideaux blancs qui virevoltent, la pancarte usée de l’oculiste…). L’histoire d’amour, vrai pilier de l’oeuvre de Fitzgerald, est parfaitement reconstituée à l’écran. Légèrement suréelle avec son ciel new-yorkais qui prend des allures d’azur toscan, elle n’en reste pas moins belle.

Baz Luhrmann livre une vision post-moderne de ce récit. Sans doute, le cinéaste est-il trop novateur pour notre époque. A ce titre, il rejoint Fitzgerald lui-même qui au moment de la sortie du roman s’était fait étrillé par la critique. Ce n’est que quelques années plus tard que The Great Gatsby a été reconnu comme une oeuvre majeure de son auteur. A méditer.

Marianne

so-film_0010

Viggo Mortensen : un reportage sur le tournage de son dernier film dans Sofilm

Il est des acteurs que l’on irait voir même s’ils jouaient un caméo de quinze secondes dans le pire des films. A savoir the Asbolute King, Brad Pitt (que ceux qui en doutent visionnent l’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford) ; l’éternel régent, Colin Farrell (que l’on adore dans les grands rôles comme le Nouveau Monde et dans les petits comme 7 Psychopathes) ; le jeune prince sur le point de rafler légitiment toutes les couronnes, Ryan Gosling (non, il n’a pas joué que dans N’oublie jamais : regardez The Place beyond the Pines, Blue Valentine ou Half Nelson) ; l’héritier déchu, Mads Mikkelsen (il a été sacré meilleur acteur masculin l’an dernier à Cannes sans que cela marque pour autant les esprits). Et, bien sûr, le roi sans trône, Viggo Mortensen.

A l’instar d’Aragorn qu’il incarnait dans le Seigneur des anneaux de Peter Jackson, l’Américano-danois préfère arpenter les routes que revendiquer sa place légitime. Et, depuis 2011, avec A Dangerous Methode de David Cronenberg dans lequel il interprétait Sigmund Freud et On the Road de Walter Salles où il n’apparaissait que brièvement dans le rôle de Old Bull Lee, il s’est fait rare. Et ce d’autant plus que Todos Tenemos un Plan d’Ana Piterbarg n’est pas (encore ?) sorti en France. Le reportage que lui consacre Sofilm dans son numéro 10 de juin 2013 est donc tout à fait appréciable.

D’autant que la revue n’est pas de celles qui ne tiennent pas leurs promesses. L’article, intitulé Lost in la Pampa, est au total long de douze pages. Rédigé par Pierre Boisson et illustré par de très belles photographies de Guadalupe Gaona, il est consacré au tournage du nouveau film de Lisandro Alonso, en Argentine, à La Liberia très exactement. Le lecteur apprendra quantité de choses puisque Pierre Boisson a pris soin d’interviewer toute l’équipe au sujet de l’homme et du film. Viggo Mortensen en personne revient sur sa vie, sa carrière et son travail d’acteur.

A se procurer en kiosque et à lire de toute urgence.

Pour suivre le blog de l’acteur et découvrir sa maison d’édition : www.percevalpress.com

Pour consulter le site de la revue : www.sofilm.fr

Laurence

2880x1920_fond-ecran-cinema-pitch-perfect-004

Critique : The Hit Girls, de Jason Moore

Véritable phénomène aux Etats-Unis (un deuxième volet est déjà en préparation), The Hit Girls (Pitch Perfect) débarque en France dans une quasi-indifférence. Vendu comme un produit pour adolescents à mi-chemin entre Glee et Mes Meilleures amies, ce film se révèle beaucoup plus intéressant qu’il n’y paraît.

Principalement parce qu’en se focalisant sur ces compétitions de chant a cappella, le film nous propulse dans un monde totalement nouveau. Un monde qui possède ses codes, ses uniformes et ses coups bas. Un vrai décalage culturel pour nous Français, baignés par une longue tradition de chansonniers et de chanteurs de variétés poussifs. Cette brochette d’actrices encore peu connues nous livre des performances live à faire pâlir d’envie les plus grandes stars du rock. La palme revient à la faussement rebelle Anna Kendrick (vue dans In The Air avec George Clooney) et à Rebel Wilson (Bachelorette), version féminine hybride entre Will Ferrel et Jack Black.

Evidemment, Jason Moore n’évite pas les éternels poncifs du genre avec des personnages légèrement caricaturaux (la coincée, la rebelle, la grosse, le geek…), des gags scatologiques à répétition et une narration linéaire prévisible. Un dernier point d’autant plus regrettable que le réalisateur a pour référence continuelle The Breakfast Club de John Hugues. Ce long métrage culte avait à l’époque révolutionné le film pour adolescents, prouvant que ce type de cinéma avait une vraie raison d’exister.

Malgré ses quelques fausses notes, The Hit Girls se vit comme un fell good movie dont vous ressortirez avec une forte envie de chanter… a capella !

Marianne

Hannah-Arendt-Barbara-Sukowa

Critique : Hannah Arendt, de Margarethe Von Trotta

Avec son esthétique fanée et ses décors monotones qui semblent tout droit sortis d’un épisode de Derrick, Hannah Arendt n’est pas un film instantanément séduisant. Et pourtant, dès les premières scènes nous plongeant dans l’univers de cette femme seule dans son appartement new-yorkais, un sentiment de profondeur nous envahit. A la voir allongée sur son canapé avec son éternelle cigarette entre les doigts, on perçoit déjà toute la complexité du personnage.

Malgré son titre éponyme, le long métrage de la cinéaste allemande Margarethe Von Trotta n’entend pas résumer la vie entière de la célèbre philosophe politique. Le film s’intéresse à un épisode particulier de son existence, celui où elle a élaboré sa théorie sur la banalité du mal. Des écrits qui lui ont valu à l’époque de vives critiques et même des menaces de mort.

Pourtant, avec le recul, cette volonté de non diabolisation d’hommes ayant commis les pires atrocités sonne comme une évidence. Derrière la banalité, la médiocrité ou même l’ignorance de chaque individu se cache justement l’origine du mal. La barrière est tenue entre les notions de devoir et de justice. Et c’est en se répétant sans cesse ce message que l’humanité pourra éviter plus facilement de reproduire les mêmes erreurs. Il faut se méfier des êtres les plus anodins en apparence, car se sont eux qui se transforment en monstres.

Margarethe Von Trotta filme avec justesse toute la détermination et le courage de cette femme sans jamais l’ériger en héroïne ou en martyre. Elle la met face à ses propres contradictions, laissant le spectateur se faire sa propre opinion.

Pour retracer le procès du nazi Adolf Eichmann, la réalisatrice s’impose une vraie sobriété. En mélangeant reconstitution fictive et les images d’archives, elle nous tient volontairement à distances de toute émotion. Ce processus a pour ambition de nous mettre dans la même situation que la philosophe. Elle s’intéresse aux faits et surtout au processus intellectuel. Pas toujours facile à conceptualiser. Cependant, malgré quelques longueurs, elle réussit à ne jamais rendre son propos abscons, aidée dans sa tâche par la performance de Barbara Sukowa.

Le plan final, identique à celui du début, flirte avec le subconscient freudien. La destinée et l’être semblent soudainement indissociables l’un de l’autre. Une magnifique conclusion.

Marianne

mama

Critique : Mama, d’Andrés Muschietti

Once upon a time… Le « Il était une fois anglo-saxon » donne le la du film. Tous les éléments du conte d’antan sont présents : le père indigne qui conduit ses enfants dans la forêt enneigée afin de les perdre et qu’elles meurent parce qu’il est incapable désormais de subvenir à leurs besoins… Une cabane isolée au fin fond des bois où habite une sorcière folle qui offre de la nourriture aux fillettes… Les contes ne sont pas loin, en tout cas les contes saturés de mort et de sexualité tels qu’ils étaient à l’origine avant que les frères Grimm ne les aseptisent pour les rendre acceptables par la bourgeoisie allemande de leur temps.

Malheureusement, n’en déplaise à son prestigieux producteur Guillermo del Toro, la magie de Mama ne dure pas très longtemps. Une fois posés les éléments de départ, certes très originaux, le film est sur sa lancée et ne surprend plus tellement. Il vaut cependant d’être vu pour ses acteurs : les fillettes, puisque Megan Charpentier (Victoria) et Isabelle Nelisse (Lilly) interprètent à la perfection des enfants sauvages élevées au creux de la forêt par une mère fantôme délirante, Nikolaj Coster-Waldau (l’oncle Lukas), qui jouait dans Oblivion mais  qui est surtout connu pour son rôle de Jamie Lanister dans la série Game of Thrones,  et la décidément formidable Jessica Chastain ( Des hommes sans loi, Zero Dark Thirty) qui incarne le personnage d’Annabelle, rockeuse désenchantée sans l’ombre d’une fibre maternelle mais amoureuse. Sans oublier le fantôme à la silhouette de ju-on japonisant, perdu et délirant.

Le traitement des rêves, surtout celui d’Annabelle qui prend des allures surréalistes dignes de Luis Bunuel, est épatant comme toute l’esthétique du film mais cela ne suffit pas à combler la facilité à laquelle se laisse aller le scénario. Et à l’instar des contes des frères Grimm, la sexualité disparaît comme par enchantement. Par contrecoup, le lien entre Annabelle et Lukas perd totalement en crédibilité.

Et deux éléments exaspèrent dans ce film : l’inévitable thérapeute qui ne cherche que son intérêt personnel au détriment de celui de ses patients  (non, ce n’est pas un spoiler, c’est un poncif) et l’éternelle reconstitution du noyau familial en dernière image. Le public américain en redemande sans doute puisque Mama cartonne au box office US, mais nous, franchement, nous sommes au bord de l’over-dose avec cette rockeuse qui se transforme en farouche mère prête à se battre bec et ongles pour « ses » filles.

Reste en mémoire la scène au cours de laquelle Annabelle souffle sur les mains de Lilly pour la réchauffer et où l’on sent que tout pourrait vaciller du côté de la vie.

Que le scénario soit aussi convenu est d’autant plus agaçant que la solution pour le rendre épatant était à portée de main ! Il suffisait d’accentuer le côté enquête policière à la façon de Millénium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes. Las ! Tout est dévoilé en deux temps trois mouvements et sans l’ombre d’un problème par une archiviste complaisante. Le format série aurait sans aucun doute mieux convenu à cette histoire qui semble à l’étroit dans ce long métrage.

Pour ceux qui verront Mama (parce que malgré toutes ces critiques, le film vaut le coup), souvenez-vous : en grec ancien (et moderne ?), le pluriel de papillon signifie âme.

Laurence

trance

Critique : Trance, de Danny Boyle

Jeux de miroirs, jeux d’ombres, jeux de reflets, jeux de dupes. Danny Boyle s’essaie en beauté au genre complexe du thriller où patient et thérapeute entrent dans une dangereuse partie de poker censée manipuler au final le spectateur. Ici, avec l’aide d’une somptueuse hypnothérapeute (Rosario Dawson), un commissaire-priseur amnésique (James McAvoy, bientôt dans Frankenstein) tente de recouvrer la mémoire afin de payer ses dettes. Pour ne pas être exécuté.

Pour complexifier l’affaire, le cinéaste y mêle Frank, un gangster sans scrupules (le toujours infernalement séducteur Vincent Cassel, la Belle et la Bête), ajoute quelques hommes de main, filme des délires dans des appartements londoniens à se damner et pimente le tout d’un tableau de Francesco Goya, les Sorcières dans les airs. Au total il ne réussit guère mieux que Steven Soderbergh avec son récent Effets secondaires. Le spectateur un peu malin devinera assez rapidement qui manipule qui, même s’il est loin de savoir pourquoi. Et peut très bien se désintéresser de l’affaire en cours de route tellement l’emboîtement de faux-semblants et de mensonges est complexe (même si le scénario est sans faille). La fin, qui se présente comme morale au spectateur inattentif, s’avère l’élément le plus agaçant de tout ce mic-mac. Car si l’on y réfléchit bien, qui est la vraie victime dans cette histoire ? Qui a commis la faute initiale ? La transgression première ?

(Attention, spoiler) La clé du filme réside bien évidemment dans ce que montrent les deux tableaux de Goya. Car pourquoi Simon voudrait-il voler cette oeuvre précisément ? A cause de son prix bien évidemment. Mais sa thématique n’est pas innocente. Les Sorcières dans les airs (las Abrujas en el aire) a été peint en 1797, et complété l’année suivante. Goya… ce peintre que Simon exècre pour avoir corompu la tradition de l’innocence en peinture. Avant qu’en 1800, le génie espagnol ose peindre la Maja nue avec sa toison pubienne, les poils n’avaient pas droit de cité dans la peinture occidentale. La femme était pure. Le message est plutôt limpide  : sous la sexualité féminine, la sorcellerie. Et sous l’hypnotiseuse indécente, le mal. Ce qui n’est pas faux puisque que la torride Elizabeth transgresse les règles les plus élémentaires, les plus vitales, du contre-transfert entre patient et thérapeute. Et c’est la jeune automobiliste qui paie le prix fort sans qu’Elizabeth en paraisse affectée le moins du monde.

Est-ce juste l’inconscient de Simon qui exprime sa terreur du féminin meurtrier ? Ou est-ce celui de Danny Boyle ? On espère que le film incite seulement le spectateur à choisir son hypnothérapeute avec le plus grand soin. Car ce n’est pas sans raison que Sigmund Freud se méfiait de l’hypnose.

Laurence

L’info en plus : Les Sorcières dans les airs appartient au musée du Prado de Madrid, mais il est exposé avec d’autres tableaux et quantité de gravures de Goya jusqu’au 23 juin 2013 au musée d’Orsay dans le cadre de l’Ange du bizarre, le romantisme noir de Goya à Max Ernst. Pour plus d’informations : www.musee-orsay.fr

 

Après la fable bollywoodienne et le « Survival Movie » dans le désert américain, Danny Boyle revient à ses premières amours : le thriller londonien. Indéniablement, l’ombre de Petits Meurtres entre amis, son premier fait d’armes, plane sur cette Trance post-moderne. Le cinéaste y décline plusieurs ingrédients étrangement similaires. Au menu : un butin dissimulé (quasi constante des films de Boyle, même si pour une fois c’est une toile de maître qui se substitue à l’incontournable amas de billets de banque), un triangle amoureux malsain et des hommes de main violents.

Au-delà de ces références classiques (et inconscientes ?), Trance signe surtout le grand retour du réalisateur britannique vers un cinéma « méchant », où les coups bas et les manipulations perverses font partie intégrante des festivités.

Le sens esthétique de Boyle s’affirme dans une vision ultra-contemporaine de Londres. Dans cet univers aseptisé, le vide prédomine dans les plans autant que dans les décors. L’omniprésence des lumières colorées phosphorescentes n’a rien d’anodin. Elle renforce le sentiment de confusion du spectateur, perdu entre la réalité et le cortex cérébral du héros (James Mc Cavoy, pertinent).

Dès le départ, le spectateur est dirigé vers une fausse piste. Avec son montage rapide, sa voix off lancinante et ses ralentis habiles, le long métrage emprunte son rythme au film de braquage.  Mais ce premier quart d’heure d’exposition ne sera au final qu’un trompe-l’œil. Dès le second acte, on rentre dans le vif du sujet : les méandres de la mémoire et son florilège d’illusions.

A ce jeu-là, si le béotien se laisse cueillir béat, pour le cinéphile les signes se révèlent bien trop apparents. Surtout sur la révélation finale, dont les coutures grossières finissent par agacer. Et pire, la tentative de justification morale (dont Petits Meurtres entre amis et Trainspotting  se passaient parfaitement) vient même gâcher une partie du plaisir que l’on prend dans cette histoire.

Au final, ce labyrinthe mental mêlant allusions picturales inconscientes, scène de violences inspirées de David Cronenberg et jeu d’acteurs audacieux nous marquera plus par son imaginaire que par son scénario.

Marianne