Monthly Archives: juin 2013

Critique : The Bling Ring, de Sofia Coppola

Retranscrire l’évanescence adolescente, c’est un sujet que Sofia Coppola connaît bien puisque son premier long métrage, le sublime Virgin Suicide, lui était entièrement consacré. Avec The Bling Ring, la cinéaste signe, en quelque sorte, un retour aux sources. D’autant plus que cette histoire d’adolescents passés maîtres dans le cambriolage des villas de stars hollywoodiennes contient une autre thématique importante de son cinéma : l’ennui.

Un désœuvrement existentiel, propre à cette période de la vie, qui se traduit pour les ados de The Bling Ring par le besoin de posséder des morceaux de leurs icônes et d’accéder à un mode de vie qui les fait rêver. En répétant jusqu’à l’excès les mêmes scènes, alternant les cambriolages et les soirées arrosées, la cinéaste dresse le portrait d’une génération qui fait froid dans le dos. Obsédés par les apparences et inconscients de leur propre superficialité, ils seront eux-mêmes les instruments de leur propre perte.

Pourquoi alors, cet exercice sonne-t-il creux ? En optant pour un style moins contemplatif qu’à l’ordinaire, la cinéaste complexifie son processus narratif. L’histoire prend plus de place. Mais par la même occasion, elle y perd beaucoup en onirisme. Et le message qu’elle tente de faire passer manque lui de consistance. Si la musique Rap correspond bien à l’univers de cette jeunesse, à l’écran elle se fait moins envoûtante que le rock et la pop qui font habituellement partie de la play list de Sophia Coppola.

Ses personnages beaux, manipulateurs et arrogants, se révèlent peu fascinants. Même Emma Watson (Le Monde de Charlie) qui continue son aventure dans le cinéma adulte ne dépassera pas son statut d’enfant gâtée. Sans doute n’y a-t-il pas grand-chose à raconter sur des êtres aussi inconsistants, mais on aurait aimé avoir un peu plus d’empathie pour eux. Sofia Coppola porte un regard plus indulgent sur le seul garçon de la bande, Marc (Israël Bouchard, Claudia Lewis, véritable révélation du long métrage). Narrateur pertinent des événements, il semble être le seul à avoir tiré une leçon de cette histoire.

Pour donner plus de chair à l’ensemble, la cinéaste aurait pu se focaliser sur la manière dont les médias se sont emparés de cette affaire. Ces derniers sont traités de manière trop anecdotique, alors même qu’ils ont leur part de responsabilité dans ces faits réels. Voilà un sujet qui méritait vraiment qu’on s’arrête dessus. Tant pis pour nous !

Marianne

The Bling Ring raconte les aventures d’une communauté de l’anneau (ring) d’un nouveau type, en rien motivée par la liberté mais au contraire par la possession et l’accumulation. Fascinée par les vedettes de Los Angeles, la petite bande shoppe sans scrupules dans leurs faramineux dressing rooms mieux fournis que nombre de boutiques. Si l’adage : « plus on a, moins on est » est vrai, qu’est-ce qu’il reste des personnages que Sofia Coppola met en scène une fois que ces enfants (presque) tous gâtés se retrouvent dépouillés de leurs atours ? Une inconscience abyssale. Seul le désir de paraître et de s’afficher en boîte, devant les journalistes ou sur Facebook semble les animer, avant comme après avoir être pris la main dans le sac à Rolex. Même l’amitié ne les relie pas : seul Mark (Israël Boussard), le plus désargenté du lot, semble éprouver des sentiments forts et sincères. Et c’est aussi le seul qui paraît se rendre compte que jour après jour, cambriolage après cambriolage, ils sont en train de dérober trois millions de dollars en Louboutin, Chanel et autres Hervé Léger. La communauté n’est qu’apparence, tout en bling bling. Les parents eux-mêmes sont creux et comme absents quand ils encouragent leurs filles dans des plans de carrière vaniteux et sans profondeur.

Le film met en évidence que lorsque l’on a tout, ce n’est pas suffisant, ce n’est jamais suffisant. Ce ne le sera jamais. Leur avidité est insatiable. Pourtant, si la petite bande s’était montrée plus maligne, elle aura pu continuer ses prouesses longtemps, les stars possédant tant de choses qu’elles ne semblaient pas toujours s’apercevoir de la disparition de leurs biens. Que Nikkie (Emma Watson) se retrouve en prison aux côtés de Lindsay Lohan qu’elle a dévalisée et qui est elle-même condamnée pour le vol d’un collier ne manque ni de sel, ni de sens.

A vouloir montrer la vacuité de ces adolescents, de leurs modèles et de leurs parents, tous très peu sympathiques, Sofia Coppola a réalisé un film kitsch qui leur ressemblent. Tout en faux-semblants et en paillettes, sans profondeur, The Bling Ring mime son sujet. Selon l’angle sous lequel on le regarde, on le trouvera absolument réussi ou totalement raté. Quoiqu’il en soit, on est loin, très loin, de la vaine élégance surannée de Somewhere où les palaces servaient d’écrins à la grâce d’Elle Faning (Ginger et Rosa).

Laurence

Critique : Star Trek Into Darkness, de J. J. Abrams

A Lost in Universes, le temps paraissait long jusqu’à la sortie de ce onzième volet de la saga Star Trek. Il faut dire que le reboot qui date déjà de 2009 (une éternité en matière de suite cinématographique !) avait rebâti le mythe sur des bases solides, séduisant néophytes et fans inconditionnels. L’hyperactif J. J. Abrams, devenu le symbole de la culture geek, avait donc la lourde tâche de se réinventer une fois de plus. Soyons francs, la mission ne sera qu’à moitié remplie.

D’un point de vue purement visuel, Into Darkness surpasse son prédécesseur. Dès les premières minutes, la palette chromatique du cinéaste est à son paroxysme. Le spectateur découvre, ébahi, un feu d’artifice coloré composé d’une végétation sanguine, d’indigènes entièrement blanc et jaune et de combinaison bleu azur. Cette introduction haletante, vertigineuse et émouvante, constitue, sans l’ombre d’un doute, la scène culte de ce long métrage. Tout simplement car elle condense en quelques minutes tout ce que l’on demande à une production de cette envergure.

Par la suite, le cinéaste ne perd rien en intensité. D’explosions spectaculaires en bagarres titanesques, de glissades dans l’espace en vaisseaux en perdition, J. J. Abrams éprouve notre sens de l’équilibre et du cadre. Il est aidé dans son entreprise par la 3D qu’il exploite avec sagacité, alors même qu’il ne voulait pas en entendre parler au départ !

Là où d’autres se contentent d’user de cette technique pour ses effets gadgets, dans Star Trek Into Darkness  elle devient un vecteur d’immersion. Si bien que l’on a l’impression de se retrouver dans un simulateur de la Nasa ou, de manière plus prosaïque, dans un manège à sensation. Une technique qui amplifie votre rythme cardiaque et réinvente presque la notion d’expérience cinématographique. Mais elle présente selon moi un inconvénient de taille : elle donne des vertiges et soulève l’estomac.

Le scénario, noyé sous ce torrent d’effets pyrotechniques, a du mal à exister. Si le premier épisode prenait le temps de poser ses personnages et de ficeler une intrigue subtile, ce second volet semble engourdi par une sorte d’adrénaline viscérale. C’est simple : les personnages ne marchent pas, ils passent leur temps à courir, sauter, bondir, voler… Comme si les scénaristes tentaient de redéfinir sans cesse l’idée même du rebondissement.

Impossible de ne pas trouver dans l’exercice une certaine forme de vacuité. Pourtant, en mettant leurs héros dans des situations extrêmes, les auteurs intensifient malgré tout les relations qui existent entre eux. Surtout l’amitié entre Spock et Kirk. Ils s’appuient sur un humour salvateur qui humanisent les personnages. Le casting impeccable se charge de faire naître une complicité palpable au sein de cet équipage. La palme revient, comme souvent, au méchant. Benedict Cumberbatch (Sherlock, Parade’s end) imprime son aura à un ennemi mythique de l‘Enterprise.

Pour le prochain numéro, espérons simplement que cette fougue sera un peu retombée pour qu’on puisse explorer, avec plus de détails, les confins des esprits humain et vulcain !

Marianne

Le très attendu Star Trek Into Darkness, de J. J. Abrams commence plutôt bien, très bien même, par une course poursuite sur une sublime planète alien aux couleurs rouge sang et peuplée d’humanoïdes blanchâtres aux pupilles vides. Après une telle inventivité visuelle, le retour sur terre au propre comme au figuré est d’autant plus rude. L’on se retrouve avec une histoire, somme toute banale, de grand méchant (excellemment interprété par le Britannique Benedict Cumberbatch, Sherlock, le Hobbit) surgi du passé. Même si cette aventure est mâtinée de trahison au sein de Starfleet, elle peine à intéresser alors que dans le premier Star Trek de J. J. Abrams, la folie désespérée de Nero (Eric Bana) était touchante.

Bien sûr, c’est tout de même avec plaisir que l’on retrouve James Tiberius Kirk (Chris Pine, Carriers), qui se transforme au cours du film de tête brûlée inconsciente en capitaine mature assumant pleinement ses responsabilités. Tout l’équipage répond présent, bien que les seconds rôles soient moins aboutis qu’ils ne l’étaient dans le précédent opus. Plus inattendu, Mr Spock (Zachary Quinto, Margin Call, American Horror Story) vole en partie la vedette à Jim Kirk.

Mais l’idée qui n’était pas mauvaise sur le papier ne fonctionne vraiment pas à l’écran. Si bien que Into Darkness s’achève un peu en queue de poisson après un remake futuriste digne du 11 Septembre. Certes l’humour est au rendez-vous, le grand spectacle est assuré, la 3D est épatante, les décors sont indéniablement grandioses, mais le spectateur reste sur sa faim. Car, avant tout l’Enterprise doit explorer l’univers. Or le deuxième film nous laisse tomber exactement là où le premier nous abandonnait déjà, au début du voyage comme si la vraie grande aventure de la dernière frontière était indéfiniment repoussée.

Pour le troisième épisode (si troisième épisode il y a), on a très fort envie de crier à  J. J. Abrams : Next time, punch it for real, man !

Laurence

Direct to DVD : Dagmar – l’âme des Vikings, de Roar Uthaug

Dans la famille des Vikings de cinéma, je demande Dagmar, une cruelle chef de bande, qui enlève la jeune Signe après avoir massacré sa famille. Quand cette dernière s’échappe en compagnie de la fillette qui a osé la libérer, la chasse est lancée… Ni gore, ni fantastique mais austère et « féministe », ce survival movie historique, présenté hors compétition au Festival du film fantastique de Gérardmer 2013, aura sans doute du mal à trouver son public.

Séries U.S. : Les nouveautés fantastiques de la saison 2012/2013

Bonne nouvelle ! Après un désamour ces deux dernières années, les séries feuilletonantes et à univers seront de retour à la rentrée prochaine aux Etats-Unis. Lors des traditionnels Upfronts, les grands networks (ABC, NBC, CBS, FOX et CW) ont ainsi révélé le nom de toutes les nouvelles séries qui viendront intégrer leurs grilles à partir de la rentrée prochaine.

Résultats, sur la soixantaine de shows retenus, un peu plus d’une dizaine font la part belle à l’univers fantastique de manière plus ou moins prégnante. Lost in Universes vous aide à faire votre sélection.

Labellisées J. J. Abrams

C’est devenu une tradition : pas de saison de pilotes sans au moins un ou deux projets initiés par le créateur de Lost et de Fringe. Après Person of Interest il y a deux ans et Révolution (renouvelé de justesse) l’an dernier, J. J. Abrams a encore réussi à séduire les chaînes avec deux shows plus qu’alléchants.

Almost Human commandée par la Fox marche sur les traces de la série suédoise Real Humans, même si au vu des premières images, elle semble moins philosophico-existentielle et un peu plus rythmée. En 2048, les forces de police emploient des androïdes à l’apparence très proche de celle des êtres humains. Le flic John Kennex (interprété par Karl Urban, le docteur McCoy de Star Trek) qui enquête sur le meurtre de sa femme est forcé de travailler avec l’un d’entre eux.

Pourquoi on l’attend ? Outre J. J. Abrams, la série a été imaginé par J. H. Wyman l ‘ex-showrunner de Fringe. Au casting, on retrouve également l’excellente Lily Taylor, figure emblématique du cinéma indépendant américain.

Quand ?  La série sera diffusée sur la Fox tous les lundis soirs à partir de la fin de l’automne.

Believe, créé par le réalisateur mexicain Alfonso Cuarón (Les Fils de l’Homme), suit la destinée d’une petite orpheline de dix ans dotée de mystérieux pouvoirs. Impitoyablement pourchassée, elle doit son salut à un jeune homme qui vient de sortir de prison et qui est commandité par une organisation secrète. Cela s’annonce comme un road movie palpitant jouant la carte du mystère.

Pourquoi on l’attend ? L’association Alfonso Cuarón + J. J. Abrams est plus que tentante. Auteur de film possédant de vrais univers (Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban est sans aucun doute l’adaptation la plus réussie des ouvrages de J. K. Rowling), ce dernier explore le genre fanatique de manière plus existentielle que les productions américaines. Il vient même de s’essayer à la science-fiction avec Gravity. Ce film, qui sortira le 23 octobre 2013, verra George Clooney et Sandra Bullock errer dans l’espace.

Quand ? Believe démarrera à la mi-saison (janvier ou février), le dimanche soir, sur NBC.

Vous avez dit spin-off ?

C’est bien connu, c’est dans les vieux pots que l’on concocte les meilleures soupes. Pourtant, cette année, les remakes des séries vintages ne sont pas légion. Seul NBC s’y risque avec sa remise au goût du jour de l’homme de fer Ironside. Et c’est plutôt une bonne nouvelle. Du côté des spin-off par contre, les chaînes s’y sont donné à coeur joie. Pour ceux qui l’ignoreraient, il s’agit de créer un show autour d’un ou deux personnages secondaires développés dans une autre série (Côte Ouest, Angel, Private Practice) ou bien de reprendre le même univers en changeant de ville (Les Experts Miami, N.C.I.S. Los Angeles…)

Dérivée de la série à succès de la CW The Vampire Diaries, The Originals se concentrera sur Klaus (vrai faux méchant de la série-mère), vampire originel qui a décidé de quitter Mystic Falls pour La Nouvelle Orléans. L’épisode 20 de la saison 4 avait introduit l’univers de cette nouvelle série. Outre Klaus (Joseph Morgan), on y retrouvera Rebekah (Claire Holt), Elijah (Daniel Gillies) et le loup-garou Haley (Phoebe Tonkin). Evidemment, il est fort probable que d’autres acteurs de The Vampire Diaries viennent jouer les guests de temps en temps (et vice versa).

Pourquoi on l’attend ?  Si l’on excepte le triangle amoureux qui tire en longueur, The Vampire Diaries est une série qui met nos nerfs à rude épreuve avec son scénario pleins de rebondissements. De plus, le décor de La Nouvelle Orléans se prête naturellement bien aux créatures fantastiques. Et cerise sur le gâteau, on ne sera même plus obligé de subir les jérémiades d’Elena !

Quand ? A découvrir tous les mardis soirs sur la CW à partir du mois de septembre.

Sur ABC, c’est l’univers de Once Upon A Time qui sera décliné. Dans Once Upon A Time In Wonderland, Alice veut retourner au Pays des merveilles pour sauver l’homme qu’elle aime. Régina, la méchanre reine, (Lana Parrilla) et Cora, sa mère indigne, (Barbara Hershey) devraient y apparaître dans des séquences flash-back. Occupé sur le tournage de Captain America, le soldat de l’hiver, Sébastian Stan qui jouait le chapelier fou dans la série mère ne devrait pas y reprendre son rôle tout de suite.

Pourquoi on l’attend ? Malgré une deuxième saison inégale et des audiences en baisse, Once Upon A Time est une série créative, qui n’est jamais aussi palpitante que lorsqu’elle s’intéresse à d’autres personnages que celui de Blanche-Neige et cie. La bande annonce de Once Upon A Time In Wonderland reconstitue le décorum de l’oeuvre de Lewis Caroll en y ajoutant un soupçon de love story et des moments de confrontation avec le monde réel. On y retrouvera Michael Socha (l’excellent loup-garou des deux dernières saisons de Being Human UK).

Quand ? La série fera ses débuts à la rentrée le mardi soir sur ABC.

Adaptation

En ces temps de crise, les chaines préfèrent miser sur des valeurs sûres, autrement dit proposer des shows avec lesquels les spectateurs sont déjà familiarisés. Les adaptations littéraires ou cinématographiques offrent ainsi une réserve quasi inépuisable.

Le comte Dracula fera donc son grand retour cette année sur NBC. Dans cette nouvelle version, le plus célèbre des vampires se retrouve dans le Londres de l’époque victorienne, afin d’accomplir sa vengeance mais ses plans vont être contrariés à la suite de sa rencontre avec une jeune femme, réincarnation de son grand amour.

Pourquoi on l’attend ? Malgré le classicisme de la bande annonce, le série aura pour vedette Jonathan Rhys-Meyers, plus connu des sérivores sous les traits du roi Henri VIII des Tudors. Il y retrouvera Katie McGrath (la Morgan de Merlin) et Jessica De Gouw (Arrow). Dracula ne devrait compter que dix ou douze épisodes. NBC souhaite en effet prendre exemple sur le format des chaînes du câble : moins d’épisodes mais plus de densité dramatique.

Quand ? La série est programmée le vendredi soir dans la grille de rentrée de NBC, soit juste après Grimm autre série fantastique de la chaîne.

Moins connu et plus risqué, Resurrection est l’adaptation du premier roman du poète Jason Mott qui sera publié en septembre. Un couple assiste incrédule au retour de leur fils mort des années auparavant. Alors que le phénomène semble de répandre partout dans le monde, certains se demandent s’il s’agit d’un miracle ou, au contraire, d’un signe annonçant la fin du monde.

Pourquoi on l’attend ? Même si son pitch fait penser à 4 400, épatante série dans laquelle des disparus revenaient pourvus de pouvoirs incroyables, et à la série française Les Revenants, les premières images laissent entrevoir un vrai univers assez angoissant.

Quand ? Pour assister au retour des morts, il faudra patienter jusqu’à la mi-saison sur ABC.

 

Le cinéma sera lui aussi une grande source d’inspiration cette année. Les adaptations des comédies Bad Teacher, Pour un garçon et de la comédie grinçante des frères Coen Fargo sont ainsi attendues sur le petit écran. La FOX voit elle les choses en grand puisqu’elle a décidé de jeter son dévolu sur Sleepy Hollow, soit l’un des films les plus réussis de Tim Burton qui réunissait Johnny Depp et Christina Ricci. Dans la série Ichabod Crane (le personnage de Depp) se retrouvera transporté de nos jours dans la petite ville de Sleepy Hollow et devra faire équipe avec la sheriff locale en charge retrouver le fameux Cavalier sans tête.

Pourquoi on l’attend ? Outre le film d’origine dont il s’inspire qui est une référence en matière de cinéma gothique, cette série a été imaginée par le scénariste de Star Trek into Darkness et producteur délégué de Fringe, Alex Kurtzman. Du guilty pleasure en perspective ?

Quand ? Sleepy Hollow débarquera sur la FOX à la rentrée tous les lundis soirs après Bones.


Super-pouvoirs

Dire que les super-héros ont la cote sur le grand écran est un euphémisme. The Avengers et Iron Man 3 ont tous les deux battus des records de fréquentation dans le monde. Et sur la petite lucarne, l’an dernier Arrow (qui revisite le mythe de Robin des bois) s’était imposé comme l’une des meilleures audiences de la CW. Logiquement, cette année deux nouveaux projets surfent sur ces succès.

Avec Joss Whedon en personne pour diriger le show, Agents of S.H.I.E.L.D. s’annonce comme le hit incontournable de l’année. Les téléspectateurs pourront y suivre les aventures de ces fameux agents du S.H.I.E.L.D., organisation dirigée par Nick Fury dans les BD et films Marvel.

Pourquoi on l’attend ? Cette série constitue une occasion unique de développer l’univers Marvel dans un nouveau format et de faire le lien avec les films à venir. Même si l’on ne devrait pas y voir apparaître les principaux super-héros, il n’est pas exclu que d’autres personnages Marvel soient introduits par ce prisme. L’agent Coulson (Clark Gregg), censé être mort dans The Avengers, sera par ailleurs présent dans le show. Et bonne nouvelle pour les amateurs de la très réussie (et bien trop courte) série anglaise The Fades, Iain De Caestecker fait partie du casting principal.

Quand ? Les super-agents envahiront ABC tous les mardis soirs dès la rentrée.

Face au mastodonte signé Marvel, les Tommorow People de la CW auront fort à faire. Dans cette série, on assistera à l’affrontement entre des êtres dotés de pouvoirs hors du commun et les Ultra qui souhaitent les capturer pour le bien de l’humanité.

Pourquoi on l’attend : Malgré son pitch ultra-classique mélangeant Heroes, X-Men ou encore Alphas, on espère que ce show se distinguera en adoptant un style un peu différent.

Quand ? Elle sera diffusée juste après Arrow le mercredi soir sur la CW, ce qui lui donne de bonnes chances de succès.

Calibrées pour les ados

Cette année, la CW, qui s’adresse en particulier aux jeunes adultes, a développé deux projets dont les pitchs s’inspirent des univers de science-fiction apocalyptiques incontournables au cinéma ces derniers temps (Oblivion, After Earth…) ou bien d’histoires d’amours impossibles version Twilight ou Les Ames Vagabondes.

Dans The 100, quelques survivants se sont réfugiés dans l’espace après qu’une troisième guerre mondiale ait ravagé notre planète. Des années plus tard, un vaisseau contenant une centaine d’humains, exilés du vaisseau-mère pour des crimes et trahisons, est envoyé sur Terre. Ses passagers joueront les cobayes qui testeront les nouvelles conditions de vie.

Pourquoi on l’attend ?  Sur le papier, c’est certainement l’une des nouveautés les plus ambitieuses, et l’on retrouvera Henry Ian Cusik, l’inoubliable Desmond de Lost.

Quand ? A découvrir à la mi-saison sur la CW.


Avec Star Crossed, les amants maudits ont encore de beaux jours devant eux. Après le vampire et l’humaine (The Vampire Diaries, True Blood), le loup-garou et l’humaine (Teen Wolf), voici l’extra-terrestre et l’humaine. Rassurez-vous, dans cette série les aliens ressemblent comme deux gouttes d’eau aux être humains. Ils portent simplement des sortes de tatouages tribaux sur le visage.

Pourquoi on l’attend ? Subtil mélange entre Roswell et Twilight, Star Crossed pourrait se révéler plus intéressant qu’il n’y paraît de prime abord. La bande annonce fait ainsi un parallèle intéressant entre les extra-terrestres et la manière dont ont été ma!traités les Afro-Américains dans les années 60 aux Etats-Unis. Au casting, on retrouve une ancienne de la série culte Friday Night Light, Aimee Teegarden.

Quand ? Rendez-vous également à la mi-saison sur la CW pour voir le résultat.

Marianne

Séries : L’invasion programmée des Vikings sur Canal+

Les grands barbares impitoyables que sont les Vikings gardent tout leur pouvoir de fascination. Ceux qui ont organisé des raids sur l’Angleterre dès la fin du VIIIe siècle montent à l’assaut de Canal+, ce 10 juin 2013 à 20 h 55, pour une première saison pleine de bruit et de fureur.

C’est Michael Hirst, créateur des Tudors, qui a produit cette série et c’est un amateur de faits réels… Les amateurs de fantasy risquent donc d’être déçus : le show n’a rien à voir avec Game of Thrones, ni même avec le mystique Le Guerrier silencieux, Vahala Rising, de Nicolas Winding Refn. Il est purement historique, ce qui ne l’a pas empêché de faire un tabac outre-Manche sur la chaîne du câble américain History en mars dernier. Car si la série dresse un portrait de la société viking, plus complexe qu’on ne le pense généralement, elle propose également des histoires d’amour, de trahison, de luttes et d’aventures. Bref, du vrai divertissement qui permet en plus de se cultiver.

L’ex-mannequin Travis Fimmel interprète Ragnar Lodbrock, le personnage principal de Vikings. Leader brimé par le chef de la communauté Earl Haraldson (Gabriel Byrne, le Temps de l’aventure, En analyse) qui s’obstine à organiser des raids à l’est, il fait construire un bateau et risque le tout pour le tout vers l’ouest. Des personnages secondaires haut en couleurs devraient apporter du caractère à la série, notamment l’excellent acteur Gustaf Skarsgard (Les Chemins de la liberté) qui semble jouer un étrange personnage déjanté.

Neuf épisodes de qualité (un signe qui ne trompe pas : les télévisions scandinaves ont été parmi les premières à l’acquérir…) devraient plonger le spectateur dans cet univers d’un autre temps.

Laurence

Critique : L’Autre Vie de Richard Kemp, de Germinal Alvarez

Qui est Germinal Alvarez ? Un cinéaste français qui a osé miser, pour son premier long métrage, sur un polar mâtiné d’une petite dose de fantastique. Le cas est assez rare pour ne pas le souligner. Et le monsieur doit forcément avoir du talent, puisqu’il a réussi à convaincre rien de moins que le charismatique Jean-Hugues Anglade (Braquo, Amitiés sincères) et la talentueuse Mélanie Thierry (Ombline, Comme des frères) de le rejoindre dans cette aventure.

Le pitch, simple, a le mérite d’être efficace. Suite à une mystérieuse chute, un policier se retrouve vingt ans dans le passé. Il y voit l’occasion d’enfin résoudre une ancienne série de meurtres perpétrés par celui que la presse appelait le Perce-oreille, tout en réécrivant le cours de sa vie.

Sans révolutionner le genre du Time Travel, Alavarez en maîtrise les codes et impose même certaines règles. Ici pas de paradoxes temporels chers à Emmet Brown dans Retour vers le futur ou de « What is done is done », leitmotiv de la série Lost. Le cinéaste préfère ouvrir le champ des possibilités quantiques. Richard Kemp a une vraie chance de changer sa destinée et avec elle, celles de plusieurs personnes de son entourage.

Outre le suspense propre à ce genre d’histoire, Alvarez a aussi écrit une histoire d’amour qui se joue des règles du temps. Et là encore, malgré son caractère impossible, il réussit à la rendre poignante et crédible. Il est aidé dans cette tâche par l’alchimie naturelle que émane du couple Jean-Hugues Anglade/Mélanie Thierry, qui tiennent chacun un double rôle à vingt ans d’intervalle. Leurs trajectoires s’entremêlent pour notre plus grand bonheur.

Le temps n’est pas la seule donnée essentielle de L’Autre Vie de Richard Kemp. La notion d’espace est tout aussi importante. Sous l’oeil de la caméra d’Alvarez, La Rochelle se transforme en un véritable décor de polar urbain. Avec son architecture géométrique et froide, ses ambiances de docks désaffectés, d’appartements sans âme, sa lumière jaunie et sombre, ses quartiers résidentiels mornes… la cité maritime devient le terrain de jeu idéal pour n’importe quel tueur en série.

Une belle réussite formelle qui n’empêche pas deux petits regrets. Tout d’abord, le long métrage aurait gagné en envergure en développant un peu plus les personnages secondaires. Ensuite, l’absence totale d’humour empêche le film de transcender le genre auquel il appartient. En introduisant quelques petites touches plus légères, sans rien enlever à sa dimension dramatique, L’Autre Vie de Richard Kemp aurait put sortir du carcan du film français sérieux. 

Deux remarques qui n’affectent en rien notre envie de suivre de très près la suite de la carrière de Germinal Alvarez.

Marianne

Un polar fantastique français ? Ce genre de film est bien trop rare pour qu’on le néglige. Et sans être une vraie réussite, L’Autre Vie de Richard Kemp présente néanmoins des qualités certaines.

Parmi les très bonnes surprises, la cohérence du scénario qui est inventif et ne s’embarrasse pas d’explications inutiles. Le casting qui tient la route. Le rendu crasseux de l’atmosphère des années quatre-vingt qui est si parfait que l’on s’y croit sans problème. Le choix des décors industriels des usines désaffectées, du port et du viaduc qui est un vrai coup de maître.

Attention, spoilers !

Mais certains éléments ne fonctionnement pas. En premier lieu, la règle d’or du polar d’enquête selon laquelle on cherche un coupable parmi des suspects n’est pas respectée, et l’on n’est pas très intéressé au final de découvrir qui se dissimule derrière le fameux Perce-oreille. Une fois encore, le spectateur se retrouve avec un serial killer monstrueux qui tue par plaisir, sans rime ni raison (The Call, The Iceman…). C’est aussi frustrant que lassant, pour dire le moins. Les scénaristes, français comme américains, ne sauraient-ils plus construire un bon vieux suspense criminel dont les motivations seraient capables de surprendre le spectateur ?

En deuxième lieu, les dialogues sont vraiment trop convenus et sans humour. Aussi Jean-Hugues Anglade et Mélanie Thierry ne sont-ils réellement émouvants que lorsqu’ils s’embrassent.

Grâce à ses qualités indéniables, on verrait toutefois bien les Américains avoir envie de s’inspirer de ce film pour un remake. Avec Brad Pitt en Richard Kemp pour le charme, Carey Mulligan pour l’émotion et Seattle pour les décors.

Laurence

Critique : The Iceman, d’Ariel Vromen

Les serial killers sont les nouvelles stars du moment : entre les séries qui les adorent (Dexter, Hannibal, Bates Motel, The Following, The Fall…) et les films qui les encensent pour le meilleur ou pour le pire (Stoker, 7 Psychopathes, Maniac, Alex Cross, L’Autre Vie de Richard Kemp, The Call, The Killing Fields, Millenium, la nouvelle sortie en DVD de l’Etrangleur de Boston...), ils sont tendance. Mais contrairement aux vampires et autres loup-garous, ils existent bel et bien. The Iceman retrace scrupuleusement la vie de l’un d’entre eux, Richard Kuklinski.

Excellemment interprétée par l’impressionnant Michael Shannon (Take Shelter, Mud, Premium Rush, Broadwalk Empire…), l’histoire de ce Polonais qui a mené pendant des décennies la vie tranquille d’un respectable père de famille tout en exécutant plus de 200 personnes a de quoi impressionner. Richard Kuklinski n’était pas juste un homme de main mais un tueur, sorte de Dexter qui se serait mis au service  des organisations criminelles de New York. Une façon judicieuse de monnayer ses pulsions criminelles. Violent, incapable de rester longtemps sans tuer, il perfectionna sa technique au fil du temps en congelant les cadavres de ses victimes. Michael Shannon met en évidence comment le tueur parvint pendant si longtemps à tenir en équilibre sur cette corde raide : il fait passer à la perfection l’émotion du jeune père comme la rage meurtrière du serial killer incapable de contenir ses envies de destruction.

La première image du film est un portrait énigmatique : le visage de Richard Kuklinski, âgé, barbu, sorte de Léon Tolstoï méditatif, pourtant sans sagesse, sans conscience et sans remords. Le spectateur n’en saura pas beaucoup plus. Seule une scène donne à comprendre comment cet homme est devenu the Iceman. Ariel Vromen reste trop à la surface de ses personnages et ne donne à voir que les remous irrépressibles qui surgissent parfois des profondeurs. Le jeu des autres acteurs se veut trop sage : Winona Ryder (Black Swann, Here with Me) incarne sa femme, dont on ne saura quasiment rien, et Ray Liotta (The Place Beyond The Pines) impeccable en implacable boss. Seul Chris Evans (connu pour avoir incarné un incroyablement fadasse Captain America) surprend dans le rôle du complice déjanté, Robert « Mr. Softee » Prongei. A noter : la fulgurante et très talentueuse apparition de James Franco (le Monde fantastique d’Oz) dans le rôle du minable Marty.

Le scénario, très classique, demeure très descriptif. Si l’on y regarde de (très) près, le film dresse le portrait de l’évolution de la société américaine et ce qui peut se cacher dans ses recoins les plus sombres : comment un homme peut parvenir à vivre le rêve américain et subvenir aux besoins de sa famille grâce à l’argent gagné en assouvissant ses sinistres pulsions. Mais puisque le film ne se veut ni une réelle prise de position politique comme Cogan : killing Them Softly d’Andrew Dominik, ni une enquête palpitante, il ne parvient pas, malgré toutes ses qualités, à enthousiasmer réellement.

Pour entrer vraiment dans l’esprit du tueur, peut-être faut-il lire The Iceman : The True Story of a Cold-Blooded Killer, la biographie dont s’est inspiré le scénario et qui a été écrite par Anthony Bruno (l’auteur du roman sur lequel s’est appuyé David Fincher pour Seven). Ou The Ice Man : Confessions of a Mafia Contact Killer, la biographie que Philip Carlo a consacré à Kuklinski (traduction française aux Editions du Rocher). Ariel Vromen s’est également basé sur les interviews que Richard Kuklinski avait accordées à Jim Thebaut (sorties en DVD aux USA).

Laurence

Critique : After Earth, de M. Night Shyalaman

Parce qu’à Lost in Universes on aime beaucoup M. Night Shyalaman, on espérait très fort qu’après le flop total de son film le Dernier Maître de l’air, son nouvel opus serait réussi. Pendant les cinq premières minutes, le spectateur en doute très fort. Il a l’impression d’assister au résumé compacté serré d’un After Earth 1 dont il ignorait l’existence et de prendre le train en marche. Puis le réalisateur trouve son rythme et le plonge dans un très crédible univers futuriste.

La planète Terre post-historique, retournée à l’état sauvage et totalement hostile aux hommes sur laquelle se déroule l’essentiel de l’aventure, est impressionnante de réalisme. Avec ses immenses arbres, ses grottes scintillantes, ses chutes d’eau vertigineuses et sa faune réinventée, elle est un personnage du film à elle seule. Elle donne à imaginer grâce à ses grands vols d’oiseaux migrateurs et ses troupeaux de bisons la nature avant que les civilisations humaines ne la ravagent. Dès qu’elle devient hostile avec ses singes agressifs et ses sangsues toxiques, elle rappelle combien l’existence des premiers hominidés a dû être précaire. Le voyage de Kitai (Jaden Smith) le prouve à chaque seconde. C’est cet univers qui porte l’essentiel du film, le scénario se révélant sans surprises, même si l’idée des Ursas et du contrôle de la peur pour les vaincre est excellente.

Les costumes, en particulier la combinaison de survie de Kitai, sont très travaillés. Belles et sensuelles, les habitations et  la navette spatiale mi-techniques, mi-végétales, créent une civilisation futuriste inédite et tout à fait plausible.

Petit regret : il y a quand même beaucoup de matériel qui se casse un peu trop opportunément tout au long de cette épopée ( le vaisseau, la cage, la balise, les bulles à oxygène, le matériel de communication, la réparation artérielle…). C’est franchement redondant et le scénariste – Will Smith himself ! – aurait dû trouver un autre moyen de relancer le suspense.

Gros regret : que le message écologique dont Jaden Smith souligne que c’était l’une de ses motivations pour participer au film ne soit pas plus appuyé. Les allusions à Moby Dick, le livre dans lequel Herman Melville relate entre autres comment s’est effectuée la pêche baleinière intensive, sont trop anecdotiques. Même si l’on sent bien à la toute fin du film que la Terre n’est un paradis perdu que lorsque les humains la désertent. C’est d’autant plus dommage que cette thématique écologique semble intéresser le réalisateur qui l’avait déjà traitée plus nettement dans Phénomènes en 2008.

Laurence

Il est loin le temps où M. Night Shyamalan redéfinissait les codes du cinéma fantastique avec Sixième Sens. Devenu le spécialiste des films à suspense avec twist final renversant, le cinéaste avait deux références majeures dans sa filmographie : Steven Spielberg et Alfred Hitchcock. Le premier pour son sens de l’entertainment positif et le second pour sa propension naturelle à la manipulation cinématographique.

Un peu malmené par le public et les critiques ces dernières années, M. Night Shyamalan tente de se réinventer avec une première incursion dans l’univers de la science-fiction. Sur le papier, After Earth apparaît comme ambitieux. La super-star Will Smith (qui essaie lui aussi de donner un nouveau souffle à sa carrière) endosse pour la première fois le rôle de scénariste. Il a imaginé un futur dans lequel l’humanité a fui depuis longtemps une terre victime d’une pollution destructrice. Dans l’espace, elle a appris à faire face à un ennemi extra-terrestre terrifiant, aveugle mais capable de repérer notre peur…

Pourtant, le résultat n’est pas à la hauteur de nos espérances. Difficile de trouver une once d’originalité dans ce long métrage. De ses thématiques écologiques rabattues (et pas assez exploitées !)  à son sous-Alien de pacotille en passant par l’éternelle rivalité père/fils… tout a déjà été traité des milliers de fois et souvent en mieux. Sans parler de l’interprétation juste correcte de Jaden Smith, qui fait un usage excessif de ses narines pour se donner de la contenance. Comme quoi le népotisme cinématographique a aussi ses limites.

Et ce n’est pas la peine non plus d’espérer un quelconque retournement de situation malin ou même la moindre petite surprise narrative. Les enjeux exposés durant les premières vingt minutes n’évoluent pas d’un iota jusqu’à son final dégoulinant de bons sentiments. M. Night Shyamalan semble avoir renoncé à cette petite particularité filmique qui en agaçait certains et qui pourtant en faisait un auteur à part.

Dommage.

Reste tout de même une mise en scène fluide remplie de plans aériens souvent magnifiques, un bestiaire 3D surprenant (mention spéciale à l’aigle géant) et une combinaison changeant de couleurs au gré de l’état de santé de son hôte. Ces trois raisons sont-elles suffisantes pour aller découvrir ce survival movie inspiré par l’univers vidéoludique ? A vous de voir.

Marianne

Critique : Le passé, d’Asghar Farhadi

Après le succès d’Une séparation, Asghar Farhadi revient avec une tranche de vie à tiroirs tournée en région parisienne. Avec un long métrage filmé presque entièrement en intérieur, sous un ciel pluvieux quasi-permanent, le cinéaste explore à nouveau les méandres des relations humaines et familiales.

Malgré ses atours de fresque sociale pesante, Le Passé se distingue par sa narration proche du polar. C’est au spectateur de découvrir la nature des liens qui unissent les personnages comme une sorte de Cluedo à dimension humaine. Mensonges, erreurs de jugement et mystères font tout autant partie de l’équation.

Mais dans cette tentative de thriller social, Asghar Farhadi ne réussit qu’à moitié. La tension monte au fur et à mesure que la quête de la vérité se fait précise mais le réalisateur se montre trop didactique. Ce ton professoral nuit à l’émotion générale du long métrage malgré une interprétation tout en finesse. Les enfants (la jeune Pauline Burlet en tête) et les hommes de la vie de Marie (Tahar Rahim et Ali Mosaff) trouvent à chaque instant le ton juste. Bérénice Béjo, lauréate du prix d’interprétation à Cannes en 2013 pour ce rôle, fait preuve d’une réelle intensité. Pourtant, dans certaines scènes, elle frôle l’hystérie théâtrale… venant rompre la belle sobriété de l’ensemble.

En définitive, le film restera surtout dans les mémoires pour sa réinvention du mélodrame contemporain. Selon Asghar Farhadi, la famille recomposée, le travail clandestin et la dépression servent de matériel de base à tout bon dramaturge de ce début du XXIe siècle.

Si Le Passé passe à côté du grand film qu’il aurait pût être, il n’est reste pas moins une œuvre puissante.

Marianne

Critique : Ginger et Rosa, de Sally Potter

Film délicat sur l’adolescence, Ginger et Rosa subjugue par le talent de ses acteurs et par la subtilité de son scénario, le tout sur fond de lutte contre la Guerre froide.

Car comment grandir dans un monde saturé par la peur d’être anéanti d’une heure à l’autre par les bombardements que les Russes et les Américains promettent à longueur de journée ? Ginger tout en écrivant de la poésie veut s’engager dans un combat de plus en plus radical quand sa meilleure amie Rosa l’entraîne à l’église pour prier. Elle Fanning (Twixt, Super 8), toujours délicate et vive comme un faon, incarne à la perfection cette jeune militante dont la révolte tourne à l’obsession tandis que Alice Englert (Sublimes Créatures) joue avec maturité Rosa qui, plus délurée, se lance tête baissée dans une histoire d’amour passionnée. Des premières découvertes aussi légères que les cigarettes et les garçons jusqu’au drame final qui se noue lentement mais sûrement, l’amitié des deux jeunes filles est mise à rude épreuve. D’autant que Ginger est déchirée entre son père (Alessandro Nivola, Coco avant Chanel), également militant convaincu jusqu’au fanatisme, et sa mère (Christina Hendricks, Mad Men, Drive, actuellement en tournage sur le film de Ryan Gosling How to Catch a Monster), toujours triste de ne pas être aimée et d’avoir renoncé à la peinture.

Le film est tourné de façon étonnante, toujours en mouvement, avec des gros plans sur les visages qui contraignent presque le spectateur à être en empathie avec les personnages. Le tout est parfaitement mis en valeur grâce à une très belle photographie de Robbie Ryan et à un travail remarquable sur les décors, les vêtements et les couleurs.

Ginger et Rosa est à voir de toute urgence avant qu’il ne disparaisse des écrans.

Laurence

Avec Ginger et Rosa, la cinéaste britannique Sally Potter (The man who cried) nous mène sur les rives mouvementées de l’adolescence. Elle se concentre plus particulièrement sur les liens inaltérables, en apparence, qui unissent deux jeunes filles nées le même jour dans le Londres des années 60.

Alors que la planète tremble sous la menace de l’éradication atomique, les deux adolescentes s’enivrent de découvertes et d’expériences. A l’écran, ces micro-scènes s’enchaînent rapidement, en gros plan, comme des polaroïds fanés d’une époque désormais révolue. Le drame s’immisce en un battement de paupières, quand Rosa se laisse observer dans le rétroviseur d’une voiture…

Portée par une Elle Faning envoûtante en poétesse meurtrie, Ginger et Rosa séduit dans sa vision bilatérale qui met en parallèle la destruction de la cellule familiale avec l’angoisse de la fin du monde. Malgré de belles pages musicales (toujours introduites par un tourne-disque ou un jukebox), le film se veut moins le portrait d’une génération et d’une époque que celui d’une adolescente en crise. Le titre est d’ailleurs trompeur puisque le long métrage se focalise sur le point de vue de Ginger, quand Rosa (Alice Englert, un peu évanescente) se contente de nous offrir ses moues boudeuses et son regard de braise.

La pénombre omniprésente bien qu’élégante alourdit un peu le propos. Sans doute la cinéaste aurait gagné à introduire un peu plus de légèreté formelle à cette histoire qui ne manque ni de lyrisme ni de charme et qui pose une vraie question sur le sens du mot liberté.

Marianne