Critique : Blancanieves, de Pablo Berger

Blanche-Neige est décidément une source d’inspiration inépuisable. Depuis deux ans, l’héroïne des frères Grimm a eu droit à trois longs métrages revisitant son histoire (Blanche-Neige, de Tarsem Singh, Blanche-Neige et le Chasseur, de Ruppert Sanders, la Véritable Histoire de Blanche-Neige, de David de Coteau). Et ce n’est pas tout. A la télévision, la demoiselle est l’une des héroïnes principales de la série Once Upon a Time. Enfin, dans l’Hexagone, le téléfilm La Nouvelle Blanche-Neige proposait une version moderne du célèbre conte.

Avec autant de références récentes, le réalisateur espagnol Pablo Berger (auteur de la comédie Torremolinos 73) était donc face à un défi de taille : en offrir une relecture inédite et pertinente. Premier bon point pour le cinéaste, avoir choisi d’en faire un film muet et noir et blanc. En s’astreignant à cette contrainte formelle, il renforce la dimension poétique de cette fable. Privé de paroles et d’effets visuels contemporains, le conte retrouve toute sa force d’origine : faire rimer évasion et morale.

En transposant cette histoire ultra-connue dans l’Espagne des années 20, et en transformant la princesse en reine de la tauromachie, il s’éloigne aussi des conventions traditionnelles de l’histoire. Et y rajoute même une dimension volontairement burlesque. Que les amoureux des animaux se rassurent, la corrida  sert içi  de catharsis et n’est surtout jamais prétexte à un spectacle sanglant.

La relation père/fille, souvent peu évoquée dans le conte, est dans cette version le fil conducteur. La transmission (avec le personnage de la grand-mère et au travers de la corrida) et les valeurs familiales, très chères aux Espagnols, font d’ailleurs partie des thématiques essentielles du long métrage.

Evidemment qui dit Blanche-Neige, dit marâtre à sa mesure. Sur ce point non plus, Pablo Berger ne nous déçoit pas avec une Maribel Verdú (Tetro) au sommet de son art « maléfique ». Délicieusement méchante, elle multiplie les coups bas avec maestria (face à la douce Macarena García). Et en la voyant évoluer dans cette vaste demeure, l’ombre du Rebecca d’Alfred Hitchcock (et de la gouvernante inquiétante, Mrs Denvers) n’est jamais loin.

Malgré tous ces atours, Blancanieves présente tout de même un défaut de taille : sa prévisibilité. Même réinventés, les grands éléments de l’histoire sont toujours présents rendant un peu trop évidente, par moment, la suite de l’aventure. Et ce spectacle, aurait aussi gagné à franchir un peu plus les limites du politiquement correct. Rien toutefois qui n’empêchera les spectateurs de tous âges de passer un agréable moment.

Marianne

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