Category Archives: Chroniques

Livre : Miss Peregrine et les enfants particuliers, de Ransom Riggs

Bienvenue dans l’univers décalé de Ransom Riggs. Avec Miss Peregrine et les enfants particuliers, ce jeune auteur réinvente un peu le concept de littérature. Il a inventé une histoire fantastique autour d’une série de photos d’époque en noir et blanc. Cela donne un roman unique parsemé de ces étranges photos qui viennent comme confirmer les informations contenues dans le bouquin. 

Livre : La Fille du train, de Paula Hawkins

Vous n’aurez certainement pas échappé à La Fille du train de la britannique Paula Hawkins. C’est l’un des best-sellers de l’été. Un premier roman. Un coup de maître.

L’Art du Studio Ghibli au Musée Art Ludique

Au Etats-Unis, il y a Disney. Au Japon, il y a le Studio Ghibli. Ces deux univers aussi différents soient-ils peuplent tous les deux l’imaginaire des enfants (et des adultes) du monde entier depuis plusieurs générations. Tous les deux sont des symboles de la pop culture. Après Pixar en 2013, le Musée Art Ludique rend logiquement hommage au studio japonnais dans une exposition étonnante puisqu’elle est composée uniquement de dessins fait à  la main et servant pour le lay out.

Expo : l’Etrange Cité sous la nef du Grand Palais

Vous ne connaissez pas l’œuvre d’Ilya et Emilia Kabakov ? Normal, ces deux artistes russes sont surtout connus en France par les amateurs d’art contemporain. Mais rien ne vous empêche de vous précipiter (littéralement car l’exposition se termine le 22 juin) au Grand Palais pour découvrir l’Etrange Cité, un numéro de l’événement parisien Monumenta. Ce sera une excellente introduction à leur étonnant univers qui nous a bluffées.

Exposition : Gustave Doré, l’imaginaire au pouvoir

Valeur sûre du paysage culturel français depuis qu’il avait illustré nos hexagonaux contes de Perrault, Gustave Doré n’avait pas eu les honneurs d’une exposition d’importance depuis des lustres. Aujourd’hui l’artiste qui a tant inspiré les cinéastes a les honneurs du musée d’Orsay. Avec la promesse de « l’imaginaire au pouvoir », Lost in Universes ne pouvait qu’aller explorer son univers si personnel.

Critique Livre : Divergent, de Veronica Roth

Dans la famille roman jeunesse avec univers dystopique, je demande Divergent de Veronica Roth. Depuis le succès de la saga Hunger Games de Suzanne Collins qui sacrifiait des adolescents en les enfermant dans un jeu de télé réalité mortel, les éditeurs (et les studios hollywoodiens par la même occasion) s’arrachent ces romans apocalyptiques.

Exposition : Keith Haring s’empare du Musée d’Art Moderne

Des traits simples mais incisifs, un univers minimaliste, figuratif et métaphorique, un message radical… Keith Haring a un style immédiatement reconnaissable. Obsédé par les invasions extraterrestres et les phallus géants, cet artiste ultra-sensible a révolutionné le monde du street art dans les années 80.

Sa soif d’expression était telle qu’il aimait à s’emparer des murs du métro, des squares et des buildings new-yorkais. Mais pas seulement. Au long de sa courte carrière, ce touche-à-tout a multiplié les supports. De la plus classique des toiles à la bâche qu’il affectionnait particulièrement en passant par les collages et même les sculptures, l’artiste a tout essayé.

La rétrospective que lui consacre, jusqu’au 18 août, le Musée d’Art Moderne de la ville de Paris restitue avec talent toute l’énergie créatrice de cet artiste iconoclaste. Dans un simple crayonné comme dans ses toiles aux formats extra-larges, le visiteur est guidé par un parcours thématique capable de susciter autant l’enthousiasme que le malaise.

Son génie se mesure en premier lieu par la justesse de son style. Entre son sens de l’épure, sa palette chromatique volontairement gaie et franche (composée à forte dominance de jaune, de rose, de rouge, de vert, de bleu…) et la récurrence de certaines figures (les silhouettes azimutées, le bébé radioactif, la soucoupe volante…), il affirme une technique sûre et une vraie personnalité dans ses œuvres.

Dans un second temps, c’est évidemment la pertinence de son message qui frappe. Qu’il dénonce la manipulation des médias, le capitalisme omniscient, le racisme, la religion ou encore la destruction de la planète, il ne retient pas son trait. Certaines toiles hanteront longtemps la psyché des visiteurs.

Malgré ses thématiques sombres, on perçoit dans ce fourmillement créatif une sensibilité hors du commun, qui le poussait à vouloir changer le monde. Malheureusement, le SIDA l’aura empêché de continuer ce cheminement artistique et politique dès 1990. Une vraie perte pour le monde de l’art contemporain.

En plus du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, le  Centquatre expose les toiles les plus grandes de l’artiste. Une belle manière de prolonger l’immersion dans le monde si particulier de Keith Haring.

Marianne

Critique Livre : Le Dernier Loup-Garou, de Glen Duncan

Les vampires sont passés de mode. Ou du moins sont sur le point de l’être. Alors que cela fait dix ans qu’ils règnent sans partage sur le monde fantastique (littérature, séries télé, films…), dans le roman de Glen Duncan, les immortels doivent se contenter de jouer les seconds rôles. L’auteur anglais, à qui l’on doit le très remarqué Moi Lucifer, a préféré faire de l’œil à une créature moins délicate, le Loup-Garou.

Avec plus de deux cents ans au compteur, Jack Marlowe n’est pas un lycanthrope comme les autres. Il est le dernier de son espèce. Parce qu’il est pourchassé par une organisation secrète impitoyable, la prochaine pleine lune pourrait bien être la dernière de sa longue existence. Avec un tel résumé, le lecteur peut penser qu’il va être le témoin d’une course contre la mort effrénée entre une bête livrée à elle-même et des assaillants sanguinaires. Eh bien, il n’en est rien. Glen Duncan prête sa plume malicieuse (le livre prend la forme d’un journal intime) à un loup-garou désabusé, qui a perdu tout intérêt pour la vie. Ne croyez pas pour autant qu’il a développé une empathie pour le suicide. Sans dieu, ni maître, ni amour, il est tout simplement las…

Ecrites avec une emphase et un pragmatisme salvateurs, les aventures de ce loup-garou en pleine introspection se dévorent avec délectation. La même délectation qui semble animer ces créatures quand elles dévorent des proies humaines, sous la lumière complice de la pleine lune. Glen Duncan, comme son personnage, n’a pas peur de ce que la bonne conscience réprouve. Les scènes de sexe sont explicites. Les têtes coupées et les giclées de sang éclaboussent sans complexes au moins la moitié des pages du livre. Une imagerie primaire qui n’empêche pas le romancier de nous livrer à d’autres moments une prose philosophico-existentielle.

Comme au théâtre, la structure narrative évoque un drame en trois actes, avec chacun son propre univers. Le premier ouvertement mélancolique et gothique cède la place à une deuxième partie pleine d’action, voire vidéoludique. Le troisième chapitre joue lui la carte du romantisme contemporain.

Jack Marlowe est un héros charismatique, imprégné autant que nous par la culture contemporaine. L’auteur s’amuse avec ces références incessantes à notre imaginaire collectif défini par les films, pour mieux les déconstruire. Cette mise en abyme permanente nous conduit vers un twist final habile et surtout très cinématographique. Selon la quatrième de couverture, Ridley Scott en personne aurait acquis les droits du bouquin pour en faire un film. La boucle serait bouclée. Pour donner vie à ce lycanthrope aussi rustre que tendre, un seul conseil : prendre un acteur viril. Un subtil mélange entre Hugh Jackman (version Wolverine) et Russel Crowe conviendrait pour moi à merveille. Deux autres tomes sont à paraître.

Marianne

 

Critique BD : Cœur de Pierre, de Séverine Gauthier et Jérémie Almanza

La BD jeunesse recèle parfois de vraies pépites. C’est le cas de ce Cœur de pierre, fruit de la collaboration entre  Séverine Gauthier (au stylo) et Jérémie Almanza (au pinceau). Si vous êtes des adeptes de la collection Métamorphoses de chez Soleil, vous connaissez déjà l’univers chimérique de Jérémie Almanza avec le roman graphique Eco.

Avec Cœur de Pierre, on retrouve toute la magie qui fait son style : son monde chamarré, ses traits sophistiqués, ses couleurs douces, ses personnages surréalistes. Il illustre ici la rencontre entre deux enfants opposés par nature. Un petite garçon au coeur de pierre et une petite fille au coeur d’artichaut. Le croisement entre les deux univers se fait par un jeu de nuances colorés et de détails de décors sublimes.

Difficile de ne pas être conquis par cette histoire d’amour écrite comme un poème, aux atours gothiques que Tim Burton n’aurait pas reniés. Elle prend en plus une tournure inattendue, symbole d’une grande partie des relations amoureuses.

A lire le soir aux marmots turbulents et sages ou pour tous ceux qui, comme nous, ont su conserver leur âme d’enfant…

Coeur de Pierre, Delcourt Jeunesse.

Marianne

Critique Livre : Robocalypse, de Daniel H. Wilson

L’Intelligence Artificielle. Sans aucun doute, l’un des sujets de fantasmes les plus récurrents des auteurs de science-fiction. Autant rêvés que craints, ces artefacts intelligents peuplent depuis des décennies l’imaginaire collectif. De Isaac Asimov (inventeur des trois lois de la robotique) à Philip K. Dick (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?), en passant par Fritz Lang (le robot géant de Métropolis) ou par la récente série suédoise Real Humans, ils nous renvoient à notre propre condition d’êtres humains.

Pour son roman Robocalypse, Daniel H. Wilson, scientifique spécialiste du sujet, a volontairement choisi de nous faire peur. Il faut dire que les utopies des années 70 ont disparu depuis longtemps. Elles ont fait place à une société plus pessimiste, prompte à mettre en scène sa propre fin dans une forme de robot « über-intelligente ». Archos est créée par un scientifique trop sûr de sa propre suprématie. Quand on joue les Dieux, il faut s’attendre à voir sa propre création vous échapper un jour ou l’autre. Et pour Archos, l’équation est simple : l’humanité n’a tout simplement pas sa place sur Terre. (C’est normal : on vous l’a dit, il est surdoué). Il va alors lever une armée redoutable et mettre son plan à exécution.  

A partir de ce point de départ classique, Daniel H. Wilson nous propose une narration moderne. Le livre est en fait une « fausse » compilation de souvenirs de survivants rassemblés par un soldat à la fin de la guerre. Car oui, dès le départ, on sait que l’humanité sortira vainqueure de ce conflit mais l’on ignore encore le prix qu’elle devra payer pour cela. Ce style très actuel se rapproche du  principe de World War Z de Maw Brooks (dont l’adaptation ciné avec Brad Pitt sortira chez nous le 3 juillet). On passe d’un témoignage à l’autre. Un peu simpliste au départ, ce procédé prend son sens au fur et à mesure. Chaque scène faisant monter la pression et le suspense.

Mais la bonne idée de Wilson, c’est de faire revenir la majorité des protagonistes à plusieurs reprises. Au fil des pages, de simples témoins ils deviennent acteurs. Chacun a un rôle important à jouer dans cette guerre. Certains se croiseront d’autres non, mais leurs actes auront des conséquences pour les autres.

Le style d’écriture lui-même est très visuel. Le lecteur est plongé dans l’action et le suspense se distille comme dans un film, avec des descriptions ultra-précises et des décors urbains ravagés que l’on ne connaît que trop bien.

Steven Spielberg ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisque Robocalypse devait être son prochain film. Malheureusement alors que la casting comptait déjà Anne Hathaway (The Dark Knight Rises), Ben Whishaw (Cloud Atlas) et Chris Hemsworth (The Avengers), la production a été repoussée. La raison ? Un budget jugé trop coûteux… La crise fait rage même à Hollywood. Le papa d’E.T. a promis de revoir sa copie. On a hâte de voir le résultat sur grand écran. Car sans être un roman révolutionnaire, Robocalypse se révèle assez palpitant et soulève quelques questions intéressantes. Par exemple, en réussissant à rendre terrifiants les appareils électroniques de notre quotidien (téléphones, ascenseurs et voitures…), il se moque gentiment du niveau de dépendance qui nous lie tous à ces machines…

Marianne