Critique : 12 Years A Slave, de Steve McQueen

L’esclavage est un lourd fardeau pour l’Amérique. Une tache sombre et sanglante dans son histoire. En 2013, nous célébrions les 150 ans de son abolition. Au cinéma, cette commémoration a donné lieu à des œuvres aussi puissantes que différentes.

Avec Django Unchained, Quentin Tarentino a opté pour l’hommage jouissif en inventant un leader noir vengeur. Plus rationnel, Lincoln de Steven Spielberg se concentrait sur la lutte politique qui a conduit le congrès à voter l’abolition. Steve McQueen repousse lui les limites du simple devoir de mémoire avec 12 Years A Slave.

Cette histoire vraie d’un violoniste noir né libre qui s’est retrouve contraint à l’esclavage pendant 12 ans fait froid dans le dos. Sous sa facture de film classique hollywoodien, le long métrage replace dans son contexte la réalité, implacable, de l’esclavage. A savoir des hommes exposés comme des animaux de foire et vendus aux plus offrants, des mères séparées de leurs enfants ou encore la froide banalité des sévices physiques…

Contrairement à Lee Daniels qui empruntait sans cesse les chemins du mélodrame dans Le Majordome, Steve McQueen sait que son sujet n’a nul besoin d’atours misérabilistes pour être poignant. La sobriété de sa mise en scène est la clef. Il pose sa camera de manière adroite sachant faire durer certains plans ou au contraire proposer des contre-champs utiles pour laisser au spectateur le temps de digérer ce qu’il vient de voir à l’écran.

Dans le camp des bourreaux, la subtilité psychologique est moins édifiante mais le film a le mérite de présenter toutes les grandes figures propres au genre : le financier cupide (Paul Giametti), le bêta jaloux et lâche (Paul Dano, Prisoners), le prêcheur gentil mais prisonnier de son époque (Benedict Cumberbatch, Star Trek Into  Darkness) et l’ivrogne possessif à forte tendance psychotique (Michael Fassbender, Cartel, toujours aussi investi).

L’auteur de Shame et d’Hunger s’intéresse avant tout aux mécanismes de l’esprit humain. Plus exactement à comment il peut surmonter les pires souffrances sans devenir fou. La méthode de Solomon (Chiwetel Ejiofor, exemplaire) réside dans son obstination à survivre. Un peu conventionnel ? Peut-être mais aussi diablement efficace.

Marianne

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