Critique : A Most Violent Year, de J.C. Chandor

Les titres des films résonnent parfois comme une promesse. On pense savoir déjà ce qu’il y a dedans juste en voyant l’emballage. A Most Violent Year est pourtant beaucoup plus imprévisible que son titre ne le laisse penser. En situant son action à New York en 1981, soit l’année la plus violente que la ville ait connu, J.C. Chandor (Margin Call, All is Lost) sait ce qu’il fait. Les docks new-yorkais, les barbiers affables, l’épouse exigeante… le décor du film de gangsters par excellence se déploie devant l’œil avisé du spectateur. Pourtant son héros, Abel, un immigré qui tente de s’imposer dans l’univers du pétrole, n’a rien d’un Tony Montana.

C’est même le contraire. Fini le cliché de l’immigré prêt à tout pour agrandir son empire. Abel refuse d’être un gangster. Il veut faire les choses dans les règles, convaincu comme d’autres avant lui que le rêve américain lui en donne pleinement le droit.  Et cette obstination confine au sublime. Car même attaqué de toute part, par la police, ses concurrents et même sa femme, il refuse de succomber à la tentation de la violence. La tentation de la facilité. Il découvrira, évidemment, que les voies de la corruption honnête sont malheureusement une nécessité.

Comme Dan Gillroy dans Night Call, J.C. Chandor évoque l’impossibilité du rêve américain.  Et il va même plus loin en nous assurant que ce sont les règles mêmes du capitalisme qui impose cette violence. Le résultat est fascinant car il a opté pour une mise en scène élégante et sobre. La reconstitution des années 80 n’a rien du clinquant d’American Bluff . Même la violence du titre est presque une illusion. Elle est présente  mais uniquement en toile de fond,  comme une menace qui plane constamment. Et quand elle finit par éclater, elle sera expiatoire et non pas incontrôlable et froide comme dans les films de Martin Scorsese, Brian De Palma ou David Cronenberg.

L’autre talent de J.C. Chandor réside dans son casting. Oscar Isaac (Inside Llewyn Davis, The Two Faces of January) est magnifique en héros d’une autre époque et son alchimie avec Jessica Chastain (Interstellar, Zero Dark Thirty) qui joue son épouse est évidente. Ils sont les anti-héros d’un drame magistral qui a conclut l’année 2014 en beauté. Immanquable.

Marianne


Photo : © StudioCanal

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