Critique : After Earth, de M. Night Shyalaman

Parce qu’à Lost in Universes on aime beaucoup M. Night Shyalaman, on espérait très fort qu’après le flop total de son film le Dernier Maître de l’air, son nouvel opus serait réussi. Pendant les cinq premières minutes, le spectateur en doute très fort. Il a l’impression d’assister au résumé compacté serré d’un After Earth 1 dont il ignorait l’existence et de prendre le train en marche. Puis le réalisateur trouve son rythme et le plonge dans un très crédible univers futuriste.

La planète Terre post-historique, retournée à l’état sauvage et totalement hostile aux hommes sur laquelle se déroule l’essentiel de l’aventure, est impressionnante de réalisme. Avec ses immenses arbres, ses grottes scintillantes, ses chutes d’eau vertigineuses et sa faune réinventée, elle est un personnage du film à elle seule. Elle donne à imaginer grâce à ses grands vols d’oiseaux migrateurs et ses troupeaux de bisons la nature avant que les civilisations humaines ne la ravagent. Dès qu’elle devient hostile avec ses singes agressifs et ses sangsues toxiques, elle rappelle combien l’existence des premiers hominidés a dû être précaire. Le voyage de Kitai (Jaden Smith) le prouve à chaque seconde. C’est cet univers qui porte l’essentiel du film, le scénario se révélant sans surprises, même si l’idée des Ursas et du contrôle de la peur pour les vaincre est excellente.

Les costumes, en particulier la combinaison de survie de Kitai, sont très travaillés. Belles et sensuelles, les habitations et  la navette spatiale mi-techniques, mi-végétales, créent une civilisation futuriste inédite et tout à fait plausible.

Petit regret : il y a quand même beaucoup de matériel qui se casse un peu trop opportunément tout au long de cette épopée ( le vaisseau, la cage, la balise, les bulles à oxygène, le matériel de communication, la réparation artérielle…). C’est franchement redondant et le scénariste – Will Smith himself ! – aurait dû trouver un autre moyen de relancer le suspense.

Gros regret : que le message écologique dont Jaden Smith souligne que c’était l’une de ses motivations pour participer au film ne soit pas plus appuyé. Les allusions à Moby Dick, le livre dans lequel Herman Melville relate entre autres comment s’est effectuée la pêche baleinière intensive, sont trop anecdotiques. Même si l’on sent bien à la toute fin du film que la Terre n’est un paradis perdu que lorsque les humains la désertent. C’est d’autant plus dommage que cette thématique écologique semble intéresser le réalisateur qui l’avait déjà traitée plus nettement dans Phénomènes en 2008.

Laurence

Il est loin le temps où M. Night Shyamalan redéfinissait les codes du cinéma fantastique avec Sixième Sens. Devenu le spécialiste des films à suspense avec twist final renversant, le cinéaste avait deux références majeures dans sa filmographie : Steven Spielberg et Alfred Hitchcock. Le premier pour son sens de l’entertainment positif et le second pour sa propension naturelle à la manipulation cinématographique.

Un peu malmené par le public et les critiques ces dernières années, M. Night Shyamalan tente de se réinventer avec une première incursion dans l’univers de la science-fiction. Sur le papier, After Earth apparaît comme ambitieux. La super-star Will Smith (qui essaie lui aussi de donner un nouveau souffle à sa carrière) endosse pour la première fois le rôle de scénariste. Il a imaginé un futur dans lequel l’humanité a fui depuis longtemps une terre victime d’une pollution destructrice. Dans l’espace, elle a appris à faire face à un ennemi extra-terrestre terrifiant, aveugle mais capable de repérer notre peur…

Pourtant, le résultat n’est pas à la hauteur de nos espérances. Difficile de trouver une once d’originalité dans ce long métrage. De ses thématiques écologiques rabattues (et pas assez exploitées !)  à son sous-Alien de pacotille en passant par l’éternelle rivalité père/fils… tout a déjà été traité des milliers de fois et souvent en mieux. Sans parler de l’interprétation juste correcte de Jaden Smith, qui fait un usage excessif de ses narines pour se donner de la contenance. Comme quoi le népotisme cinématographique a aussi ses limites.

Et ce n’est pas la peine non plus d’espérer un quelconque retournement de situation malin ou même la moindre petite surprise narrative. Les enjeux exposés durant les premières vingt minutes n’évoluent pas d’un iota jusqu’à son final dégoulinant de bons sentiments. M. Night Shyamalan semble avoir renoncé à cette petite particularité filmique qui en agaçait certains et qui pourtant en faisait un auteur à part.

Dommage.

Reste tout de même une mise en scène fluide remplie de plans aériens souvent magnifiques, un bestiaire 3D surprenant (mention spéciale à l’aigle géant) et une combinaison changeant de couleurs au gré de l’état de santé de son hôte. Ces trois raisons sont-elles suffisantes pour aller découvrir ce survival movie inspiré par l’univers vidéoludique ? A vous de voir.

Marianne

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