Critique : American Bluff, de David O. Russel

Au pays des apparences, les bouffons sont des rois. Tel pourrait être le credo d’American Bluff. Dès les premières images, David O. Russel abat toutes ses cartes. Méfiez-vous des faux-semblants. Dans cette introduction génialissime, le spectateur découvre ébahi un Christina Bale méconnaissable (à des années-lumière du récent les Brasiers de la colèreen train de remettre méthodiquement son postiche. Une fois cet artifice bien accroché, la partie de poker menteur peut commencer.

Autour de la table, cinq grandes pointures sont sur le point de s’affronter. L’arnaqueur en chef (Bale), la femme fatale (Amy Adams, Man of Steel), le flic vaniteux (Bradley Cooper, Happiness Therapy, The Place Beyond the Pines), le politicien véreux (Jeremy Renner, Hansel & Gretel) et la mégère apprivoisée (Jennifer Lawrence, Hunger Games). Ils ont tous un point commun : un sérieux penchant pour l’hérésie capillaire. Car American Bluff se situe à la fin des années 70 et David O. Russel a une vision très disco de cette époque. Tout ce qui était tendance est devenu kitchissime aujourd’hui. Cet univers fait de strass, de permanentes, de veste en velours et de papier peint orange participe totalement au sentiment de délire général qui traverse tout le film.

Du côté de la mise en scène, David O. Russel connaît ses classiques. Dans le rythme, dans la narration (voix off omniprésente, montage non chronologique, retours en arrière…), dans la gestuelle des personnages, il emprunte beaucoup à Martin Scorsese. Le parallèle devient même un hommage quand un Robert De Niro fringant apparaît dans le rôle du parrain de la mafia. Et il pique même un plan à Tarantino (celui de l’ouverture du coffre de voiture dans Pulp Fiction) ! Comme à son habitude, Russel utilise la musique comme un élément indispensable de sa mise en scène. Quelquefois légèrement anachroniques, les chansons sélectionnées reflètent le sentiment des personnages. La scène où une Jennifer Lawrence déchaînée chantonne Live and Let Die vaut tous les discours du monde !

Et c’est sans doute là que réside tout le talent de David O. Russel, dans l’amour évident qu’il porte à ses personnages. Il fait de ces canards boiteux insupportables des figures aussi surréelles qu’attachantes. Trop peut-être, car ils écrasent tout sur leur passage, à commencer par l’histoire elle-même. Tous les enjeux dramatiques contenus dans l’intrigue, de la critique des pratiques de la C.I.A. à la corruption des politiques, ne seront au final qu’un feu de paille. Même l’arnaque, principal argument de vente d’American Bluff, ne fonctionne pas complètement. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle est bien trop prévisible.

Au final peut importe. Le spectateur est content de s’être laissé berné par ce quintet d’acteurs au sommet de son art. Et ça, c’est 100 % garanti.

Marianne

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