Critique : Au revoir là-haut, d’Albert Dupontel

Albert Dupontel n’a jamais rien fait comme les autres. Du moins dans le cinéma français. Et on l’en remercie. Pour cette première adaptation de sa carrière de cinéaste, Dupontel réussit un pari fou : respecter l’esprit du très joli livre de Pierre Lemaître tout en imposant un univers visuel et graphique très personnel. Du grand art.

Prix Goncourt. Pas facile de s’attaquer à un roman qui a reçu le prix Goncourt. Pierre Lemaître avait imaginé une arnaque menée tambours battants par deux vétérans laissés pour compte de la Première Guerre mondiale. Pourtant au-delà du péril et du suspense créés par l’entreprise, le roman était aussi une critique sur le cynisme lié à la guerre et à la lutte des classes. Une dimension que Dupontel a totalement repris à son compte dans son adaptation.

Burlesque. Sauf que Dupontel le conteur préfère depuis ses débuts la fable au réalisme social. Sous l’œil du cinéaste, Au revoir là-haut se transforme en récit burlesque. Un parti pris qui permet de conserver la dimension politique du propos tout en ajoutant une bulle de poésie. Un peu comme Buster Keaton et Charlie Chaplin avaient coutume de faire. Une référence d’ailleurs totalement assumée par Dupontel puisque le film ose les clins d’œil à deux des grandes figures du cinéma muet.

Création. Dès sa scène d’introduction constituée d’un plan séquence suivant un chien dans une tranchée, Dupontel impose une parfaite maîtrise de son univers graphique. C’est sans doute son film où la mise en scène est la plus travaillée. Mais surtout Au revoir là-haut n’a pas peur d’être un film créatif. Les décors, les costumes, les accessoires (notamment les magnifiques masques de Cécile Kretschmar qui jouent un rôle essentiel dans l’histoire) participent à ce sentiment d’inventivité.

Adaptation. Au petit jeu des 7 différences, Dupontel a forcément dû trahir l’œuvre originale pour s’en approprier une narration plus cinématographique. Certains personnages remarquables du livre y perdent un peu en présence à l’écran mais sans que cela nuise à la force du récit. Dupontel s’est même permis de modifier la fin du livre en restant cohérent avec le message du roman. Et du côté du casting, la troupe sélectionnée avec soin par le cinéaste fait des merveilles. Une mention spéciale doit être attribuée à Nahuel Pérez Biscayart (déjà révélé par le très beau 120 Battements par minutes) dans un rôle quasi muet et à Laurent Lafitte qui semble prendre un plaisir certain à interpréter le salaud de l’histoire.

Marianne

Le film en bref : Une adaptation réussie du roman de Pierre Lemaître dans laquelle Albert Dupontel fait preuve d’une réelle créativité. En imaginant un univers burlesque pour cette histoire aux accents tragiques, le cinéaste prouve que l’on peut conserver l’esprit d’une œuvre tout en lui donnant une vraie tonalité personnelle.

Photo : © Jérôme Prébois / ADCB Films

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