Critique : Avril et le monde truqué, de Franck Ekinci et Christian Desmares

Et si le vivier le plus créatif du cinéma mondial se trouvait dans l’animation ? Après le sublime Vice Versa de Pixar en juin dernier, Avril et le monde truqué (récompensé du Cristal du Festival d’Annecy) est une nouvelle preuve du potentiel poétique de cette forme de 7e art. Imaginé par Jacques Tardi (Adèle Blanc-Sec, Nestor Burma), cette aventure animée se démarque immédiatement par son originalité.

Uchronie. Faute de moyens (et d’envie ?), le cinéma francophone ne regorge pas franchement d’univers fantastique. L’animation permet facilement de résoudre son problème. Le monde « truqué » sorti de l’esprit de Jacques Tardi est une sorte d’extension parralèle à celui d’Adèle Blanc-Sec. L’auteur et dessinateur réinvente l’histoire de notre planète en imaginant la mort prématuré d’un certain Louis Napoléon Bonaparte. Et surtout la disparition mystérieuse des plus grands savants empêchant l’évolution technologique de notre société. Le Paris d’Avril et le monde truqué est ainsi bloqué à la révolution industrielle alors que l’année 1941 bat déjà son plein…

Enjeux du siècle. Cette uchronie est l’occasion d’inventer une civilisation perdue, où la tour Eiffel a une soeur jumelle et où les zeppelins font office d’avions ! Mais surtout un monde sans arbres où les gens meurent à petit feu. Au-delà du parallèle écologique qui peuple une grande majorité des œuvres contemporaines, Tardi s’intéresse aussi aux blessures psychologiques. Celle d’une petite fille qui a grandi sans parents. Pour qui la science est une tradition (fardeau ?) familiale. Ce qui n’empêche Avril d’être une héroïne moderne, qui n’a pas besoin d’un homme pour survivre.

© StudioCanal

Un chat qui parle. Mais la cerise sur le gâteau de cette œuvre originale s’appelle Darwin. Soit le meilleur ami de l’héroïne et surtout un chat magique doué de parole. Ce sidekick est à la hauteur de n’importe quelle boule de poils (ou de plumes) vu dans les meilleurs Disney. Impertinent (c’est l’extravagant Philippe Catherine qui lui prête sa voie), drôle et émouvant, il est la clef de voute de toute cette histoire farfelue. Un chatmouraï haut en couleur qui devrait mettre tout le monde d’accord. J’imagine déjà le nombre de chats qui vont s’appeler Darwin dans les prochaines années…

Marianne

Le film en bref : Une fantaisie écologique et moderne qui fait de la science le bien le plus précieux de notre monde. Inventif, original, drôle et politique. Un sans faute ou presque.

Photos : © StudioCanal

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