Critique : Big Eyes, de Tim Burton

Pas de Johnny Depp. Ni de Helena Boham Carter au casting. Pas même une once d’univers gothique. Pourtant Big Eyes est bien le dernier film de Tim Burton. Un biopic. Ce n’est pas le premier dans l’oeuvre du cinéaste qui avait rendu un vibrant hommage « au plus mauvais réalisateur de tous les temps » dans Ed Wood. Mais justement Big Eyes apparaît comme trop classique et sage pour figurer dans la filmographie burtonnienne. On a même un peu l’impression qu’il est passé à côté de son sujet. 

Soyons précis. On retrouve bien quelques obsessions purement burtonniennes dans Big Eyes. D’abord dans son sujet. Ou plutôt ses sujets. Amy Adams (American Bluff, Her) et Christoph Waltz (Django Unchained, Epic) incarnent les Keane, deux êtres hors-normes, en dehors du système. La première l’est au travers de son art. Et le second par son obsession délirante. Burton ne manque pas non plus de placer par petites touches l’imaginaire de l’artiste sur l’écran. Mais ces séquences se révèlent bien trop timides pour prendre une réelle dimension.

Et le principal problème de Big Eyes tient justement là. Jamais on ne pénètrera dans la psyché de cette artiste, séquestrée malgré elle par son mythomane de mari. Certains prétendront peut-être que l’intérêt de Burton s’est porté principalement sur le mari, sorte de mécène diabolique. Ce personnage, interprété avec brio par Waltz, possède effectivement ce charisme fascinant digne des meilleurs personnages burtonniens. Mais honnêtement la mauvaise foi, même quand elle frôle la folie n’est  pas un trait de caractère suffisamment intéressant pour tenir l’intérêt du spectateur en éveil pendant tout un film.

Reste les autres thèmes abordés par Burton. La libération de la femme. L’élitisme du milieu de l’art. La douceur de vivre des années 60. Tout cela constitue une sorte de canevas qui habille le film sans jamais lui donner complètement corps.

Finalement, il faut peut-être voir Big Eyes comme ce qu’il est vraiment. Un vibrant hommage à Margaret Keane. Une femme qui a réussi à défier tous les stéréotypes de son époque. Rien que pour elle, ce long métrage mérite le coup d’œil.

Marianne

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