Critique : Birdman, de Alejandro González Iñárritu

Avec Birdman, Iñárritu s’amuse enfin.  Pas de panique. Il explore toujours les thématiques si chères à son cinéma : tout ce qui touche à la psyché humaine, à la rédemption et à la frontière un peu floue entre la réalité et le fantastique. Mais il a compris qu’on pouvait être sérieux tout en desserrant légèrement la bride. Du coup, Birdman est un petit bijoux de cinéma. Aussi bien pour les cinéphiles que pour le grand public.

Birdman est avant tout un film méta, comme le récent Kingsman. Il s’interroge sur Hollywood et son industrie phagocytée actuellement par les super-héros. Son personnage principal est une ancienne gloire de la pop culture, révérée pour son rôle de Birdman,  qui tente un come-back sérieux sur les planches. Et qui le cinéaste a-t-il choisi pour le rôle titre de son nouveau long métrage ? Un certain Michael Keaton. Soit un acteur essentiellement connu pour son rôle de Batman. Heureux hasard ? J’en doute.

Pour autant n’allez pas croire que le film se résume à un simple procès à charge, sans nuance, contre le cinéma de divertissement. Iñárritu ne refait pas Maps to the stars de David Cronenberg. Car ici tout le monde en prend pour son grade : Hollywood, mais aussi le milieu élitiste du théâtre, les critiques, la société médiatique au sens large et même les spectateurs. La scène ou Michael Keaton marche dans New York à moitié nu est symptomatique de la société dans laquelle nous vivons. Bien vu.

Le réalisateur pimente le tout en ajoutant une dimension fantastique. Dans Biutiful, son dernier film, le développement mystique tombait un peu à plat. Cela ressemblait au mieux à un gadget mais cela ne servait pas vraiment le propos du film. Cette fois-ci, Iñárritu se concentre sur le fil ténu entre la réalité et la folie. Il navigue sans arrêt d’un bout à l’autre de cette ligne. Le parallèle est assez joli surtout quand on situe son action dans le monde du spectacle.

Pour ne rien gâcher, Iñárritu allie le fond avec la forme. En optant pour un (faux) plan séquence de presque 2 h, il donne un rythme unique a son long métrage. On aurait pu craindre l’effet de style un peu vain, voire vaniteux comme certains de ses personnages, mais c’est le contraire qui se produit. Ce style virevoltant donne un sentiment d’urgence à sa narration. Mieux, il renforce la mécanique théâtrale d’Iñárritu, rendant le spectateur complice de cette stratégie.

La scène finale conclut parfaitement cette démonstration. Après tout, nous dit le cinéaste, tout cela n’est pas sérieux. Ce n’est que du cinéma… Brillant.

Marianne

Photo : © 2014 Twentieth Century Fox

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