Critique : BlacKkklansman, de Spike Lee

Depuis Old Boy, Spike Lee s’était fait discret. Enfin le cinéaste parce que la figure politique a continué à s’exprimer dans des documentaires et des fictions un peu passés inaperçus dans l’Hexagone. Ces œuvres avaient évidemment toutes pour fil rouge la place des afro-américains dans la société contemporaine. Avec l’arrivée de Trump au pouvoir et le changement de paradigme à la tête de l’Etat, Spike Lee s’est sans doute dit qu’il était temps de frapper un grand coup. Le cinéaste s’est ainsi emparé d’une histoire invraisemblable et pourtant totalement véridique. Ou comment un flic noir a réussi à la fin des années 70 à infiltrer le Ku Klux Klan. 

Changement de ton. Pour raconter cette épopée extravagante, Spike Lee emprunte presque naturellement  l’imaginaire visuel de la Blaxploitation. On retrouve ainsi des zooms délicieusement rétros, des dialogues incisifs et même des typos typiques de l’époque. Pour autant, pas question de s’embarrasser des clichés extravagants du genre. Comme si le cinéaste avait peur de noyer son propos politique dans la grammaire volontairement old school de ces films des années 70. Spike Lee s’aventure tout de même sur le terrain de l’humour. Un art qu’il manie parfois de manière abrupte mais qui donne une vraie dynamique entrainante à sa narration. Le film semble ainsi parcouru d’un brin de folie. C’est la folie nécessaire pour entreprendre de grandes choses !

Présent de l’imparfait. Au-delà de cet emballage enthousiasmant, BlacKkKlansman frappe immédiatement par la pertinence actuelle de son propos. Spike Lee s’amuse à mettre dans la bouche de ses comédiens les propos de Trump et de sa bande ou bien à les faire deviser sur des problématiques contemporaines. En 40 ans rien n’a changé semble nous susurrer ironiquement le cinéaste. Cette postmodernité est mise en scène avec minutie. Il utilise des symboles forts (Autant en emporte le vent, Harry Belafonte…) et propose des séquences à contre-temps assez efficaces. Le film pêche toutefois par un peu trop de didactisme, comme si le cinéaste sous-estimait l’intelligence des spectateurs. En même temps, je suppose qu’il est toujours bon de revoir ses classiques…

Mener le combat. Si le propos politique et social du film est limpide, BlacKkKlansman évite la carte du communautarisme grâce à son personnage principal Ron (interprété par John David Washington, fils de Denzel, et révélation du long métrage). Ce dernier apporte un véritable message universel au long métrage. Car il pense que c’est en changeant le système de l’intérieur et tous ensemble, quelle que soit la couleur de peau, que l’on pourra vraiment changer les choses. Une belle idée qu’on ne peut que soutenir, même si on mesure pleinement la longueur du chemin qu’il nous reste à accomplir !

Marianne

Le film en bref : Quoi de mieux pour s’attaquer à l’administration Trump et à ses relents racistes qu’une histoire incroyable autour d’un flic noir qui a réussi grâce à son ingéniosité et son audace à infiltrer le KKK ? Drôle, incisif et parfois didactique, ce BlacKkKlansman nous exhorte avec intelligence à mener le combat dans notre quotidien. Jolie prouesse.

Photo : © Universal Pictures

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