Critique : Blue Jasmine, de Woody Allen

Un film de Woody Allen est toujours un petit événement du monde du cinéma, même si ces dernières années aucun de ses opus n’avait été très marquant. On pouvait légitimement espérer qu’avec Blue Jasmine, on tiendrait THE Great Movie et donc le grand retour du maître. Ce n’est que partiellement le cas car cette livraison 2013 est tissée de grosses ficelles. D’épatantes ficelles « woodyallennesques », certes, mais de grosses ficelles tout de même.

Une fois posé le cadre de la soeur blonde, bourgeoise ruinée qui ne sait pas renoncer à son rêve, et de la soeur brune, caissière sans ambition, cadre souligné par le portrait de la huppée New York versus la décontractée San Fransisco et tandis que les flash-backs de l’ancienne vie de Jasmine s’intercalent les uns après les autres comme autant de clichés, le drame se déroule quasi sans surprises. Pire, la scène de la bijouterie est tellement inévitable qu’elle en devient est franchement exaspérante.

Autre cause d’agacement, on ne saura presque rien de l’enfance de ces deux adoptées, de leurs parents, de leur éducation, de ce qui les a construites et de ce qui a bien pu les conduire à suivre des chemins si radicalement différents.

Dans cette trame vraiment trop classique, les acteurs sont tous épatants  :  Sally Hawkins (déjà en 2007 dans le Rêve de Cassandre du même Woody Allen, bientôt dans The Last Days on Mars) qui incarne une Ginger touchante dans le rôle de la soeur qui peine à admettre sa personnalité face à sa brillantissime contrepartie ; le toujours sexy Alec Baldwin (Rock For Ever, To Rome With Love), le mari trop idéal pour être vrai ; Peter Sarsgaard (Une Education, The Killing saison 3), l’amant de la dernière chance. On retrouve avec plaisir Alden Ehrenreich (Tetro, Beautiful Creatures) en beau-fils si blessé qu’il ne peut pardonner

A admirer surtout pour l’impressionnante Cate Blanchett, tour à tour insupportable, touchante, condescendante, odieuse, séductrice, émouvante, cynique, meurtrie, abjecte, perdue. L’Australienne s’approprie tous les registres avec une aisance déconcertante. En vérité, le film repose entièrement sur son impeccable prestation et vaut absolument d’être vu pour elle.

Laurence

Quand Woody Allen sort de son registre de prédilection, la comédie, il prend toujours un risque. Avec Match Point, il avait relevé le défi avec brio, réalisant un thriller noir dont la fin glace encore le coeur des spectateurs, guère habitués à autant de cruauté chez le cinéaste. La mécanique était déjà un peu plus bancale dans le Rêve de Cassandre. La cuvée 2013, Blue Jasmine, joue dans la cour du drame. Il y dresse le portrait au vitriol de deux soeurs : Jasmine (Cate Blanchett), la blonde épouse d’un riche new-yorkais, versus Ginger (Sally Hawkins), la brune caissière de San Francisco.

Visiblement Woody semble s’être lassé de la vie à la new-yorkaise et de ces mondanités superficielles, puisque le personnage de Cate Blanchett ne sera pas épargné une seconde pendant tout le long métrage. Snob, menteuse et sous Xanax… elle n’a rien pour se racheter à part ses fringues de luxe. Mais bizarrement, personne ne semble se rendre compte qu’elle perd complètement le sens des réalités. Du coup, la morale finale gentillette sur le vrai sens de la vie ne nous convient qu’à moitié. C’est pas grave, on attendra le prochain !

Marianne

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