Critique : Cartel, de Ridley Scott

Au préalable, je voudrais commencer par une mise en garde, chers lecteurs. Je vous recommande de ne lire cette critique qu’après avoir vu le film. Non pas que j’y révèle des moments cruciaux de l’intrigue mais Cartel fait partie de ces films dont il vaut mieux ne rien savoir pour en apprécier pleinement l’expérience. Vous voilà prévenus.

Après son retour mitigé à la science-fiction (Prometheus), Ridley Scott avait besoin d’un projet fort. Il a opté pour un thriller sombre et violent signé Cormac McCarthy. Soit rien de moins que l’auteur de la Route et de No Country for Old Men. Cartel (The Councelor, le titre original, est beaucoup plus pertinent) nous plonge dans le monde sans pitié du trafic de drogue dirigé par le cartel mexicain. Michael Fassbender y incarne un avocat naïf (ou arrogant ?), amoureux et âpre au gain qui se retrouve embarqué dans un pétrin mafieux.

Vous pensez savoir ce qui va se passer ? Vous avez tort ! Car l’une des forces de ce long métrage est de refuser totalement les codes du suspense. Les tenants et les aboutissants de toute cette affaire ne nous seront jamais révélés. De quel trafic s’agit-il exactement ? Quel sont les « métiers » du personnage de Javier Bardem et celui de Brad Pitt ? Même le nom du fameux councelor restera un mystère. C’est donc, comme dirait Fox Mulder, que la vérité est ailleurs.

La vérité, c’est de nous présenter un monde implacable où aucune lueur d’espoir n’est permise. A la frontière mexicaine, il existe une zone de non-droit où la vie n’a aucune valeur. Dans cet univers, les personnages ne sont que des pantins pris dans cet engrenage. Entre ses scènes ultra-sanglantes (franchement je regrette le temps où le contre-champ suffisait à vous pétrifier d’horreur), son esthétique léchée mais glaçante et ses discussions qui ne tournent qu’autour du sexe et du sang, Cartel n’épargne jamais le spectateur.

Cette approche radicale a le mérite d’être inattendue, voire dérangeante. Malheureusement, McCarthy a également écrit des dialogues philosophico-fumeux qui finissent par agacer. D’abord parce qu’ils sont souvent trop didactiques (autrement dit, ils annoncent systématiquement ce qui va suivre…) et surtout car certaines de ces répliques frôlent la caricature (un baron du cartel qui épilogue sur le sens de la vie, really ? ). Moralité, les métaphores littéraires ne font pas forcément de bonnes métaphores filmiques. Même quand elles sont personnifiées par un casting quatre étoiles. Michael Fassbender et Brad Pitt en tête. Le premier pour sa dévotion physique et le second pour sa sobriété de cow-boy. Du côté des filles, Penélope Cruz est sous-exploitée quand Cameron Diaz, débarrassée de ses tics horripilants, signe sa meilleure prestation depuis Gangs of New York.

Décidément, Cartel ne fait vraiment rien comme les autres.

Marianne

Décidément, la frontière entre les USA et le Mexique n’en finit pas de fasciner les cinéastes. Après Machete Kills, après Shérif Jackson, après les séries Sons of Anarchy et The Bridge, Cartel explore les monstrueux trafics qui grouillent dans le désert pour mieux révéler les abîmes de l’âme humaine.

Avant tout, Cartel rappelle furieusement No Country for Old Men. Egalement écrit par l’écrivain américain Cormac McCarthy (le Faulkner de notre époque), on y retrouve la même thématique, celle de l’avidité qui piège le héros. S’approprier de l’argent sale dans ce désert ne peut connaître que deux issues : au mieux la mort, au pire le désespoir. Violent, cruel, impitoyable mais démonstratif, Cartel est en revanche beaucoup plus bavard que l’opus de frères Coen. On pourra du reste estimer que l’énigmatique tueur de No Contry For Old Men était bien plus efficace que les dialogues sans fin de Cartel. Mais on pourra également juger que ces dialogues ne prennent leur poids véritable qu’une fois la tragédie jouée. Et que c’est seulement en la revoyant se nouer et se dénouer qu’on en savourera toutes les nuances ironiques. L’ombre de l’implacable Cogan : Killing Them Softly d’Andrew Dominik ne rôde pas très loin non plus.

C’est peut-être cet aspect métaphysique qui a su séduire Brad Pitt et Javier Bardem (tous deux excellents, il va sans dire), et les ont décidés à jouer dans le long métrage de Ridley Scott après avoir incarné des tueurs l’un dans Cogan, l’autre dans le film des frères Coen. Les acteurs les plus étonnants de Cartel ? Cameron Diaz, en prédatrice impériale, et Michael Fassbender, dont le personnage joue d’une palette d’émotions aux antipodes de celles du cyborg de Prometheus.

Laurence

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