Critique : Chappie, de Neil Blomkamp

Avec District 9, le réalisateur sud-africain avait marqué durablement les esprits. Parce qu’il y maniait avec talent la satire sociale et politique dans un univers de science-fiction tout sauf aseptisé. Malheureusement, Elysium, son second long métrage, nous avait fait l’effet d’un pétard mouillé. Un budget conséquent et une star confirmée (Matt Damon) avaient certes permis à Blomkamp de retravailler son esthétique mais le scénario se contentait hélas d’aligner les lieux communs et les archétypes. Bilan : Lost in Universes a trouvé le temps très long… Chappie se devait de redresser la barre.

Bonne nouvelle, Chappie a sans contexte beaucoup plus de caractère. Comme District 9, il s’inspire d’un court métrage (Tempbot) réalisé il y a quelques années par Blomkamp. Les meilleures idées ne meurent jamais… Bienvenue dans un Johannesburg futuriste dans lequel les robots policiers se chargent de maintenir l’ordre. Dans cet univers chaotique, dont Blomkamp a fait sa marque de fabrique, un ingénieur travaille en secret sur un programme de réalité artificielle. Chappie sera malgré lui le premier robot issu de cette nouvelle génération. Evidemment, rien ne va se passer comme prévu.

Chappie est un robot d’un nouveau genre qui a besoin d’apprendre comme un enfant. Ce parti pris permet à Blomkamp de réaliser des séquences poétiques d’une simplicité craquante. Les scènes entre Chappie et ses parents humains sont le cœur « marshmallow » du long métrage. Mais le cinéaste semble avoir la bougeotte. Il enchaîne les changements de registres comme dans un clip de R&B un peu grossier. La poésie fait soudain place à un ton burlesque puis gore, laissant le spectateur un peu perdu.

On se doute que ce mauvais goût est totalement revendiqué. Il n’y a qu’à voir le look d’Hugh Jackman (X-Men, Prisoners), transformé en Chuck Noris des années 90, pour en être persuadé. Mais il faut également rajouter à cette grande roue émotionnelle, un vrai manque de subtilité dans l’écriture des personnages. Hugh Jackman, toujours lui, campe un méchant vraiment trop monolithique pour apporter quelque chose à cette histoire. Les autres protagonistes sont touchants mais traités de manière trop superficielle (à l’exception de Yo-landi). Paradoxalement, Chappie est le personnage le plus humain de cette tribu bancale !

Malgré ces approximations, Blomkamp explore une fois de plus sa thématique préférée : la mutation du corps humain. Et cette fois-ci, la transformation n’est pas vue comme une maladie mais plutôt comme une bénédiction. C’est grâce à ce fil conducteur, et ses quelques scènes oniriques, que Chappie reste un objet filmique recommandable. Mais si la prochaine fois, le scénario pouvait être plus conséquent, on aurait rien contre !

Marianne

Photo : © Sony Pictures Releasing France

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