Critique : Coldwater, de Vincent Grashaw

Vincent Grashaw a tout compris au cinéma. D’abord produire un long métrage indépendant, Bellflower, qui a fait le buzz dans les festivals. Puis réaliser un premier long métrage qui frappe fort. Dans tous les sens du terme.

Cette histoire d’un jeune délinquant envoyé contre son gré dans un centre de redressement privé fait froid dans le dos. Quelques images sont difficiles à supporter, mais Vincent Grashaw n’est jamais dans la surenchère. Il préfère miser sur l’ambiance et les non-dits.

Côté réalisation, Grashaw se démarque un peu du style indé chic qui a fait les beaux jours du genre ces dernières années. Ici pas de naturalisme forcé ou de jeunes acteurs languissants, le cinéaste pose sa caméra de manière incisive, en s’attardant sur certains détails comme pour mieux détourner notre attention de l’action.

Une mise en scène qui trouve un écho dans une narration maligne, faite de flash-backs. Elle correspond plus à la construction d’une intrigue policière qu’à celle d’un drame. On peut presque parler d’un thriller à rebours. Vers la moitié du film, le spectateur peut se demander où cette histoire va finir par le mener, jusqu’à la révélation finale où tout prend vraiment un sens.

P.J. Boudousqué  qui joue le personnage principal est sans contexte la révélation de cet été 2014. Il est une sorte de version jeune de Ryan Gosling, ou plutôt de son personnage de Drive. Il affiche la même détermination et le même charme taiseux.

En toile de fond, Coldwater dresse le portrait d’une Amérique réactionnaire, qui tremble devant un bout de sein aperçu à la télévision mais qui n’hésite pas à envoyer ses enfants dans des camps de redressement privés. Une Amérique qui préfère le self-made-men à l’omnipotence d’un État de droit. Malgré les dérives… On se demande ce qui peut pousser des parents sains d’esprit à enfermer leurs enfants dans de telles institutions. Le désespoir sans doute. On espère qu’après avoir vu Coldwater, ils y réfléchiront à deux fois.

Certes Coldwater n’est pas un film parfait, il est plein de ces petites maladresses dont les premiers films sont souvent les victimes. Mais longtemps après sa vision, il marque encore les esprits, preuve que ce jeune cinéaste a de l’avenir. Une belle promesse en somme.

Marianne


Photo : ©KMBO

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