Critique : Crimson Peak, de Guillermo del Toro

Bouh ! Guillermo del Toro nous refait le coup de la maison hantée. Si le cinéaste mexicain a déjà à son actif un bestiaire fantastique assez impressionnant (les vers de Mimics, les vampires de Blade 2, les  monstres du Labyrinthe de Pan et les créatures mécaniques de Pacific Rim), il n’avait exploré les fantômes qu’une seule fois avec le très tourmenté L’Échine du diable. Sauf que Crimson Peak n’est pas un film d’horreur au sens moderne du terme.

Hommage. Le long métrage, dont l’action se situe au XVIIIe siècle, emprunte plutôt son esthétique à la littérature fantastique gothique de l’Angleterre victorienne et au film d’épouvante des années 40 à 60. Si on fait abstraction des spectres, les principales références de Crimson Peak pourraient bien être Rebecca d’Alfred Hitchcock et La Maison du Diable de Robert Wise. D’ailleurs l’héroïne (Mia Wasikowska, Maps to the stars, Stocker…) est elle-même une écrivaine en herbe amatrice d’histoires fantastiques.

Fantôme vous avez dit fantôme ? Ici pas de jeune fille chevelue qui sort d’une télévision ou d’ectoplasme enfermé derrière un miroir, les fantômes de del Toro ne sont pas là pour faire du mal aux vivants mais plutôt pour les prévenir d’un danger. Ils n’en sont pas moins effrayants, mais dans le sens classique du terme. Chacune des apparitions spectrales est traitée avec le plus grand soin par le cinéaste qui se régale de claquements de portes, de baignoires ensanglantées et de grognements lugubres. Les ectoplasmes de Guillermo semblent appartenir à une tradition gothique jugée, sans doute, un peu dépassée pour les spectateurs d’aujourd’hui (hélas car à Lost in Universes, on pense que le charme du romantisme vaut mille scènes gore…) Mais rassurez-vous, le film compte son lot de scènes violentes et sanglantes… c’est juste que les fantômes n’y sont pour rien !

Barbe Bleue. Si la qualité créative de ce décorum est indéniable (cette maison qui saigne entre sans problème dans mon palmarès des plus belles maisons hantées), question dramaturgie Crimson Peak se révèle un peu plus déceptif. Le cinéaste nous livre une nouvelle version de Barbe Bleue ou de La Belle et la Bête. Car finalement, les vrais monstres de cette histoire n’ont rien de surnaturels, ils sont simplement de chair et de sang. Avec un penchant certain pour la perversité…

Marianne

Le film en bref : Un film d’épouvante comme on en fait plus porté par une esthétique délicieusement gothique. Domage que cette créativité esthétique n’est pas déteint un peu plus sur les rebondissements du scénario.

Photo : © Universal Pictures International France

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