Critique : Dans l’ombre de Mary Poppins : la promesse de Walt Disney, de John Lee Hancock

Saviez-vous que le chef-d’oeuvre de toute une génération, Mary Poppins, avait mis plus de vingt ans à voir le jour ? En cause, les réticences de son auteure, P.L. Travers, a céder les droits d’adaptation à l’oncle Walt. En coulisses, les deux se sont même livrés à une guerre des nerfs acharnée. Avec cette histoire méconnue, John Lee Hancock (The Blind Side) nous offre un voyage fascinant dans les coulisses de la création. Croquis, partitions, chorégraphies… l’imaginaire du film prend forme sous nos yeux émerveillés.

Ne vous y trompez pas, le long métrage n’est pas un biopic du papa de Mickey. Bien que campé par un Tom Hanks (Cloud Atlas) débonnaire, Walt Disney conserve toute sa part d’ombre. C’est uniquement sa dimension de conteur obstiné qui est mise en avant. Il faut dire que si l’homme a bien donné sa patine colorée à Mary Poppins, l’essence du personnage appartient à P.L. Travers. Le spectateur navigue uniquement dans sa psyché tourmentée. Entre deux séances de travail compliquées viennent s’intercaler des séquences flash-back narrant l’enfance de l’écrivain. Peu à peu, les deux univers s’entrechoquent. Mary Poppins et les Banks trouvent leur origine dans ce passé tumultueux.

Emma Thompson (Sublimes Créatures) joue la lady anglaise acariâtre à la perfection. Aussi sarcastique qu’élégant, son personnage n’hésite pas à égratigner les valeurs traditionnelles de la firme aux grandes oreilles. Il faut l’entendre traiter le célèbre parc d’attraction « d’usine à fric » ou mépriser les dessins animés jugés trop mièvres. Un vrai régal pour les cyniques ! Paul Giamatti (Parkland, 12 Years A Slave), Colin Farrel (Dead Man Down et bientôt dans Un amour d’hiver) et Jason Schwartzman (The Grand Budapest Hotel) complètent la distribution. 

Au-delà de la satire sociale et de l’aspect créatif, le film confirme ce que l’on savait déjà. L’enfance est une période charnière qui façonne à jamais la destiné des individus. A la fois drôle et émouvant, Dans l’ombre de Mary Poppins : la promesse de Walt Disney est surtout une ode au pouvoir des conteurs. Ou pour reprendre les paroles de Monsieur Disney : à ces êtres capables de réparer la réalité pour la rendre plus belle. Personne n’a dit mieux depuis…

Le titre original Saving Mr Banks rendait un hommage juste à la poésie de l’oeuvre. Las ! Une fois de plus, le lyrisme a été sacrifié sur l’autel du marketing. P.L. Travers doit se retourner dans sa tombe !

Marianne

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