Critique : Dead Man Down, de Niels Arden Oplev

Envie d’un polar à l’ancienne ? Avec femme fatale à sauver, bad boy à aimer et malfrat à liquider ? Dead Man Down est le film qu’il vous faut. Cette histoire de vengeance située dans la pègre new-yorkaise emprunte néanmoins des thématiques contemporaines. Les criminels font main basse sur des biens immobiliers, les immigrés meurent dans l’indifférence et les conducteurs alcoolisés  provoquent de graves accidents… Dans ce monde chaotique, Béatrice et Victor vont se rencontrer.

Ces deux-êtres à la dérive, rongés par leurs propres démons, incarnent l’âme de ce long métrage. Piégés dans leur soif respective de vengeance, ils semblent avoir oublié tout sens de la réalité. Les scènes entre les deux personnages résonnent comme des moments suspendus où les regards en disent plus que de longs discours. Noomie Rapace, sensible, (Passion) et Colin Farrell, intense, (7 Psychopathes) composent ce couple bancal avec finesse.

En dehors de cette parenthèse enchantée, le monde extérieur n’est que ténèbres ou presque. Niels Arden Oplev filme un New York volontairement sombre, comme si la lumière n’avait plus droit de cité. Sur la trilogie Millenium, le cinéaste était apparu comme scolaire et un peu trop discipliné. Avec Dead Man Down, il n’hésite pas à sortir du cadre protocolaire. Les scènes d’action flirtent par moments avec du Hitchcock ou de de Palma. Jeu de miroirs, regards croisés, personnages épiés, il place les apparences au centre de son récit et de sa mise en scène.

Un puzzle cinématographique que les plus cyniques d’entre vous auront peut-être du mal à trouver crédible. Mais si comme moi, vous croyez dans le pouvoir de la rédemption, ce film de genre sans prétention réussit l’exploit de vous entraîner dans son sillage, avec un certain talent.

Marianne

Décidément, Colin Farrell n’est jamais aussi bon que dans des « petits » rôles. Après un décevant Total Recall, il retrouve toute la mesure de son talent dans 7 Psychopathes et dans ce Dead Man Down. Si l’on y regarde de près, ce polar est surtout et d’abord une histoire d’amour et de rédemption, interprétations dans lesquels l’Irlandais excelle. Il suffit de se souvenir d’Ondine ou de London Boulevard. Noomi Rapace se révèle une partenaire à la hauteur de sa fragilité vengeresse. Même Isabelle Huppert trouve sa juste place dans cet immeuble glaçant.

Le récit de ces vies explosées par l’égoïsme et la violence est servi par un scénario qui ne tombe jamais dans le sordide ou le larmoyant. Une photographie souvent en clair-obscur accompagne et souligne leurs visages et leurs corps abîmés par la douleur de la perte.

Seul vrai reproche : un certain manque de suspens, même si l’on ne voit pas bien comment les deux amoureux pourraient ne pas être broyés par une adversité trop forte ou comment l’histoire pourrait finir heureusement. L’intrigue est trop prévisible, la tension s’en ressent, et le spectateur ne tremble pas vraiment. Un certain cynisme humoristique bienvenu parvient la plupart du temps à faire oublier ce défaut.

Laurence

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