Critique : Demolition, de Jean-Marc Vallée

Après Dallas Buyers Club, brûlot anti-système et ode à la rage de vivre, Jean-Marc Vallée explore les conséquences d’un deuil sur un jeune cadre dynamique. Les premières minutes du film seront les dernières de son épouse. L’onde de choc vient de commencer.

Et après ? Que se passe-t-il quand on a perdu un être cher ? Qu’est-ce qu’on est censé ressentir ? Pour Davis, le constat est étrange. Il ne ressent ni peine, ni douleur, juste un immense néant. Il décide alors de suivre à la lettre le conseil de son beau-père : pour réparer le cœur d’un homme, il faut tout démonter, tout examiner pour tout reconstruire.

Chute libre. Davis décide alors de déconstruire (littéralement) son mariage, en détruisant méthodiquement sa maison. Mais surtout en faisant tout ce que la morale, la société et le monde moderne considère comme répréhensible. Dans ses prémisses, Demolition renvoie à une version soft de Chute Libre de Joel Schumacher. Mais en réalité le processus est complètement différent, car très vite on comprend que Davis ne cherche pas à se détruire mais il est plutôt en quête de son identité. Il se débarrasse d’une certaine forme d’aliénation de la société (quitte à prendre des risques) pour mieux être lui-même. Une leçon qu’il va apprendre en même temps à un jeune adolescent rebelle (le jeune Judah Lewis).

Fantôme et psychanalyse. Pour rendre compte de cette déshérence, Jean-Marc Vallée utilise quelques jolies idées de mise en scène, comme les apparitions fantomatiques de la femme de Davis. Du côté du scénario, la vraie bonne idée réside dans ces lettres que Davis écrit à un service après-vente d’une compagnie de distributeur de friandises. Elles deviennent une sorte de catharsis psychanalytique dans lesquelles il commence à être honnête avec lui-même.

Entraves. Du côté des émotions, Demolition se montre par contre un peu maladroit notamment dans sa dernière partie. Alors que durant tout le long métrage on assiste à un numéro d’équilibriste sur un fil suspendu dans le vide, la fin tente de précipiter les choses. Ce n’était pas la peine de surligner, au contraire le spectateur n’a qu’une seule envie : être libre de toute entraves comme Davis.  Surtout que Jake Gyllenhaal (Night Call, Everest) est captivant de début à la fin, il dégage un mélange de force et de fragilité qui rende son personnage terriblement émouvant.

Marianne

Le film en bref : Au travers de sa thématique du deuil, Demolition est une ode à la quête d’identité et une critique des normes imposées par nos sociétés modernes qui nous emprisonnent. Jake Gyllenhaal y est magistral.

Photo : ©Fox Searchlight

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