Critique : Dogman, de Matteo Garrone

Il suffit parfois d’une simple scène d’ouverture pour résumer toute la beauté d’un personnage. Dans Dogman, Matteo Garrone a choisi de filmer Marcello, frêle toiletteur pour chiens, face à un spécimen en apparence féroce . Mais à force de bienveillance, de douceur et de mots d’amour, il parviendra à venir à bout de la ferveur du molosse. Perdu dans une station balnéaire désaffecté quelque part en Italie, ce petit bonhomme est un roi au pays des canidés. Malheureusement, face aux énergumènes de son espèce, le gentil Marcello doit se plier à la loi du plus fort. Mais pour combien de temps ?

Puissance du décor. Dogman fait un constat sordide et froid. Il nous montre comment un homme gentil, passionné de chiens et père attentionné, va se transformer en monstre pathétique.  Garrone s’y connaît bien en monstres de tous poils. Après les créatures étranges de Tale of tales et les grotesques figures de Reality, il s’éloigne du surréalisme pour revenir à une sorte de réalisme social théâtral. Ici le décor désenchanté d’un no man’s land transalpin va servir de toile de fond au drame qui se prépare. Les manèges sont rouillés et l’été semble finit depuis bien longtemps pour ces laissés pour compte du bitume. Le choix des comédiens, peu connus mais dont les gueules étranges renvoient au cinéma italien des années 60 n’est sans doute pas étranger au malaise que ressent le spectateur.

Métaphore canine. Toute la subtilité de la mise en scène de Matteo Garrone réside dans l’utilisation intelligente de la race canine dans le film. Les animaux servent constamment de contrepoint dans les séquences où ils apparaissent. Que ce soit pour souligner la délicatesse de Marcello (qui fait les ongles à un dogue argentin) ou au contraire l’horreur de la situation (plutôt que de montrer une scène violente ce sont les yeux des chiens qui sont filmés), les canidés servent de miroir au cinéaste. Cette poésie filmique donne une puissance supplémentaire aux images.

Virilité mal assumée. La violence est constante dans Dogman, dans les mots, dans les sous-entendus, dans la peur sous-jacente de Marcello et surtout dans la figure bouffie de Simone. Ce colosse sans cervelle qui ne connaît que la force de ses poings pour se faire respecter passera en quelques secondes de bourreau à victime. Il est l’incarnation d’une certaine forme de virilité mal dégrossie qui n’en finit plus de rendre malade le monde. Marcello n’en ait qu’une victime supplémentaire rongé par son propre désir de vengeance.

Marianne

Le film en bref : Cette chronique sociétale italienne filmée à hauteur de chien dresse un portrait désabusé sur le monde contemporain et les hommes qui le peuplent. Etrange, poétique et violent… tout ce que l’on aime du cinéma de Garrone.

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