Critique : Don Jon, de Joseph Gordon-Lewitt

Cette comédie dramatique est arrivée en forme de cadeau surprise de fin d’année. Un peu comme Happiness Therapy avait enchanté le début de 2013, Don Jon sait habilement retenir son public. Qui au tout début du film se demande un peu dans quel genre d’univers foutraque il est tombé, et à mille lieues de l’image plutôt classieuse et raffinée qu’offre habituellement Joseph Gordon-Lewitt (Inception, Looper, Lincoln).

L’acteur incarne en effet ici lui-même le rôle qu’il a imaginé : un descendant d’immigré italien qui se veut macho en passant ses soirées en boîte à noter et draguer les filles. Beau gosse il les ramène chez lui pour la nuit. Mais ces coups d’un soir ne le satisfont pas autant que son obsession… les vidéos pornos. C’est tout à l’honneur de Joseph Gordon-Lewitt de ne pas tergiverser ou de vouloir traiter le propos sans l’aborder vraiment. Son héros fait part de son passe-temps sans fard. Et s’il est cru, il réussit simultanément à ne jamais être vulgaire.

Le film prend vite la forme d’un nouveau Jour sans fin où Don Jon, comme tout un chacun, est pris dans une routine en forme de machine infernale : famille, église, copains, filles, porno. Classiquement, grâce à des rencontres féminines, sa vie change doucement mais sûrement.

L’acteur metteur en scène joue impeccablement, à l’équilibre parfois de la caricature. La plus étonnante est Scarlett Johansson (The Avengers, Hitchcock) dans un rôle de composition dont on ne l’aurait pas forcément crue capable. Et le plus inattendu est Channing Tatum (White House Down) qui décidément semble avoir un faible pour les caméos (C’est la fin).

Dans une interview de novembre 2013 pour The Guardian, Joseph Gordon-Levitt avait expliqué sa conception du concept du « true love »  : « if you think about true love as something that you’re after, that you can have, you’re missing it »(« Si vous pensez à l’amour vrai comme à une chose après laquelle vous courrez, comme à une chose que vous pouvez posséder, vous êtes à côté de la plaque. »)

Son film en est la parfaite démonstration.

Laurence

Avec Don Jon, le touche-à-tout charmeur Joseph Gordon-Lewitt signe un film qui a du caractère. Sous ses apparences de comédie masculine « burnée », il réalise surtout une comédie romantique à rebours.

Au commencement était le porno et les filles faciles. Un jour, le beau gosse standardisé rencontre la belle plante romantique. Quelques stéréotypes plus tard (le garçon est narcissique et la fille légèrement vulgaire), la réalité s’invitera dans ce tableau trop parfait. Le néo-cinéaste s’amuse à prendre le contrepied de ce que le spectateur lambda attend. Malin même si cette tactique ne marche pas jusqu’au bout.

Le décorum de Don Jon est à mon sens plus intéressant que sa thématique « érotico-romantique ». La représentation du quotidien faite de dîners familiaux, de séances de confesse, de levers d’haltères et de ménage intensif rythme son long-métrage comme un métronome. Comme si le cinéaste tentait de capter l’essence quotidienne de son personnage. Et toujours avec le cadrage approprié.

Puis, il joue la carte de la mise en abyme, avec le film dans le film qui se moque de la vision rose bonbon hollywodienne des histoires d’amour. Pour l’occasion, il a réussit à convaincre Anne Hathaway (Les Misérables) et Channing Tatum (Effets secondaires).

C’est sans doute dans sa description de la famille que Gordon-Lewitt réalise les meilleures scènes du film. Cette vision en mode sitcom de la famille italienne contemporaine est tout simplement à mourir de rire. Brie Larson (nouvelle idole d’Hollywood, prochainement dans The Spectacular Now et State of Grace) se distingue dans le rôle quasi muet de la soeur en apparence insipide.

Pour un premier essai, c’est vraiment pas si mal. A Lost in Universes, c’est sûr, on sera dans la salle pour son prochain film, à savoir l’adaptation du comics Sandman.

Marianne

 

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