Critique : Enemy, de Denis Villeneuve

ENEMY © capelight pictures

Enemy fait partie de ces films dont la plupart des gens quittent la salle en secouant la tête et en soupirant : C’est quoi ce délire ? Sur Internet, vous pourrez sans doute trouver une centaine de théories, des plus intéressantes aux plus fumeuses, sur le sens profond de ce long métrage. Mais à Lost in Universes, on pense que la quête absolue du sens n’est pas forcément la priorité.

Il faut plutôt vivre Enemy comme un de ces casse-têtes chinois dont l’apparence mystérieuse a plus d’attrait que la résolution de l’énigme. Si avec Prisoners* Dennis Villeneuve s’était aventuré du côté du Seven de David Fincher ou des polars à la Denis Lehane, ici le cinéaste à des influences plus métaphysiques. On pense à Kafka, à Dostoïevski ou encore à Stanley Kubrick. La première séquence aussi étrange que mystique n’est pas sans rappeler l’ambiance irréelle qui régnait dans Eyes Wide Shut. Et bien sûr, les deux femmes du film, blondes et fatales, n’auraient pas déplus à un certain Hitchcock.

Cette histoire de timide professeur qui se rend compte qu’il a pour double un acteur extraverti plonge les spectateurs dans une dimension que le cinéma aime explorer : à la frontière entre la réalité et le cauchemar. Le cinéaste aime tendre des pièges, à ses personnages comme au spectateur. L’univers urbain qu’il dépeint apparaît comme sans âme, désenchanté et en même temps il contrebalance cette impression de froideur en filmant certaines séquences avec un film jaune qui réchauffe l’image. Intéressant comme parti pris puisque cela renforce l’ambiance inquiétante.

Jake Gyllenhaal, qui a le don d’ubiquité dans ce film, livre une prestation troublante à souhait. Et ces deux acolytes féminines (Mélanie Laurent et Sarah Gadon vu dans Maps to the Stars) sont le parfait contrepoids. Car au-delà des inévitables questions autour de la folie et de la schizophrénie, le film soulève la question des rapports homme/femme avec malice.

La fin aussi effrayante qu’inattendue devrait laisser plus d’un spectateur perplexe. Vous devrez vous contenter des indices symboliques du long métrage pour essayer de remettre les pièces du puzzle en place. Bonne chance.

Marianne

* En réalité, Enemy a été tourné avant Prisoners.

Photo : © capelight pictures

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