Critique : Galveston, de Mélanie Laurent

Le Sud américain. Ses gangsters redneck ultraviolents. Ses maisons isolées au milieu de nulle part.  Ses filles paumées qui ont fait les mauvais choix… Il y a dans Galveston, polar écrit par Nic Pizzollato (scénariste de True Detective) une certaine idée de l’Amérique profonde. Celle des motels sordides. Celle des oubliés du rêve américain. Mélanie Laurent s’empare avec élégance de cette représentation quasi fantasmatique. Le résultat est un thriller âpre et sensible dans un décor saisissant.

Polar incisif. Ce n’est plus à démontrer. Nic Pizzolatto connaît parfaitement la recette pour créer des ambiances autant poisseuses qu’envoûtantes. Il ne faut pas longtemps à la cinéaste Mélanie Laurent pour poser ses jalons, en accord avec cet univers. Elle mêle violence et intensité dans une séquence brutale et filmée presque comme dans un cauchemar. Sans doute pour épargner aux spectateurs les conséquences trop sanglantes de ce déchaînement radical.

Effets de lumière. Puis le polar nerveux se transforme en road movie éthéré. En cause, deux personnages bigger than life dont la route va se croiser dans des circonstances inattendues.  Roy (incarné par le bluffant Ben Foster) truand meurtri en sursis et Roxie (gracieuse Elle Fanning), jeune femme survivante qui vend son corps à ses heures perdues. Pour raconter leur histoire, la cinéaste a affûté sa palette lumineuse. Écrasés par des néons jaunâtres, illuminés par un soleil couchant ou éclairés par des rayons de lune, plusieurs de ses plans sont à couper le souffle. Elle les glisse entre deux séquences plus ordinaires, comme des souffles d’air dans la tension dramatique.

Virilité. La beauté formelle de Galveston n’est pas ostentatoire. La cinégénie se fait presque pudique, à l’image du lien qui se tisse entre les deux personnages principaux. Et surtout elle s’accompagne d’un très beau message sur la conception du mâle Alpha. Le même que défendait Lynne Ramsay dans le sublime A Beautiful day. L’homme, héros contemporain, ne doit pas être réduit à son seul rôle de sauveur de demoiselles en détresse. Au contraire, contre toute attente, c’est peut être bien les femmes qui vont sauver les hommes. 

Marianne

Le film en bref : Quand la réalisatrice Mélanie Laurent s’allie avec le scénariste de True Detective, cela donne un thriller tout en nuances qui résonne comme ces grandes épopées littéraires mythiques du sud américain. Habitée par une lumière hypnotique et deux acteurs attachants, Galveston est empreint d’une morale aussi moderne que poétique.

Photo : © The Jokers

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