Critique : Ginger et Rosa, de Sally Potter

Film délicat sur l’adolescence, Ginger et Rosa subjugue par le talent de ses acteurs et par la subtilité de son scénario, le tout sur fond de lutte contre la Guerre froide.

Car comment grandir dans un monde saturé par la peur d’être anéanti d’une heure à l’autre par les bombardements que les Russes et les Américains promettent à longueur de journée ? Ginger tout en écrivant de la poésie veut s’engager dans un combat de plus en plus radical quand sa meilleure amie Rosa l’entraîne à l’église pour prier. Elle Fanning (Twixt, Super 8), toujours délicate et vive comme un faon, incarne à la perfection cette jeune militante dont la révolte tourne à l’obsession tandis que Alice Englert (Sublimes Créatures) joue avec maturité Rosa qui, plus délurée, se lance tête baissée dans une histoire d’amour passionnée. Des premières découvertes aussi légères que les cigarettes et les garçons jusqu’au drame final qui se noue lentement mais sûrement, l’amitié des deux jeunes filles est mise à rude épreuve. D’autant que Ginger est déchirée entre son père (Alessandro Nivola, Coco avant Chanel), également militant convaincu jusqu’au fanatisme, et sa mère (Christina Hendricks, Mad Men, Drive, actuellement en tournage sur le film de Ryan Gosling How to Catch a Monster), toujours triste de ne pas être aimée et d’avoir renoncé à la peinture.

Le film est tourné de façon étonnante, toujours en mouvement, avec des gros plans sur les visages qui contraignent presque le spectateur à être en empathie avec les personnages. Le tout est parfaitement mis en valeur grâce à une très belle photographie de Robbie Ryan et à un travail remarquable sur les décors, les vêtements et les couleurs.

Ginger et Rosa est à voir de toute urgence avant qu’il ne disparaisse des écrans.

Laurence

Avec Ginger et Rosa, la cinéaste britannique Sally Potter (The man who cried) nous mène sur les rives mouvementées de l’adolescence. Elle se concentre plus particulièrement sur les liens inaltérables, en apparence, qui unissent deux jeunes filles nées le même jour dans le Londres des années 60.

Alors que la planète tremble sous la menace de l’éradication atomique, les deux adolescentes s’enivrent de découvertes et d’expériences. A l’écran, ces micro-scènes s’enchaînent rapidement, en gros plan, comme des polaroïds fanés d’une époque désormais révolue. Le drame s’immisce en un battement de paupières, quand Rosa se laisse observer dans le rétroviseur d’une voiture…

Portée par une Elle Faning envoûtante en poétesse meurtrie, Ginger et Rosa séduit dans sa vision bilatérale qui met en parallèle la destruction de la cellule familiale avec l’angoisse de la fin du monde. Malgré de belles pages musicales (toujours introduites par un tourne-disque ou un jukebox), le film se veut moins le portrait d’une génération et d’une époque que celui d’une adolescente en crise. Le titre est d’ailleurs trompeur puisque le long métrage se focalise sur le point de vue de Ginger, quand Rosa (Alice Englert, un peu évanescente) se contente de nous offrir ses moues boudeuses et son regard de braise.

La pénombre omniprésente bien qu’élégante alourdit un peu le propos. Sans doute la cinéaste aurait gagné à introduire un peu plus de légèreté formelle à cette histoire qui ne manque ni de lyrisme ni de charme et qui pose une vraie question sur le sens du mot liberté.

Marianne

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