Critique : Good Kill, d’Andrew Niccol

Comment traduire en français Good Kill ? Une bonne tuerie ? Un bon meurtre ? C’est impossible, aucune personne sensée ne peut utiliser cette expression ! D’ailleurs dans le film, les professionnels ont traduit par En plein dans le mille. Mais honnêtement cela ne rend pas justice à la duplicité de cette expression utilisée par l’armée américaine.

Tommy (Ethan Hawke, Boyhood) est pilote de drone. Son travail consiste à faire la guerre en Afghanistan, installé tranquillement derrière un ordinateur dans une base de Las Vegas. On lui indique les cibles à abattre. Il suit les ordres. Et après, il rentre tranquillement auprès de sa femme et de ses enfants. Mais peut-il vraiment faire comme si de rien n’était ?

Andrew Niccol aime plus que tout explorer les failles des nouvelles technologies. Avec Bienvenue à Gattaca, il avait inventé un monde dans lequel la manipulation de l’ADN était devenue la norme. Dans Time Out, les hommes devaient travailler pour obtenir du temps supplémentaire de vie. Et même dans le très moyen Les Âmes vagabondes, des extraterrestres avaient trouvé le moyen de vivre dans notre enveloppe personnelle.

Mais dans Good Kill, la technologie dont il parle n’est pas de la science-fiction. Le film s’inspire de faits bien réels qui font froid dans le dos. Avec les drones, les Américains veulent donner l’illusion d’une guerre propre. La CIA brandit le bien commun (en l’occurrence la soi-disant protection des Américains) pour justifier la mort d’innocents. Facile à dire quand on est à des milliers de kilomètres du champs de bataille…

Volontairement introspectif et clinique, le long métrage est à des années-lumière du cynique et spectaculaire Lord of War qui dénonçait déjà l’hypocrisie des professionnels de la guerre. Vu la thématique, on comprend ce parti pris mais le scénario prend par moments trop de détours pour arriver à ses fins. Sa relation avec sa femme (January Jones, Shérif Jackson) et ses collègues ne sort jamais du cadre attendu.

Malgré ces quelques longueurs, Good Kill signe le retour en force du cinéaste néo-zélandais. Et après avoir vu ce long métrage, je vous promet que vous ne regarderez plus le ciel de la même façon.

Marianne


Photo : © La Belle Company

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *