Critique : Gravity, d’Alfonso Cuarón. Pour ou contre ?

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Quand un film débarque sur les écrans précédé d’une excellente réputation, il se doit d’assurer car le spectateur en attend monts et merveilles. Et Gravity croule littéralement sous les acclamations. Il a été dit qu’il y aurait un avant et un après Gravity. Que James Cameron himself est estomaqué. Même le public américain plébiscite cette aventure spatiale, c’est dire. Bref, en un mot comme en cent, Gravity est LE chef-d’œuvre. Forcément, dans ces conditions, on se précipite dans l’attente du choc intégral. Et, fatalement, la chute peut être brutale, la critique bien plus sévère qu’elle n’aurait été sans tout ce tapage médiatique. Alors, comment Gravity se sort-il de ce piège ?

Malheureusement, pas très bien. Bien sûr les effets spéciaux sont éblouissants de beauté. L’impression d’être dans l’espace est parfaite. La 3D impressionne par son réalisme. Le scénario réserve de jolis moments poétiques, émouvants et drôles, ce qui était une gageure. Quant aux acteurs, on ne peut rien leur reprocher : Sandra Bullock tient la route et George Clooney n’a rien perdu de son charme.

Mais une fois passé l’éblouissement initial, il reste un scénario qui flirte avec les limites du vraisemblable jusqu’à l’absurde et qui, au final, n’est rien d’autre qu’une version space opera du sempiternel « quand-on-veut-vraiment-survivre-on-y-parvient-quels-que-soient-les-obstacles-que-l’on-rencontre-et-cette-épreuve-permet-de-surmonter-les-terribles-chagrins-que-l’on-traîne-avec-soi-car-rien-ne-vaut-la-Vie ». A part ça, un vide intersidéral. Rien à voir avec un des précédents opus de Cuarón, l’excellent film d’anticipation les Fils de l’homme, ou même avec la fantaisie de son Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban. A croire que dès que les moyens financiers sont là, la densité scénaristique s’envole comme par enchantement. C’était déjà le cas il y a peu avec le décevant Elysium de Neil Blomkamp qui n’arrivait pas à la cheville du subversif District 9.

Attention spoiler ! A moins que ne m’échappe complètement le sens métaphysique de cette scène explicitement foetale, de ce retour sur une Terre presque aussi hostile que l’espace, de cette grenouille pleine d’élan vital, de cette sortie des eaux primordiales vers une boue primitive ? Mais… non. Simplement, Gravity se situe à des années-lumière du génial 2001 : l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick ou du sublime Solaris d’Andreï Tarkovski. Ou même de son remake par Steven Soderbergh dans lequel George Clooney enfilait déjà la combinaison spatiale.

Du coup on s’explique mal l’enthousiasme général. Certes on a l’impression « d’y être ». Mais on va au cinéma pour voir un film, pas pour se retrouver dans un simulateur, aussi formidable soit-il. Les effets spéciaux, c’est parfait pour épater la galerie, mais ça ne suffit pas pour produire un chef-d’oeuvre. Allez, James, remets-toi, y a pas vraiment de raisons d’être jaloux (même si – je voulais te le dire depuis longtemps, c’est l’occasion, j’en profite -, ton scénario d’Avatar aurait lui aussi sacrément gagné à être plus original).

Bon, c’est pas tout ça, il est temps de revenir aux choses sérieuses. Où j’ai bien pu ranger mon DVD de Starship Troopers, moi ?

Laurence

Les lois de l’apesanteur peuvent-elles redéfinir les codes du cinéma ? C’est ce que tente de démontrer Alfonso Cuarón avec son Gravity tant attendu. Rectification. Il ne tente pas, il le fait. A ce titre, Gravity n’est pas un film comme les autres. C’est une expérience. Sensible. Unique. Nouvelle.

Grâce à des moyens jamais employés auparavant, le cinéaste nous projette dans l’espace. Plus exactement dans le vide. C’est l’une des premières fois, depuis Avatar et Hugo Cabret, que la 3D dépasse son statut de simple « effet ». Elle devient une partie intégrante de la mise en scène. Autant que le son qui semble souvent sortir de nulle part. En un mot, le sentiment d’immersion est total.

Passant du plan large à la caméra subjective, du calme intersidéral à la pluie de débris… Cuarón est sur tous les fronts, obligeant le spectateur à naviguer entre ces changements de rythme. Rassurez-vous, il en maîtrise pleinement les règles car contrairement à un simulateur grandeur nature, Gravity ne perd jamais le regard du spectateur. (Mon oreille interne défaillante vous remercie Monsieur Cuarón !)

Devant tant de prouesses visuelles, difficile de rester de marbre. D’autant que cette technologie est mis au service d’une histoire. Une histoire de survie, simple mais essentielle. Pourquoi ? Elle replace tout simplement l’humain au centre de l’univers. Pour en mesurer pleinement le sens, il faut, à l’image du personnage principal, être capable de lâcher prise.

Comme 2001 : l’Odyssée de l’espace en son temps (auquel Cuarón rend hommage quand il filme Sandra Bullock en position fœtale), Gravity appréhende l’espace comme un décor mais aussi comme un sujet bien réel. Pas besoin d’y ajouter une menace alien pour être terrifié. Ce vide infini et glacé est suffisamment angoissant. Du coup, c’est tout notre rapport au monde qui est chamboulé. La Terre, à la fois si proche et si lointaine, devient le seul Eldorado. Existe-t-il une plus belle déclaration d’amour à notre planète ?

Mais ce n’est pas tout. Le film s’interroge également sur la notion de réalité. Le temps d’une scène très tarkovskienne entre Sandra Bullock (naturelle et combative) et George Clooney (charmeur et drôle), le cinéaste franchit les frontières du rêve et de la conscience, sans perdre le fil de son histoire. Le rapport au temps est une autre donnée essentielle du long métrage. L’urgence est palpable. Mais comment faire vite dans un endroit où la moindre erreur peut vous être fatale ?

Bref, Gravity c’est tout ça et même plus encore. Retenez simplement qu’on y entre avec le cœur battant et qu’on en ressort la tête dans les étoiles… sans avoir quitté son siège. 

Marianne

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