Critique : Hitchcock, de Sasha Gervas

Le film, qui retrace la création de Psychose, l’un des chefs-d’œuvre du maître du suspens, réussit à suivre quatre lignes narratives sans que le spectateur s’y perde. La vie du vrai tueur en série qui inspira le livre dont est tiré le film, l’histoire de la réalisation du film, les incertitudes du mariage d’Hitchcok avec Alma Reville, la vie plus secrète du réalisateur. L’ensemble est tressé suffisamment serré pour que l’on suive avec intérêt les problèmes financiers d’ « Hitch », ses démêlés avec la censure, ses relations à l’extrême limite de la perversion et du voyeurisme avec ses blondes actrices, ses doutes quant à son génie, ses incertitudes quant à la fidélité de son épouse…

Le film veut montrer l’envers du décor : le tyran derrière l’homme affable, la morale derrière le glamour des studios, la femme auteur derrière le génie, la terrible noirceur de la réalité derrière le chef-d’oeuvre. Mais la principale énigme : qu’est-ce qui, dans cette histoire, a hanté si fort Hitchcock qu’il ait pris tant de risques, reste en grande partie sans réponse. Si bien que le film, faute de prendre le risque de plonger dans les eaux noires des fantasmes du maître, reste une agréable comédie.

Laurence

 

Difficile pari que s’est lancé le réalisateur Sasha Gervas. Comment rentrer dans l’univers d’un des réalisateurs les plus respectés par les cinéphiles ? Et effectivement, Hitchcock, qui revient sur la genèse de Psychose, son chef-d’oeuvre, n’y parvient pas. La faute à un classicisme charmant mais sans âme, une construction narrative éparpillée, des rôles secondaires sans grande profondeur et des aléas conjugaux qui nous passionnent assez peu. Du côté de l’interprétation, si Scarlett Johansson et Helen Mirren  sont dans la retenue et la finesse, Anthony Hopkins se révèle un peu trop maniéré, même si cette impression se dilue au fur et à mesure du film.

Toutefois là où Gervas nous séduit, c’est dans son exploration des affres de la création, version Hitchcock. Obsessionnel, vivant des rêves éveillés, voyeur, toujours à la recherche de sa muse, chacune de ces saynètes donne un vrai sens au long métrage. Sans oublier, l’apothéose finale dans la salle de cinéma qui résonne comme une vraie mise en abyme sur le spectateur. Quel dommage que Gervas, à l’image d’Hitchcock avec Pyschose, n’est pas réussi à se réinventer !

Marianne

L’info en plus : Si vous êtes passionné par l’univers d’Alfred Hitchcock, sachez que la BBC a diffusé à la fin de l’année dernière un téléfilm intitulé The Girl. Cette création originale revenait sur une partie plus sombre de la vie du maître puisqu’elle évoquait sa relation tumultueuse avec  Tippi Hedren, l’héroïne des Oiseaux. En espérant pouvoir la découvrir bientôt en France.

Et dès le 18 mars, les Américains pourront replonger dans l’univers de Psychose grâce à la série Bates Motel qui reviendra sur les jeunes années de Norman Bates. Un peu réticente à l’annonce de ce projet, j’ai revu mon jugement après la diffusion des premières images et des trailers. Diffusé sur A&E, ce nouveau show affiche une esthétique prometteuse et une ambiance glauque.  Et cerise sur le gâteau , il réactualisera l’histoire en la situant de nos jours.

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