Critique : Inside Llewyn Davis, de Joel et Ethan Coen

La scène folk new-yorkaise du début des années 60. Bob Dylan, Joan Baez, Joni Mitchell et Crosby, Stills, Nash & Young n’ont pas encore percé. Par contre un certain Llewyn Davis traîne sa guitare dans tous les coins de la ville et chante comme un virtuose. Il suffit d’une scène d’introduction, d’un micro rétro et d’un bar enfumé pour en être persuadé. Malheureusement pour lui, le talent ne fait pas tout.

Inside Llewyn Davis, c’est avant tout la chronique d’un éternel looser. Un anti-héros qui a le don de tout gâcher. Squattant les canapés des autres, couchant avec la petite amie de son copain, colérique et surtout s’obstinant à accumuler les mauvaises décisions. Honnêtement, par moments, il en devient même pathétique. Mais c’est une personnalité hors normes comme les aiment les frères Coen. Sauf que cette fois-ci, il n’y a pas de place pour la moindre trace d’ironie sanglante. Les cinéastes oscillent simplement entre une douce mélancolie et un humour cynique.

Le travail du directeur de la photographie, Bruno Delbonnel, sied parfaitement à cet univers perdu dans le temps. Ses gris veloutés plongent le long métrage dans une ambiance surréelle. La lumière n’est d’ailleurs pas la seule responsable de ce sentiment de mystère qui parcourt tout le film. Certains personnages (l’homme au chapeau qui met une raclée à Davis, le quasi mutique Johnny joué par le ténébreux Garrett Hedlund, le (double) chat fugueur…) ressemblent plus à des figures de fiction qu’à des êtres de chair et de sang.

La fin viendra, à mon sens, confirmer cette impression. Plus que d’un artiste sans concession, les frères Coen parlent avant tout de l’immuabilité du destin. Et c’est pourquoi malgré tous ses défauts, ce personnage nous est sympathique. Surtout qu’il est incarné par Oscar Issac, comédien jusqu’à présent relégué à jouer les seconds rôles (Sucker Punch, Drive et bientôt dans The Two Faces of January). Sa prestation de musicien désabusé hantera longtemps l’imaginaire cinéphilique. Parole de scout !

Marianne

 

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