Critique : Jimmy P., d’Arnaud Desplechin

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Ceux qui saisissent la vraie nature de la psychanalyse sont peu nombreux, et les cinéastes qui sont parvenus à mettre en images la particularité de son objet peuvent se compter sur les doigts de la main. Arnaud Desplechin y est toujours brillamment parvenu, comme sans efforts, en particulier dans le Conte de noël.  Avec Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des plaines), le réalisateur français vient ajouter un nouveau volet à sa saga psychanalytique.

Le pari était plus qu’osé. Le film est en effet consacré à un épisode de la vie de Georges Devreux (Mathieu Amalric, Cosmopolis, bientôt dans la Vénus à la fourrure), thérapeute peu connu du grand public. Durant cette période, cet ethnopsychiatre juif polonais, exilé aux Etats-Unis après la Seconde Guerre mondiale, prit en analyse Jimmy Picard (le formidable Benicio Del Toro, Savages, Che). Cet Indien, blessé en Europe lors d’un accident, présente des symptômes physiques qu’aucun médecin ne parvient à expliquer mais que la talking cure fera disparaître.

Pendant les séances, le spectateur découvre la vie de Jimmy, le plus souvent en flash-backs et visionne ses rêves qui font l’objet de scènes surréelles. Dans l’intervalle, il partage la vie du patient à l’hôpital militaire et le quotidien du psychanalyste que sa maîtresse anglaise vient rejoindre.

Ce portrait tout en nuances de deux hommes blessés et cette description détaillée de leur travail est également le portrait d’une époque : les désastres de la guerre, les souffrances qu’elle a causées à chacun des protagonistes, le génocide indien dans ses répercussions dans la psyché marquent le film sans pathos appuyé. Le tout est servi par une très belle photographie.

Jimmy P. est un film qui sait suivre le tempo de l’analyse et les méandres de la psyché. Il est par conséquent à réserver à ceux qui savent se laisser porter par le rythme d’une histoire. Il convaincra (espérons-le en tout cas) les néophytes de la validité des fondements de la psychanalyse et rappellera à ceux qui en connaissent les effets leur efficacité.

Laurence

Pour en savoir plus : A lire sur le site du quotidien Libération, l’excellent article du psychanalyste Serge Tisseron : Jimmy P., un mode d’emploi très actuel.

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