Critique : Jimmy’s Hall, de Ken Loach

Se pourrait-il que Jimmy’s Hall soit le dernier film du britannique Ken Loach ? On ne veut le croire, tant le cinéaste s’est imposé depuis 50 ans comme l’un des pionniers du naturalisme social à l’anglaise. Surtout que ce biopic sur la vie du syndicaliste Jimmy Gralton possède bien le charme unique de son cinéma mais manque curieusement d’âme et même de fureur.

Pourtant sur le papier, le portrait de cet Irlandais qui revient au pays après 10 ans d’exil aux Etat-Unis et qui s’attire les foudres des autorités bienpensantes et ecclésiastiques locales, contient tout ce qui fait la force de son cinéma. Mieux on peut voir dans ce Jimmy’s Hall une sorte de suite thématique à son chef d’œuvre palmé Le Vent se lève. Une version certes moins guerrière mais qui s’intéresse aux même rapports de force. Ici Jimmy devient le symbole d’une lutte pour la liberté. Le foyer qu’il anime n’est rien d’autre qu’un lieu de réunion où l’on vient pour discuter, danser, apprendre… bref vivre. Mais dans le village, les réactionnaires catholiques veillent au grain. De quel droit, ces jeunes gens auraient-ils la possibilité de s’amuser ? Et pourquoi ne pas réfléchir par eux-mêmes, tant qu’on y est ?

Ken Loach prend bien soin de ne pas trop appuyer son propos en développant des personnages non archétypaux. La critique antireligion prend par exemple tout son sens lors d’un montage parallèle entre d’un côté le sermon du prêtre et de l’autre une scène festive et musicale à l’intérieur du centre. Mais malgré toutes ses bonnes intentions et la conviction des acteurs, la sauce humaniste ne prend jamais complètement. La faute à une succession de scènes, certes réussies, mais qui manquent curieusement de liant. Enfin rassurez-vous la poésie du maître n’est pas morte. Elle prend toute son ampleur lors d’une séquence de danse romantique entre nos deux héros.

Monsieur Loach, débrouillez-vous, nous on attend le prochain.

Marianne

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