Critique : Julieta, de Pedro Almodovar

Même si je n’ai rien contre les comédies excentriques qui ont fait le succès du cinéaste espagnol (Femmes au bord de la crise de nerfs, Attache-moi), j’ai une petite préférence pour ses drames au féminin et ses thrillers ambigus. Julieta, son dernier film, est justement le parfait croisement entre ces deux tendances. Une réussite, injustement repartie bredouille du Festival de Cannes. Une fois de plus !

Un univers unique. Dès les premières minutes de Julieta, le spectateur ne peut se tromper : on est bien dans un film d’Almodovar. On y retrouve cet univers coloré et cette ambiance délicieusement étrange qui sont l’une des marques caractéristiques du cinéaste. Mieux en proposant un film à puzzle, qui se déroule entre le présent et le passé, Almodovar a même l’occasion de recréer l’Espagne des années 80. Dans les décors, dans les vêtements on y retrouve le style imagé de ces plus vieux films, comme un clin d’œil à son cinéma d’antan.

Un thriller dramatique. Julieta est un drame qui se déroule sur 20 ans, mais Pedro Almodovar a la bonne idée de nous le raconter comme un thriller mystérieux voir comme un polar hitchcockien. Le Rebecca du maître anglais plane ainsi en permanence sur cette tragédie familiale. Cet univers référencé et cette parfaite gestion du mystère confère à Julieta une vraie personnalité, lui permettant de transcender son sujet.

Le fardeau du passé. Reste enfin le sujet même de Julieta : la transmission des traumatismes d’une génération à l’autre. Le silence censé protéger les enfants est au contraire un fardeau qui risque de se transformer en drame. La relation mère enfant est ici au cœur de la dialectique almodovarienne : faites de cris, de joies et de larmes. Emma Suárez et Adriane Ugarte qui interprètent l’héroïne à 50 ans et à 30 ans sont les deux faces d’un même cœur : un personnage malmené par la vie. Même si dans la dernière partie, le cinéaste espagnol retombe dans une logique de drame moins singulière, l’émotion qui se dégage de son film reste authentique. Du grand art.

Marianne

Le film en bref : Un drame traité comme un thriller hitchcokien par un Almodovar qui s’amuse de la dimension méta de son propre cinéma.


Photo : © El Deseo – Manolo Pavón

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