Critique : Jupiter : le destin de l’univers, de Andy et Lana Wachowski

Les Wachowski sont une énigme. Comment ces deux-là, alors qu’ils n’ont à leur actif qu’un vrai succès, l’inoubliable Matrix, ont réussi à faire financer un projet aussi ambitieux que Jupiter : le destin de l’univers (Jupiter Ascending en VO) ? Pour rappel, leur dernier opus, le féerique Cloud Atlas, avait certes connu un beau succès critique mais était loin d’avoir engrangé un quota suffisant de billets verts (du moins sur le sol américain). Mystère !

Surtout que ce Jupiter s’inscrit pleinement dans leur univers démesuré. Les Wachowski nous proposent un space opera dantesque, dont l’esthétique rappelle quelques monuments du genre : du Dune de David Lynch au plus récent John Carter en passant par Stargate. Autrement dit, un camaïeu franchement kitsch que le frère et la sœur assument pleinement ! Le plus bel hommage revient au Brazil de Terry Gilliam lors d’ une séquence dantesque sur l’aliénation administrative où le cinéaste fait même un petit caméo.

Les Wachowski aiment également repousser les limites technologiques de leur film. Tout le monde se souvient encore du fameux Bullet Time de Matrix. Dans Jupiter, ils ont travaillé sur la caméra aérienne. Les deux héros, Mila Kunis (Blood Ties) et Channing Tatum (La Grande Aventure Lego, Foxcatcher) passent littéralement leur temps à voltiger dans les airs. Ils sont comme des plumes sur ressort. Si bien que l’on a parfois l’impression que le frère et la sœur redéfinissent la notion même d’espace.

Entre ces prouesses dignes d’une école de haute voltige et une composition graphique originale, le film trouve son ton dans son questionnement philosophique. On y retrouve quelques-unes des obsessions « wachowskiennes »   comme la méditation autour de l’idée de réalité mais aussi sur la génétique et l’immortalité. Comme dans Matrix, une élue devra assumer son destin et se lever contre l’ordre établi pour sauver l’humanité.

Honnêtement, même si le débat est intéressant, cette épopée ambitieuse manque dramatiquement d’énergie dans son déroulement. On y suit les grandes étapes d’une narration classique. Les bonnes idées surgissent de temps en temps par fulgurance mais ne sont pas suffisamment exploitées. Quant aux personnages, ils sont bien trop mignons pour se détacher de la production héroïque actuelle. Je ne parle même pas du grand méchant (Eddie Redmayne, Une Merveilleuse Histoire du temps) trop grotesque pour être crédible.

Alors certes, ce Jupiter, le destin de l’univers est une fois de plus une oeuvre unique en son genre. Et les Wachowski continuent de créer leur sillon d’électrons libres hollywoodiens. Mais la prochaine fois, on aimerait aussi retrouver cette créativité dans les rebondissements du scénario et l’écriture des personnages.

Marianne

Photo : © 2015 WARNER BROS. ENT. INC., VILLAGE ROADSHOW FILMS NORTH AMERICA INC. AND RATPAC-DUNE ENT. LLC – U.S.

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