Critique : Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand

Le réalisme social est-il soluble dans le cinéma grand public ? Xavier Legrand, dont c’est le premier long métrage, a une réponse directe à cette question : oui et mieux il prouve qu’une problématique sociétale comme la violence conjugale peut même être traitée comme un film de genre. Jusqu’à la garde, filmé avec une précision déconcertante, emprunte ainsi autant à la chronique sociale qu’au thriller et même à l’horreur. Mais c’est surtout du très grand cinéma.

De la suite dans les idées. Les premiers films qui font suite à un court métrage, ce n’est pas nouveau. C’est même souvent comme ça que le système fonctionne. Mais avec Jusqu’à la garde, Xavier Legrand ne se content pas de simplement développer son sujet, il décide d’en faire une suite directe. Rassurez-vous nul besoin d’avoir vu Avant de tout perdre (court nommé aux Oscars en 2014) pour comprendre le long métrage. Mieux, ne pas l’avoir vu vous place dans la situation de la juge d’instruction au début du film qui se base sur les éléments du dossier pour essayer de démêler lequel des deux membres du couple ment. Cette première séquence, d’une apparente simplicité, introduit le trouble chez le spectateur.

Banalité et terreur. Les séquences qui suivent nous plongent dans cette quotidienneté que tout enfant de divorcé connaît trop bien : les divisions entre des parents, les conflits d’emploi du temps, les secrets qu’on doit garder et surtout cette horrible pression qui oblige de manière involontaire (ou pas) à choisir un camps. Julien a 12 ans (magnifique prestation du jeune Thomas Gioria) et dans ses yeux d’enfant se lit toute cette détresse intériorisée. Xavier Legrand réussit parfaitement ce basculement lent et angoissant qui fait passer une scène banale vers la tension et l’horreur la plus totale.

Chorégraphie. Pour réussir cette prouesse, Xavier Legrand a compris que la mise en scène est un art délicat qui exige une totale maîtrise au millimètre près. Non le story board n’est pas à réserver qu’au film d’action et fantastique. Le découpage des séquences de Jusqu’à la Garde résonne presque comme une chorégraphie. Si la dernière scène laissera le spectateur chaos en termes purement technique c’est sans doute la séquence de la salle des fêtes qui m’a le plus impressionnée. En se permettant de passer des dialogues au second plan, il met l’image au cœur de son cinéma. Et surtout, la scène est entièrement construite autour d’une chanson dont le changement de rythme traduit parfaitement les émotions du personnage. C’est tout simplement époustouflant.

Marianne

Le film en bref : Pour un coup d’essai c’est un coup de maître pour Xavier Legrand qui signe un premier long métrage puissant sur la violence conjugale. Sa principale force réside dans sa manière d’utiliser les codes du thriller pour une chronique sociétale dont l’apparente banalité fait froid dans le dos. On suivra la suite de sa carrière avec intérêt.

Photo : © Haut et Court

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