Critique : Juste la fin du monde, de Xavier Dolan

Xavier Dolan est une énigme. A Lost in Universes, on admire sa façon de ne jamais faire de concession et d’aller jusqu’au bout de ses idées. Que l’on fasse partie de ses fans ou de ses détracteurs, il faut bien lui reconnaître quelque chose, ses films ont une vraie personnalité. Même s’il a divisé la presse et le public, Juste la fin du monde est un film puissant qui ne vous laissera pas indemne. Ça je peux vous en faire la promesse.

Exercice de style. Avec Juste la fin du monde, Dolan s’attaque à un nouveau défi : l’adaptation d’une pièce de théâtre. Confronté à cette unité de lieu et d’action, Xavier Dolan joue délibérément avec un cadre serré et étouffant, fait essentiellement de gros plans. Mais surtout le cinéaste nous offre de temps en temps des points de fuite, en filmant un regard qui dévie sur une fenêtre ou vers une séquence flash-back. Ces scènes fonctionnent comme des respirations dans un drame parfois pesant. Mais c’est aussi à travers elles que l’on perçoit la parfaite maitrise d’une grammaire cinématographique dont Dolan a le secret.

Comédie d’acteur. Comme au théâtre, Juste la fin du monde fait la part belle aux comédiens. Les dialogues ciselés, les regards croisés, les scènes de repas… toute la tension est cristallisée autour de cette belle famille en état de crise. Dolan offre un écrin fantastique à Gaspard Ulliel (magistral, La Danseuse), Vincent Cassel (Jason Bourne), Léa Seydoux (Spectre), Nathalie Baye (Lou !) et Marion Cotillard (Macbeth). Tour à tour agaçant, hystérique, perturbés, grandioses… ils sont le coeur sensible dirigés par un le maestro Dolan.

Emotion es-tu là ? Certains ont reproché a Dolan de faire un film aride, rêche, loin de ses exubérances stylistiques habituelles. Et c’est vrai qu’en apparence Juste la fin du monde est un film mal aimable autour d’une réunion familiale pleine de non dit. Les émotions passent moins facilement que dans Mommy ou Lawrence Anyways. Elles sont maintenues un peu trop à distance. Pourtant on retrouve au détour de plusieurs séquences ce qui fait la particularité du cinéma de Dolan (Les chansons populaires, le rapport hystérique à la mère, les métaphores filées…). Il en fait toujours un peu trop pour certains, mais franchement à Lost in Universes c’est aussi pour ça qu’on l’aime.

Marianne

Le film en bref : Un drame familial dynamisé par la mise en scène électrisante de Dolan, plus dans la retebue que d’habitude qui ouvre toujours les perspectives de son cadre et magnifie sa troupe d’acteurs. 

Photo : Copyright Shayne Laverdière, courtesy of Sons of Manual

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