Critique : La Isla Mínima, d’Alberto Rodriguez

Le secret d’un polar réussi ? Un parfait équilibre entre une intrigue bien ficelée et une ambiance vénéneuse qui donne une âme supplémentaire à l’histoire et aux personnages. Avec La Isla Minima, Alberto Rodriguez (déjà à l’aise avec le thriller Groupe d’élite) tape dans le mille. Cette histoire de double meurtres sadiques dans l’Espagne post-franquiste du début des années 80 est passionnante de bout en bout.

Dès les premières images, magnifiques, Rodriguez nous fait comprendre que le décor (l’Andalousie) est un personnage à part entière de son film. Il instaure un univers poisseux, fait de non-dits et de mystères. Dans ce bled paumé, la jeune démocratie a du mal à s’imposer. La loi du silence règne autant que le braconnage et les préjugés. Les jeunes filles rêvent d’un ailleurs pour s’en sortir. Malheureusement pour elles, les monstres rodent. Deux policiers vont devoir repousser leurs limites pour découvrir l’identité du meurtrier.

Si le procédé des deux flics que tout oppose et qui vont apprendre à se connaître n’est pas nouveau (le buddy movie est devenu un genre en soi aux Etats-Unis), Rodriguez l’utilise pour souligner la dualité de l’Espagne à cette époque. D’un côté : Raul Arévalo (Les Amants passagers), muté pour insubordination, incarne le progrès et la démocratie.De l’autre : Javier Gutiérez, ancien membre de la milice espagnole, semble ne pas s’être encore défait des méthodes radicales employées sous Franco.

Le long métrage navigue sans cesse entre une mécanique de polar classique (dont les rouages se défont peu à peu) et une critique de la société espagnole de l’époque. La transition après la mort de Franco n’a pas été aussi merveilleuse que les médias et le gouvernement espagnol ont bien voulu nous le faire croire.

Question cinégénie, Rodriguez semble s’être inspiré du meilleur des polars américains ou coréens. La Isla Minima convoque aussi bien Memories of Murder de Bong Joon-Ho que Seven de David Fincher. Impossible également de ne pas penser à la première saison de l’excellente série de Nic Pizzolatto, True Detective. On y retrouve la même dualité entre les flics, la même soif de vérité et surtout la même ambiance à la limite du surnaturel. Pas de doute  : La Isla Minima sera le polar de l’année 2015.

Marianne


Photo : © Warner Bros Pictures España

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