Critique : La vie d’Adèle – Chapitres 1 & 2, d’Abdellatif Kechiche

Ouf ! Voilà le premier mot qui nous vient à l’esprit après trois heures passées dans la vie d’Adèle. C’est une telle explosion d’émotions, un tel camaïeu de sentiments qu’on en a presque la tête qui tourne. Abdellatif Kechiche envisage la mise en scène plus comme un combat que comme une chorégraphie. Il fait peu de cas du décor, de l’actualité ou des références. Ce qui l’intéresse, ce sont ses personnages. Adèle en particulier. Il use et abuse du gros plan comme s’il tentait de capter l’essence même de son être. Peu importe si la caméra n’est pas stable par moments et si certaines images sont floues. Le cinéaste se transforme presque en reporter d’images, caméra à l’épaule à la recherche d’une vérité.

Cette manière viscérale de filmer est brillante. Surtout dans la première partie du film qui expose toutes les grandes étapes d’une histoire d’amour adolescente. Kechiche prend son temps. Banalité d’un quotidien répétitif, insatisfaction existentielle, rêves érotiques, premier baiser lesbien… rien ne manque. Mais surtout, il fait d’Adèle et d’Emma des héroïnes éternelles de cinéma. La première est fougueuse et spontanée quand la deuxième est mystérieuse et sophistiquée.

Puis vient la scène qui fâche. La scène de sexe. Ce n’est pas qu’elle soit capturée avec la même rage que tout le reste du long métrage qui dérange, mais c’est qu’à mon sens elle n’est qu’un cliché de la sexualité lesbienne vue par un homme. Ces sept minutes de clichés, en paraissent vingt. On ne sait pas si le réalisateur cherche à nous provoquer ou à nous exciter. Au final, il réussit surtout à nous exaspérer.

Cette scène qui survient vers le milieu du film sert plus ou moins de transition avec la deuxième partie. Adèle quitte peu à peu l’adolescence. Et si Kechiche maîtrise à la perfection les excès du bel âge, il est clairement moins à l’aise avec les enjeux de la vie d’adulte. Nous ne saurons rien par exemple des parents d’Adèle et de leurs réactions quand ils découvrent l’homosexualité de leur fille. La subtilité intellectuelle et sauvage de la première partie se transforme soudain en pensum, un peu lourdingue, sur la vie de couple. L’intensité est toujours là, mais la ferveur est retombée.

Reste heureusement Léa Seydoux (la Belle et la Bête) et Adèle Exarchopoulos. Iconiques jusqu’à la fin, elles incarnent le battement de coeur du long métrage. Elles sont belles, dans tout ce qu’elles sont. Une mention spéciale doit tout de même être remise à la seconde. De sa bouche dont le cinéaste fait presque un étendard à ses cheveux ébouriffés, elle est exceptionnelle. Et je pèse mes mots, car la prestation qu’elle livre est unique. Elle est dans toutes les scènes, presque dans tous les plans, pas toujours à son avantage, souvent nue, en larmes ou perdue. Bref tellement vivante. Le cinéma français a trouvé une actrice rare.

Marianne

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