Critique : La Vie rêvée de Walter Mitty, de Ben Stiller

Le premier film que l’on voit dans l’année peut-il donner le ton pour les 364 jours suivants ? Si c’est le cas, 2014 s’annonce enlevée, fantaisiste et originale. Car ce Walter Mitty signé Ben Stiller se vit comme une parenthèse enchantée. Avec ce personnage qui rêve (littéralement) sa vie au lieu de la vivre, le comédien/cinéaste a trouvé un nouvel alter ego.

Quoi de mieux que le monde des songes pour exprimer ses désirs cachés ? Walter Mitty rêve d’aventures et de contrées exotiques. Ben Stiller rêve, lui, de s’émanciper de son image d’amuseur public. Au départ, ce Walter n’est guère différent des personnages qui ont fait le succès du comédien/cinéaste. Du moins en apparence. Un gentil gars maladroit qui a besoin d’évoluer. Surtout s’il veut séduire la fille… Dans la plupart de ses films, dirigés par les autres, le schéma narratif se limite à multiplier les scènes où Stiller grimace dans des situations grossières.

Stiller cinéaste a toujours eu plus d’ambition (Zoolander, Tonnerre sous les tropiques). Mais ici, il va plus loin en optant pour la contemplation et les gags imagés. Walter Mitty est une sorte de Buster Keaton. Plus héros de pantomime que bouffon du roi. Ce qui n’empêche pas les situations impossibles de s’enchaîner (attaque de requin, éruption volcanique…) et le comique de situation de fonctionner (mention spéciale au personnage du pilote d’hélicoptère ivre).

La métamorphose n’intervient pas à la fin du film mais au milieu. Elle ne se fait pas au cours d’une de ses longues conversations mille fois entendues sur le sens de la vie et Cie. Les images et la mise en scènes sont plus fortes que n’importe quel blabla. Les allégories chimériques s’arrêtent. Walter ne rêve plus (la dernière scène de rêverie est offerte par une Kristen Wiig chantant du David Bowie comme à la Nouvelle Star. Culte !). Les paysages mythiques remplissent désormais son horizon. Peu à peu, la transformation physique s’installe également. Débarrassé de ses grimaces et de ses maladresses, Ben Stiller devient sexy. Vraiment.

Ne vous imaginez pas pour autant que la Vie rêvée de Walter Mitty dégouline  de bons sentiments. Oui, il y a de l’espoir dans cette fable. Mais Stiller y fait preuve d’une vraie lucidité. Le personnage change, ce n’est pas le cas du monde qui l’entoure. D’avoir fait de Walter Mitty un employé de Life, un magazine sur le point de vivre ses dernières heures, est une vraie bonne idée scénaristique. Car notre héros, même plus en phase avec lui-même, ne pourra sauver ni son travail ni celui de ses amis.

Une page se tourne. La veille presse n’a d’autre choix que de s’adapter. Les sites de rencontres sont superficiels. Et Ben Stiller est bien plus qu’un simple amuseur.Tout simplement.

Marianne

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *