Critique : Le Loup de Wall Street, de Martin Scorsese

Wall Street… ça vous dit forcément quelque chose ? Temple du libéralisme, étendard du dieu dollar… Mais connaissez-vous Jordan Belfort ? Un courtier parmi tant d’autres… ou presque. A la fin des années 80, il gagnait en moyenne près d’un million de dollars par semaine ! Sauf qu’étourdi par la toute-puissance des billets verts, il finit par prendre quelques arrangements avec la loi. Il avait juste oublié qu’Oncle Sam ne se laisse pas berner si facilement.

Grandeur et décadence d’un courtier en bourse… Avec un tel sujet, on s’attendait à ce que Martin Scorsese livre un brûlot politique anti-capitaliste. Il n’en est rien. Rassurez-vous, Marty ne cautionne pas non plus le comportement de Jordan Belfort. En fait, dès les premières minutes du film, dans une scène d’anthologie avec un Matthew McConaughey (Mud) impérial, le cinéaste pose les bases de Wall Street. C’est un monde sans pitié dans lequel chacun ne cherche qu’une chose : se mettre le plus d’argent possible dans les poches. A partir de là, tout est dit.

Le coeur du film n’est à mon sens pas là. Pendant trois heures, le spectateur se retrouve plongé dans une frénésie visuelle hallucinante. On se défonce sans arrêt. On baise le plus possible. Et on hurle : de bonheur, de plaisir ou de rage. Le tout sur une partition pop bien choisie. Sexe, drogue et Rock & Roll, littéralement. Ce trip sous acide est éblouissant. Ralenti. Arrêt sur image. Cut. Elipse. Blabla. Et ça recommence. A l’infini. Le but ? Souligner la vacuité et l’inconséquence de ce monde où personne n’a d’emprise sur rien et où l’argent règne en maître.

Le procédé est efficace, surtout que Leornado DiCaprio (Gatsby le Magnifique) nous livre une fois de plus une prestation ébouriffante. Il plane au-dessus de la mêlée, dans une autre stratosphère. Mais tout ceci se révèle à la longue un poil fatigant. On a envie de se lever et de demander au projectionniste de baisser un peu le son pour avoir le temps de reprendre ses esprits. Surtout qu’à part Jordan Belfort, les autres personnages de ce cirque contemporain semblent juste être des patins articulés. Pourtant, le casting est impeccable, de Jonah Hill (C’est la fin) à Jon Berthal (Mob City) en passant par la délicieuse Margot Robie (Il était temps) ou un improbable Jean Dujardin (9 Mois ferme). Ils sont tous drôles ou énervants mais ils atteignent rarement le statut d’êtres humains.

Heureusement, Scorsese a suffisamment de talent pour rehausser son film avec quelques scènes d’anthologie et des dialogues savoureux. A la fin, le parallèle inévitable entre la Mafia (un des sujets de prédilection du maître) et le milieu de la finance finit par apparaître. L’avidité et le pouvoir. Sauf qu’à Wall Street, ça fait bien longtemps que plus personne ne fait semblant d’avoir une quelconque morale.

Marianne

Mélangez un tiers de Margin Call de J. C. Chandor, un tiers de Las Vegas Parano de Terry Gillians, un tiers de dessin animé signé Tex Avry. Ajoutez deux pincées de Plastic Bertrand et de Devo et quelques zestes du Players de Brad Furman. Jetez-y des acteurs épatants et secouez frénétiquement. Vous obtenez le très jouissif Loup de Wall Street et accessoirement la preuve en images de la thèse du philosophe anglais Thomas Hobbes : « l’homme est un loup pour l’homme ». Comme l’assène le Diable à l’un de ses démons dans la série Supernatural : « Nous avons ce petit quelque chose qui s’appelle intégrité : un deal est un deal. C’est l’Enfer ici, pas Wall Street ».

Un brûlot cynico-capitaliste à voir pour s’enivrer de bonheur cinématographique en ce début d’année 2014.

Laurence

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