Critique : Le Majordorme, de Lee Daniels

Tous ceux qui ont vu Precious et Paperboy le savent. Un film de Lee Daniels, c’est une expérience. Emotionnelle, intense, par moments dérangeante voire agaçante mais dans tous les cas, elle ne laisse personne indifférent. Avec le Majordome, le cinéaste signe pourtant son premier film mainstream. L’histoire de ce domestique afro-américain, qui a servi pas moins de huit présidents à la Maison blanche, n’est qu’un prétexte. Le film retrace avant tout la lutte acharnée qui a permis aux Noirs d’obtenir petit à petit le droit de devenir des citoyens à part entière.

Dès les premières minutes, l’ambiance est clairement posée. A une époque pas si éloignée de la nôtre, les hommes ne naissaient pas tous libres et égaux en droit. Si le destin de Cecil Gaines (Forest Whitaker, impeccable) le conduira des champs de coton à la Maison blanche, c’est via le personnage de son fils Louis (David Owerly, déjà vu dans Paperboy) que les grandes étapes de cette bataille seront évoquées. Du Bus de la liberté aux Black Panthers en passant par l’assassinat de Martin Luther King et la proclamation du droit de vote… aucun moment clef de l’histoire n’est oublié.

Pour faire le lien entre les deux univers, les coulisses du pouvoir et la lutte sur le terrain, Lee Daniels use de la technique du montage parallèle avec talent. Ces longues séquences, souvent musicales, se répondent avec justesse, exposant le spectateur à toute l’ironie de la situation. Si ce combat nécessaire réserve de purs moments d’émotion, on regrettera que le personnage de Cecil subisse en même temps, dans sa vie privée, une telle litanie de malheurs. Ces excès mélodramatiques finissent par alourdir le propos.

Quant à la traversée du miroir tant attendue sur le quotidien des présidents américains, elle n’aura pas vraiment lieu. A l’exception de quelques scènes pirouettes (Nixon se faufilant dans les cuisines, Lyndon Johnson prenant d’importantes décisions sur les toilettes, Jackie Kennedy conservant sa robe ensanglantée…), nous n’en saurons pas plus sur les vilains petits secrets de la Maison blanche. Pire, le cinéaste, si à l’aise habituellement pour souligner les travers et autre perversions de l’âme humaine, n’évoquera que de manière sporadique les contradictions de ces présidents. Reagan est le seul à être égratigné. On appréciera tout de même le choix de Jane Fonda, activiste de gauche, pour camper l’ultra-conservatrice Nancy Reagan !

Entre le plaidoyer politique et l’hommage grandiloquent, Lee Daniels a choisi. Image ultra-léchée, caméra souple, musique omniprésente, thématique forte… Aucun doute, le réalisateur prouve qu’il sait réaliser un film comme l’Académie sait si bien les faire. De toute évidence, son Majordome sera bien placé dans la prochaine course aux Oscars !

Marianne

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