Critique : Le Monde de Charlie, de Stephen Chbosky

the perks of being a wallflower

Ah, l’adolescence ! Ce lent et douloureux processus qui transforme des enfants malhabiles en adultes accomplis. Au cinéma, le filmer est un exercice de style assez courant. Entre ceux qui en font un thème récurrent (Larry Clark pour la version trash ou John Hugues en mode années 80) et les auteurs qui exorcisent leur propre passé pour mieux le réinventer (Cédric Klapisch dans Le Péril Jeune, Todd Solondz dans Bienvenue dans l’âge ingrat), l’adolescent est un héros de cinéma incontournable.

Alors comment innover avec un tel sujet ? Le réalisateur Stephen Chbosky (également auteur du roman dont le film est adapté) a pris le parti de nous plonger dans l’univers de Charlie. A un moment très précis, celui de son entrée au lycée. Décalé, introverti, brillant, Charlie n’est pas vraiment un garçon populaire. Et malgré sa volonté de changement, sa rentrée rime plus avec bizutage, moqueries ou au mieux totale invisibilité ! Jusqu’à ce que le destin mette sur sa route Sam et Patrick. Demi-frères et sœurs, ces deux-là vont lui faire découvrir des chemins jusque-là inexplorés.

Rien de bien neuf me direz-vous, sauf que Stephen Chbosky a compris un élément essentiel. Pour réussir un film sur des adolescents, il faut créer de vrais personnages. Et ce trio-là est épatant et d’une sensibilité presque palpable. Avec eux, on passe du rire aux larmes en un clignement de paupières. Si ces personnages pourtant stéréotypés sur le papier (le gay, la fille délurée et le timide) sont aussi attachants, c’est aussi parce qu’ils sont campés par des acteurs inspirés. Logan Lerman (dont la prestation dans le médiocre Percy Jackson n’était pas vraiment restée dans les mémoires) étonne par la douceur de son jeu. Emma Watson campe une Sam lumineuse et tourne définitivement la page Harry Potter. Enfin Erza Miller, déjà remarqué dans We Need to Talk about Kevin, confirme son potentiel de futur grand.

La musique joue également un rôle important dans le film. Il faut dire qu’elle est bien souvent à cette époque-là de la vie, un repère auquel on s’accroche et un moyen d’exprimer sa vraie personnalité. Les « compils » sur cassette, le Rocky Horror Picture Show ou encore cette chanson mythique (David Bowie, Heroes) écoutée sur un autoradio constituent de vraies belles séquences de cinéma.

the perks of being a wallflower

L’autre grande réussite du film tient dans sa notion du temps. Temps qui passe, passé qui vous hante, profiter de l’instant présent, envisager l’avenir… c’est sans aucun doute une thématique centrale du long métrage de Stephen Chbosky. D’ailleurs, le réalisateur multiplie les plans sur les horloges, servant de véritable fil conducteur à l’histoire. Le fait d’avoir situé son action au tout début des années 90 amplifie le sentiment un peu nostalgique qui se dégage du film. Le recours à une technologie dépassée, marqueur d’une époque révolue, y est aussi pour beaucoup. Sans doute, le réalisateur/écrivain fait lui aussi un vrai travail de mémoire, comme celui que doit affronter son personnage. Perdu entre rêves, illusions et souvenirs manquants, Charlie devra empoigner la réalité pour pouvoir avancer. Un voyage dans lequel les spectateurs se plongent avec un vrai plaisir.

Marianne 

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