Critique : Le passé, d’Asghar Farhadi

Après le succès d’Une séparation, Asghar Farhadi revient avec une tranche de vie à tiroirs tournée en région parisienne. Avec un long métrage filmé presque entièrement en intérieur, sous un ciel pluvieux quasi-permanent, le cinéaste explore à nouveau les méandres des relations humaines et familiales.

Malgré ses atours de fresque sociale pesante, Le Passé se distingue par sa narration proche du polar. C’est au spectateur de découvrir la nature des liens qui unissent les personnages comme une sorte de Cluedo à dimension humaine. Mensonges, erreurs de jugement et mystères font tout autant partie de l’équation.

Mais dans cette tentative de thriller social, Asghar Farhadi ne réussit qu’à moitié. La tension monte au fur et à mesure que la quête de la vérité se fait précise mais le réalisateur se montre trop didactique. Ce ton professoral nuit à l’émotion générale du long métrage malgré une interprétation tout en finesse. Les enfants (la jeune Pauline Burlet en tête) et les hommes de la vie de Marie (Tahar Rahim et Ali Mosaff) trouvent à chaque instant le ton juste. Bérénice Béjo, lauréate du prix d’interprétation à Cannes en 2013 pour ce rôle, fait preuve d’une réelle intensité. Pourtant, dans certaines scènes, elle frôle l’hystérie théâtrale… venant rompre la belle sobriété de l’ensemble.

En définitive, le film restera surtout dans les mémoires pour sa réinvention du mélodrame contemporain. Selon Asghar Farhadi, la famille recomposée, le travail clandestin et la dépression servent de matériel de base à tout bon dramaturge de ce début du XXIe siècle.

Si Le Passé passe à côté du grand film qu’il aurait pût être, il n’est reste pas moins une œuvre puissante.

Marianne

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