Critique : Le Pont des espions, de Steven Spielberg

Trois ans après Lincoln, Steven Spielberg est enfin de retour derrière la caméra. Moitié film d’espionnage, moitié film noir, Le Pont des espions revient sur l’histoire vraie de cet avocat missionné par le gouvernement américain pour faire un échange d’espions en pleine guerre froide. Le résultat est un long métrage élégant qui s’inscrit pleinement dans la thématique spielbergienne.

Une époque fantasmée. Aidé de son chef operateur habituel, Spielberg nous plonge au cœur des années 50 en pleine guerre froide. En Amérique, les couleurs chatoyantes, les brushings parfaits et les costumes envahissent l’écran. En plein Berlin, la lumière se fait plus froide, l’ambiance plus électrique. Les clichés ont la vie dure ? Un peu, mais Spielberg ne cherche pas à faire une reconstitution réaliste mais plutôt à faire revivre aux spectateurs une certaine idée de cette époque. Après tout, comme disait Truffaut dans La Nuit américaine, le cinéma est plus harmonieux que la vie.

Mélange des genres. Spielberg ne s’amuse pas qu’avec l’histoire, il brouille également les pistes en passant d’un genre à l’autre. Le film débute comme un film d’espionnage puis glisse vers le genre judiciaire. Et il finit par emprunter les codes du film noir. En ce sens, malgré le contexte historique, Le Pont des espions fait plus référence dans la filmographie du cinéaste à Attrape moi si tu peux qu’ à La liste de Schindler.

L’homme debout. Au travers de cette histoire (vraie), Spielberg traite l’un de ses thèmes de prédilection : le héros classique américain. Ou un homme qui se dresse seul face à l’adversité. Pas question pour autant de tomber dans une sorte de vision manichéenne de l’histoire. Le cinéaste prend soin de souligner les failles qui existent des deux côtés du mur. Les Allemands sont des opportunistes, les Russes des tyrans et les Américains pratiquent la chasse aux sorcières avec une certaine délectation.

Un casting de poids. Tom Hanks incarne cette figure du juste avec sa bonhommie habituelle. Et pour lui donner la réplique, Spielberg a opté pour le britannique Mark Rylance, doté d’une présence quasi hypnotique. Ces deux-là représentent en quelque sorte les deux faces d’un monde bipolaire et paranoïaque. Tous les deux ont conscience de n’être que des pions sur un échiquier qui les dépassent mais ils refusent tous les deux d’abdiquer.

Tout ce petit monde est filmé par une caméra ample et souple. Spielberg rend cet imbroglio politique totalement lisible. L’une des dernières séquences qui voit Tom Hanks de retour chez lui résume bien toute la réthorique spielbergienne : derrière chaque grand homme se cache avant tout un être humain comme les autres.

Marianne

Le film en bref : Steven Spielberg nous propose un long métrage racé et intelligent à la frontière du genre du film d’espionnage et du polar noir des années 50. Tom Hanks et Mark Rylance sont parfaits.

Photo : © 2015 Twentieth Century Fox

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