Critique : Les Anarchistes, de Elie Wajeman

J’ai une question. Quand on appelle un film Les Anarchistes et qu’on situe son action dans le Paris de 1899, on compte normalement faire un film politique non ? Ben en fait non, car Les Anarchistes d’Elie Wajeman privilégie largement le romantisme et l’intime à la dimension militante. Dommage, surtout quand on dispose d’un casting quatre étoiles composé de certains des meilleurs acteurs de leur génération : Tahar Rahim (Le Passé), Adèle Exarchopoulos (La Vie d’Adèle), Guillaume Gouix (Enragés, La French) ou encore Swann Arlaud (Ni le ciel ni la terre)…

Le scénario est pourtant au départ assez malin. Un jeune flic (Rahim) est recruté pour sympathiser et rejoindre un groupe d’anarchistes. L’infiltration est un genre éminemment cinématographique de Donnie Brasco aux Infiltrés en passant par Serpico ou encore Point Break, le spectateur est rompu au suspense et aux conflits moraux qui découlent de cette situation. Sauf qu’ici, les codes du genre policier ne prennent jamais vraiment. Le suspense est éffleuré mais la pression est loin d’être constante.

Il faut dire que le cinéaste concentre son action sur l’histoire d’amour impossible entre l’espion et la belle anarchiste. Une très jolie romance mais qui éclipse complètement tout le propos politique du long métrage. A part dans sa première demi-heure où la caméra parvient à capter un peu de la rage libertaire qui régnait à la fin du XIXe siècle, le film n’essaie jamais d’être un portrait historique de cette époque. Très vite la vindicte politique se réduit au cambriolage des bourgeois… c’est un peu léger pour décrire la combat des anarchistes !

Le cinéaste a pourtant trouvé une jolie idée moderne de mise en scène. Chacun des membres de la petite troupe passera en effet par la case témoignage, un peu comme les jeunes enfermés dans les jeux de télé-réalité. Mais ces confessions intimes sur le thème du « Pourquoi es-tu anarchiste ? » ne parviennent jamais à transcender le propos du film. Heureusement la distribution est suffisamment solide pour nous emmener ailleurs. C’est déjà ça.

Marianne

Le film en bref : Les Anarchistes est un joli film en costume qui passe malheureusement à côté de son sujet. Car en laissant au deuxième plan la dimension politique, le long métrage perd en force émotionnelle. A voir pour les acteurs : Adèle Exarchopoulos, Tahar Rahim et Guillaume Gouix en tête.


Photo :© Matthieu Ponchel

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