Critique : Les Brasiers de la colère, de Scott Cooper

Scott Cooper connaît la musique. En 2009, avec Crazy Heart il avait transformé Jeff Bridges en ancienne gloire de Country Music, cherchant le chemin de la rédemption. Cinq ans plus tard, dans les Brasiers de la colère, il est toujours beaucoup question du poids du destin mais un peu moins de musique. Même si la voix cassée de Bruce Springsteen participe totalement à l’ambiance mélancolique du film.

Le film commence comme un long métrage de Michael Moore. Braddock est une cité industrielle ravagée par la crise américaine. Russel (Christian Bale, The Dark Knight Rises, Fighter) s’est résigné à son destin, son frère Roodney (Casey Affleck, Les Amants du Texas) un peu moins. Il faut dire que ce dernier est un vétéran de la guerre en Irak. Il préfère user ses poings dans des combats clandestins que sa force de travail à l’usine. Sauf qu’au pays des Rednecks, on ne fait pas de prisonniers.

Bizarrement, le film convoque plusieurs des thématiques de Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter)Le réalisateur utilise même une scène de chasse de cerf mettant Christian Bale dans la même position que Robert De Niro à la fin du film de Michael Cimino. Sauf que là où Cimino mêlait traumatisme de guerre et réalité économique dans une épopée lyrique inoubliable, Scott Cooper se contente d’un revenge movie. Il le fait de manière intelligente. Sans jamais tomber dans le piège de la violence facile. Durant les vingt premières minutes, la narration prend son temps pour ne plus vous lâcher une fois que sa mécanique diabolique s’est mise en route.

Christian Bale fait preuve d’une grande subtilité dans son jeu. Doux, tout en retenue, il évite la démonstration de force. Woody Harrelson (Hunger Games, True Detective) n’en est pas à son premier rôle de psychopathe, mais y a rien à faire, il le fait toujours aussi bien ! Surtout dans la scène d’introduction assez glaçante.

Toutefois jamais Cooper ne s’échappe du carcan du western contemporain. Il ne transcende pas son sujet, en explorant de nouvelles frontières. Reste simplement la beauté des paysages baignés dans une lumière crépusculaire. Et la sombre fatalité qui s’abat sur les personnages.

Marianne

Nouvelle pièce à ajouter au puzzle de l’univers déglingué des USA (après Homefront, Machete Kills), les Brasiers de la colère (Out of the Furnace) explore le versant tragique d’une fraternité brisée par la fatalité et la misère. Bien que le scénario soit un peu trop prévisible une fois que les personnages se sont vu attribué leur rôle, le long métrage de Scott Cooper assène ses coups avec précision. Comme un match de boxe truqué tout du long, le destin de chacun se dessine sans personne ne puisse lutter. Amours désenchantées, illusions patriotiques broyées, rédemption par le travail arrachée, rien ne rachète la vie des deux frères.

Casey Affleck est, comme toujours, impeccable. Quant à Christian Bale, il est quasi christique dans ce rôle taillé sur mesure pour lui. Il a, dans la dernière scène, la même puissance charismatique que Viggo Mortensen à la fin des Promesses de l’ombre, ce qui n’est pas peu dire. Woody Harrelson échappe à la caricature dans ce rôle digne des Seven Psychopaths et Forest Whitaker retrouve un rôle de flic à la Zulu, échouant à rétablir un semblant de sens dans ce monde désenchanté.

Au total, ce film sur la fin de l’ère industrielle américaine est tout simplement un film de fin du monde.

Laurence

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