Critique : Les Huit Salopards, de Quentin Tarantino

Un film de Quentin Tarantino c’est un peu comme une piñata mexicaine. On ne sait pas trop ce qu’il y a dedans mais on est au moins sûr que ce sera fun malgré l’explosion de violence nécessaire. Après une genèse difficile (une première version du scénario avait fuité sur le net), les Huit Salopards (que celui qui n’a pas compris la référence lève la main) arrive enfin dans les salles. Bonne nouvelle, le cinéaste revient au maximum de sa forme. Attention tout de même aux éclaboussures si vous êtes au premier rang.

Un western qui n’en est pas un. Après Inglourious Basterds et Django Unchained, Tarantino revisite encore son genre de prédilection : le western. Mais si on retrouve certains des codes inhérents au genre (le shérif, les chasseurs de primes et le règlement de compte), le cinéaste s’aventure plutôt du côté du polar. Il met en place une sorte de Cluedo grandeur nature où la tension est palpable à chaque instant. Fini la thématique de la vengeance qu’il recycle depuis Kill Bill, place au huis- clos théâtral façon La Maison des otages de William Wyler (1955) qui semble être sa principale source d’inspiration.

Des salauds condamnés. Dans cet univers impitoyable, où le sang finira par jaillir à flots version cartoon, Tarantino a surtout écrit des personnages dantesques, tous plus détestables les uns que les autres. Raciste, sadique ou survivant, chacun porte à sa façon les stigmates de la guerre de Sécession. Jouant autant sur les dialogues que sur les mimiques de ses comédiens, le cinéaste nous refait le coup des petits meurtres entre ennemis. D’anciens camarades (Tim Roth, Samuel L. Jackson, Kurt Russel, Michael Madsen) aux petits nouveaux (Channing Tatum, Bruce Dern, Jennifer Jason Leigh), le casting est au diapason. Attribuons tout de même une mention spéciale au shérif (joué par le Walton Goggins vu dans The Shield et Justified), seul véritable  » innocent  » de cette histoire et personnage le plus abouti.

Leçon de narration. Le point fort des films de Tarantino a toujours été leur narration. Tout le monde se souvient des chapitres de Inglourious Basterds des changements de ton de Kill Bill et du puzzle géant qu’est Pulp Fiction. Avec les Huit Salopards, Tarantino brouille les pistes et s’inspire plus des romans policiers d’Agatha Christie que des codes traditionnels du western. Le rebattage des cartes qui intervient dans la dernière partie du film est certainement l’un des twists les plus savoureux dont le cinéaste est déjà eu l’idée.

Un cinéma unique. On peut ne pas aimer les films de Tarantino, pour mille et une raison. Mais en tout cas, il y a quelque chose de sûr, c’est qu’il a une patte singulière rendant son cinéma immédiatement identifiable. Et surtout, il mène toujours sa caméra sur des chemins encore inexplorés, faisant fi des modes et des tendances actuelles ! Et ça c’est le meilleur argument que je connaisse pour vous faire déplacer dans les salles !

Marianne

Le film en bref : Avec les Huit Salopards, Tarantino signe un film hybride à la frontière entre le western et un Cluedo géant. Le tout est bien sûr saupoudré d’une narration éclatée, d’une violence Bugs Bunny et de personnages particulièrement bien écrits. Indispensable pour commencer l’année 2016.

Photo : ©The Weinstein Company

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