Critique : les Misérables, de Tom Hooper

On adorera (comme beaucoup de spectateurs) ou on détestera (comme presque toute la critique française) sans demi-mesure. Car ces Misérables à l’américaine sont pleins de parti-pris auxquels le public devra adhérer s’il veut apprécier pleinement le spectacle.

Choisir d’adapter une comédie musicale à succès était déjà osé, mais le pari se double d’un pathos hugolien délibérément mis en avant et du choix de décors grandiloquents à la limite du pompier. Puisque les acteurs endossent leurs partitions avec brio, que le sentimentalisme émeut, que les grandes envolées lyriques enthousiasment parfois et que les rues de Paris assument leur côté kitsch, le film peut se regarder avec bonheur.

S’il était besoin d’une seule bonne raison d’aller voir le film, ce serait toutes les scènes où apparaissent  les Thénardiers, interprétés par Helena Bonham-Carter et Sacha Baron Cohen. De la pure méchanceté bouffonne, cruelle et avide, mise en scène avec brio et un gros grain de folie.

A cela s’ajoute l’interprétation d’Anne Hathaway en Fantine dans la formidable scène où elle en vient à se sacrifier pour Cosette.

Si Tom Hooper avait fait preuve d’autant d’inspiration sur toute la durée du film qui s’essouffle en deuxième partie malgré l’excellent Eddie Reydmane, on aurait peut-être tenu une grande adaptation du chef-d’oeuvre de Victor Hugo.

Laurence

Quoi ! Les Américains adaptent (une fois de plus) un chef-d’œuvre de la littérature française. Et ils osent en faire une comédie musicale… Paris résonne encore des cris d’effroi des bien-pensants qui se posent en défenseurs du patrimoine hexagonal. Mais en réalité, ils connaissent bien mal l’histoire.

Faire des Misérables une comédie musicale est une idée 100 % française. Ecrite en 1980 par Alain Boublil et le compositeur Claude-Michel Schönberg, elle fut mise en scène par Robert Hossein lui-même. Mais le public parisien ne lui accorda qu’un succès mitigé. La comédie musicale eut alors une seconde vie, une fois traduite en anglais. Elle fit les beaux jours de la scène londonienne avant de s’attaquer à Broadway. Pour les Anglo-saxons, le spectacle est une véritable institution.

Une fois cette vérité rétablie, une question se pose : comment réussir à transposer cette comédie musicale de la scène au grand écran sans la dénaturer ?  Pour commencer, il faut sélectionner un réalisateur anglais oscarisé. Derrière la caméra, on retrouve Tom Hooper qui a reçu cinq statuettes pour le pétillant Discours d’un roi. Cet amoureux des trames classiques réussit avec Les Misérables à faire monter petit à petit l’émotion, sans que le spectateur ne s’en rende compte. Par petites doses, le film accumule les moments de grâce. Anne Hathaway (Fantine) sublime le désespoir. Samantha Banks (Eponine) est lumineuse de tristesse sous la pluie.

La musique amplifie, elle, le lyrisme de l’œuvre de Victor Hugo. Les scènes de foule en haut des barricades paraissent encore plus intenses et dramatiques. Et les impitoyables Thénardiers nous entraînent, eux, allégrement dans la Commedia dell’ arte. Le tout dans un décor parisien ouvertement théâtral, qui pourra faire sourire certains.

Dans cette partition presque parfaite, je ne déplore qu’une petite fausse note. Le choix d’avoir complètement supprimé les scènes parlées. Elles auraient, à mon sens, mieux structuré ce récit très long et complexe.

Marianne

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